La toute-puissance des lobbys de la finance
La finance, les puissances économiques et le pouvoir ont en France des relations un peu trop incestueuses.
- -
«Qui, en réalité, détient le pouvoir?», ou bien les «politiques, dépositaires de la légitimité populaire ont-ils les moyens de réguler la finance mondiale?». Ces interrogations reviennent à chaque fois qu'un gouvernement, et en l'occurrence le nôtre, semble s'exprimer ou agir d'abord pour rassurer les fameux marchés.
Dans le domaine financier, et particulièrement pour tout ce qui a trait à la régulation, à l'encadrement de la finance, il n'existe aucun contre-pouvoir, aucune organisation pour contrebalancer le lobby de l'industrie de la finance. Les parlementaires européens en charge de réglementer les marchés financiers et les banques s'en alarment, en ce moment dans une indifférence assez inquiétante. Un groupe de députés européens, concerné par ces questions et composé de diverses nationalités, plutôt à gauche mais soutenu par des conservateurs et des libéraux (dont plusieurs UMP français) a rédigé et signé un texte par lequel il souligne «l'asymétrie entre la puissance du lobbying de la finance et des banques et l'absence de contre-expertise qui constitue un danger pour la démocratie».
Pas de contre-pouvoirs
L'industrie bancaire déploie d'immenses moyens pour inonder les parlementaires d'argumentaires favorables à leurs intérêts. Et rien en face. Contrairement à ce qui se passe dans le domaine social où les syndicats sont organisés, dans le domaine environnemental pour lequel les écologistes bien structurés veillent, tout comme pour les questions des droits de l'homme avec Amnesty international ou Human Rights Watch par exemple.
Cet appel est passé largement inaperçu en France et c'est inquiétant et assez révélateur du peu de cas que l'on fait chez nous de l'utilité des contre-pouvoirs. Dans le nord de l'Europe ou en Allemagne, l'appel des parlementaires européens spécialistes de la finance a fait la une de plusieurs quotidiens et constitue un vrai débat public en ce moment. Il faut dire que chez nous, la finance, les puissances économiques et le pouvoir ont des relations un peu trop incestueuses... En France, il y a une imbrication liée à une forme d'aristocratie des élites, une consanguinité issue d'une tradition de capitalisme quasiment d'Etat. Il y a confusion des genres comme l'affaire Bettencourt-Woerth ou maintenant Woerth-Peugeot nous le rappellent.
Ne pas céder au «tous pourris»
On comprend bien pourquoi l'Elysée, Matignon et toute la majorité défendent en cœur Eric Woerth... Pourtant, afficher que l'on considère qu'il n'y a rien de choquant dans ce que révèle cette affaire, dans le fait aussi que le ministre du Budget soit le trésorier du parti majoritaire, c'est accepter l'idée, au mieux que le monde de la finance et de la richesse, et en l'espèce, de la délinquance fiscale, utilise le parti politique qui détient le pouvoir, au pire qu'il y a entente et collusion en haut lieu. En tout état de cause, l'impression que ce ne sont pas les politiques qui détiennent véritablement le pouvoir s'accroît.
Dénoncer ces états de fait est monnaie courante ces derniers jours et la presse le fait avec une certaine constance, tout à fait justifiée et plutôt rassurante dans l'ambiance actuelle et les tentatives de contrôle des médias. Mais cette dénonciation salutaire peut avoir un effet négatif: attiser les populismes et réactiver le réflexe du «tous pourris». Voilà pourquoi il faut établir des contre-pouvoirs crédibles et indépendants face à la puissante industrie de la finance. Et il faut que l'appel de ces élus européens rencontre plus d'échos en France.
Thomas Legrand
Photo: Eric Woerth Jacky Naegelen / Reuters
Mis à jour le 05/07/2010 à 14h39













































Nous ne savons pas si MM. Noriega et Poutine sont de riches donateurs de l'UMP (tout est possible!), mais à priori ce n'est pas E.Woerth qui leur a octroyé les titres respectifs de Commandeur et de Grand Croix de la Légion d'honneur! Ouf, on respire!
Bien sûr que le "tous pourris" serait injuste et grotesque, mais n'oublions pas quelques pommes pourries dans un panier finissent par gâter tout le panier et jamais l'inverse!!
ça me semble un peu exagéré de démarquer la France comme un pays de lobby/collusion. Rien qu'en Europe occidentale la plupart des pays sont moins transparent (Grèce, Italie, ou les pays du Nord genre la Suède ou tout est collusion [on dit consensus la bas], par tradition).
Pour en venir au contre pouvoir des banques sur les parlementaires européens:
Pour commencer ces parlementaires sont grassement payé, et c'est très bien, justement pour être indépendant des lobby, et pour faire un travail énorme qui consiste à connaitre les sujet sur lesquels ils votent pour se faire une idée.
Ensuite, le contre pouvoir il
Pour ce qui est de la consanguinité des élites... ça me fait doucement rigoler. Allez dans un ministère ou une structure nationale, prenez tout les cadres (même niveau les plus bas), et demandez leur ce que font/faisait leur parent. faite la même chose avec les cadres des grosses entreprises privé: dans les deux cas, je suis convaincu qu'on aura plus de 80% de reproduction sociale. Le seul endroit ou il y a moins de consanguinité c'est dans les administration territoriale et dans les PME.
Ne mélangeons pas.. Grèce, Italie, Portugal, Espagne et, à moindre niveau, la France, avec la Scandinavie. Bien évidement la corruption existe dans tous les pays. Mais il y a des différences de niveau spectaculaire. Il est vrai aussi qu'il est plus facile de rester intègre dans un pays riche que dans un pays moins riche (en terme de PNB per capita entendons nous bien).
La Scandinavie est le modèle que nous devrions suivre. J'y suis allé fréquemment dans les années 90 et ai gardé une grande admiration pour ce peuple gentil et progressiste. Tant quant à l'égalité des chances en fonction du genre, orientation sexuelle, origines sociales et ethnique ou handicap physique, tant quant à l'organisation et la répartition du travail en entreprise la Suède est un exemple pour le reste du monde.
L'économie de la Suède, bien que très discrète, est néanmoins spectaculaire pour un pays de cette taille. Les impôts y sont très élevés, et les riches ponctionnés à des niveaux inimaginables en Europe du sud. A l'exception du boss de Tetrapak qui est devenu Britannique pour échapper à l'impôt, l'essentiel des businessmen et businesswomen ( il y en a beaucoup) restent dans leur pays. La famille qui détient Ikea, et son fondateur, grand philanthrope qui se déplaçait dans sa vielle Volvo, vivent leur immense richesse dans une simplicité toute protestante.
C'est un pays ou la différence entre les hauts et bas salaires est la moins forte au monde. Le chômage y est aussi bien moindre qu'en Grèce ou en Italie. Rappelons aussi qu'Olof Palme, premier ministre dans les année 80 s'est fait assassiner en se promenant avec sa femme sans escorte dans les rue de Stockholm et que la reine se promenait en vélo dans les rues. Pas très Bling Bling....
Je ne connais pas la Grèce, mais je connais le Portugal. Pays très similaires dit on. Corruption, népotisme et délit d'initié sont la norme acceptée. A choisir, je préfère le consensus à la collusion.
Ne pas vouloir l'admettre c'est faire preuve de naïveté, comme monsieur Woerth a fait preuve de naïveté quand il a cru pouvoir rester le trésorier de l'UMP alors qu'il était ministre du budget, ou qu'il a cru que son épouse pouvait mettre ses talents au service de la plus grande fortune de France, sans pour autant subir la suspicion que ces mélanges des genres suscitent.
Dans cet article monsieur Legrand déplore que l'appel d'un groupe d'eurodéputés, pour lutter contre le "lobbying de la finance et des banques" soit passé inaperçu, en France. Mais à qui la faute ? Et pourquoi ? Voilà encore de quoi alimenter la suspicion du citoyen, surtout en ces temps où groupes financiers et autres forces de l'argent se disputent la propriété de certain groupe de presse !
Quant aux contre-pouvoirs que cite monsieur Legrand, à savoir, les syndicats et les partis écologistes, peut-on réellement croire qu'ils sont complètement indépendants du pouvoir ou de l'argent ? En France, chacun sait que les syndicats fonctionnent essentiellement avec de l'argent public, et non comme il se devrait, avec les cotisations de leurs adhérents. Pour ce qui est du parti écologiste, en tant que parti politique, il a besoin de soutiens financiers qui, on peut l'imaginer, ne sont pas tous désintéressés.
On est tout de même en droit de constater qu'en France, beaucoup a été fait ces dernières années, pour clarifier la circulation de l'argent dans le milieu politique. Il faut espérer que la très forte implication des citoyens dans le contôle de leurs élus, favorisera une conduite plus responsable et nous épargnera le recours au "tous pourris".
C'est aux politiques, de droite et de gauche, d'intégrer que les comportements, qui jusqu'ici, ne choquaient que "Le Canard enchaîné", ne passeront plus : le seuil de tolérance des citoyens ayant été largement atteint.
Je me souviens d'un ancien ministre qui disait : "On offre une boîte de chocolats à un maire; il l'emporte chez lui; c'est un abus de bien social !" C'était sans doute une boutade, mais on en est arrivé là !
Gare à ceux qui ne l'auraient pas compris !