Economie

Heuliez: ouf!

Philippe Reclus, mis à jour le 01.07.2010 à 9 h 04

L'Etat semble avoir trouvé un peu miraculeusement une sortie à une affaire qui tournait au désastre social et industriel.

Embringué depuis un an dans des montages douteux l'Etat a semble-t-il enfin réussi à se sortir d'une histoire qui aurait pu très mal tourner pour lui. La solution retenue par le Tribunal de commerce de Niort visant à confier à un tandem franco allemand de repreneurs l'avenir d'Heuliez offre, à plusieurs points de vue une sortie inespérée au gouvernement. Tout à sa volonté de démontrer qu'il ne laissera pas tomber la France industrielle, l'Etat et plus particulièrement Christian Estrosi, le ministre de l'industrie, s'étaient piégés tout seuls.

Après avoir vu l'équipementier automobile dans un état de coma avancé devenir la proie des chasseurs de primes comme le groupe Bernard Krief Consultants, l'Etat est parvenu apparemment à mobiliser de vrais industriels pour reprendre ce qui peut l'être de la société des Deux Sèvres. En fait, son métier historique, l'emboutissage. Retour aux sources donc.

Le binôme composé du groupe français BGI (Baelen de Gaillard Industries) et son partenaire allemand ConEnergy, associé au groupe pharmaceutique Kohn, offre a priori des garanties plus solides que les solutions de bric et de broc qui avaient été imaginées, avec la complicité passive de l'Etat. Qui plus est, ce montage offre une touche de coopération franco allemande qui n'est pas à négliger par les temps qui courent.

En rejetant l'offre concurrente du fonds d'origine malaisienne Delamore and Owl, la justice peut laisser penser que les tribulations d'Heuliez s'arrêteront enfin là, interrompant le très mauvais film que les six cents salariés de l'entreprise vivaient depuis des mois.

Le le montage financier imaginé il y a un an par le groupe Bernard Krief Consultants constitué d'apports de créances et de jongleries comptables destinées à cacher le manque de moyens du repreneur avait la fâcheuse caractéristique d'y mêler à la fois l'argent de la Région Poitou Charentes et de l'Etat via le Fonds stratégique d'investissement (FSI). Et le tout ressemblait fort à une sorte de marchandage au dépôt de bilan et au désastre social. La solution obtenue aujourd'hui, si elle suppose au final plus de sacrifices en termes d'emplois, paraît plus rationnelle. BGI, dirigé par un ancien cadre d'Heuliez, s'est engagé à injecter dans l'immédiat 3,1 millions d'euros et à verser 1,2 million supplémentaires d'ici un an.

Enfin, le mode d'intervention de l'Etat dans ce dossier paraît un peu mieux en rapport avec une vision censée de l'utilisation de l'argent public dans le soutien aux filières industrielles. ConEnergy apportera 10 millions d'euros et 8 millions sous la forme d'un prêt bonifié accordé par l'Etat dans le cadre de son programme d'incitation à l'industrialisation de véhicules décarbonés. Le groupe allemand détiendra 68% de Heuliez Véhicules Electriques. Les 32% restants sont détenus par la région Poitou Charentes qui a apporté 5 millions. Si certains y verront la substitution de chasseurs de primes à la casse sociale par des chasseurs de primes écologiques, le pari paraît en tout cas plus acceptable. Il permet par la même occasion d'éviter de voir le FSI intervenir, comme il aurait dû le faire dans le premier montage en injectant 10 millions d'euros pour tenter de faire tenir un plan de sauvetage bancal.

La rançon de cette interminable histoire c'est que le groupe Heuliez sacrifie son intégrité sur l'autel de son sauvetage. Pouvait-il en être autrement? BGI reprendra les métiers historiques d'emboutissage et de carrossage d'Heuliez tandis que le groupe ConEnergy et le groupe Kohl récupèreront, après une période de transition, les activités liées à la voiture électrique. Au total, sur les six cents emplois menacés, la solution proposée par le tandem de repreneurs permettrait de sauver 481 salariés dont près d'un quart toutefois en chômage technique et formation.

La vraie question est de savoir désormais si le nouveau plan de reprise d'Heuliez, consistant à confier à son nouveau propriétaire allemand le soin de développer la technologie de la petite voiture électrique du fabricant des Deux Sèvres, avec le soutien de la région, sera viable. ConEnergy projette de distribuer la Mia en Allemagne auprès des collectivités locales qui souhaitent remplacer leurs flottes de véhicules thermiques par des véhicules électriques. Que le pari soit perdu, et d'une certaine manière le repreneur n'aura pas pris beaucoup de risques financiers, au regard du soutien qui lui est accordé. Or il ne fait pas de doute que la petite voiture électrique d'Heuliez risque d'avoir fort à faire au regard des investissements que les grands du secteur automobile, à commencer par PSA Peugeot Citroën et Renault, sont prêts à faire.

Mais que ce pari soit un jour gagné, et l'on pourra alors se demander pourquoi l'argent public aura été investi, sous forme de subventions, dans une nouvelle filière d'avenir, pour rapporter à d'autres. C'est peut-être la vraie leçon à tirer de l'épilogue de l'affaire Heuliez: celle de donner encore un peu de temps au temps avant de porter un jugement définitif.

Philippe Reclus

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Photo: REUTERS/Stephane Mahe

Philippe Reclus
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