Économie

Crise: pour la BRI rien n'est réglé

Temps de lecture : 2 min

Pour la banque des banques centrales, dettes des Etats et fragilité persistante du système bancaire présentent des risques majeurs.

Dans le grand débat entre soutien à la croissance ou assainissement des finances publiques, la «banque centrale des banques centrales», la Banque des Règlements Internationaux, la plus ancienne institution financière internationale basée à Bâle, a fait son choix. Elle donne raison à Angela Merkel contre Barack Obama. Au lendemain même de la réunion du G20 de Toronto, la BRI a tiré la sonnette d'alarme. Deux ans après le début de la crise financière, les risques demeurent très élevés. Selon la BRI, les économies ont trois grands défis à relever: la réduction des déficits budgétaires, l'assainissement des bilans des banques et la refonte de la réglementation financière.

Sur les plan de la réduction des déficits, la BRI donne clairement raison à la stratégie allemande contre les appels du président américain à soutenir la croissance: «renoncer à de telles politiques serait bien plus néfaste, car ce serait s'exposer, en ces temps incertains, aux perturbations financières et macroéconomiques qu'entraînerait une brusque perte de confiance des marchés», souligne Jaime Caruana, directeur général de la BRI dans son discours à l'assemblée générale de son institution. La BRI se place ainsi clairement dans le camp d'Angela Merkel et de tous les partisans de la rigueur, voire de l'inscription dans la loi de limitations aux déficits publics et à l'endettement. La stimulation budgétaire a atteint ses limites dans les économies avancées.

La BRI a d'autres sujets d'inquiétude. Elle estime que trop de faiblesses subsistent dans le système bancaire, et qu'il est urgent de réduire l'engagement du secteur public dans l'intermédiation financière. Les mesures de soutien public, rappelle la banque, ne devaient durer «que le temps, pour les banques et autres établissements financiers, de procéder aux ajustements nécessaires: absorber les pertes provenant des actifs toxiques, se recapitaliser par émission d'actions, privilégier les sources de financement plus stables et adhérer à un modèle opérationnel nécessitant moins de levier».

Or, on en est très loin, et la BRI est l'organisation la mieux placée pour le savoir. Toutes les pertes n'ont pas encore été affichées. Et, plus le temps passe, «plus le contrôle public menace de différer la résorption des surcapacités». Pire, les taux d'intérêt pourraient être relevés avant même que la reprise ne soit fermement installée, car des taux trop bas incitent les banques à continuer à se financer à court terme.

Outre le retrait des mesures exceptionnelles prises voici deux ans, la BRI appelle à instituer un système financier «plus sûr et plus résistant». Un objectif pour lequel la coopération internationale est indispensable. «Lancer ces réformes, insiste Jaime Caruana, sera une étape importante pour mettre un point final à la crise».

Vœu pieux, est-on tenté de dire, car le G20 a non seulement évité de trancher le débat sur la croissance et la rigueur, mais aussi reporté à plus tard les décisions sur la règlementation financière. Deux ans après le début de la crise, la coopération internationale résiste mal aux égoïsmes nationaux.

Marie-Laure Cittanova

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