France

Florence Woerth, Liliane Bettencourt et la machine à perdre de l'argent (MàJ)

Slate.fr, mis à jour le 05.07.2010 à 14 h 40

Une pièce de plus rajoutée par Médiapart dans le puzzle de l'affaire Bettencourt-Woerth.
Alors que le président de la République, depuis le Canada où se tient le G20, a tenu à apporter un soutien franc et sans ambiguïté à son ministre du Travail («Est-ce que je maintiens ma confiance à Eric Woerth? Oui. Totalement et complètement»), le site d'informations publie une enquête sur Clymène.

Clymène est la société pour laquelle travaillait Florence Woerth, l'épouse d'Eric Woerth. Il s'agit d'une «holding de participation» qui doit gérer et faire prospérer une partie de la fortune de Liliane Bettencourt.

Dans la mytholoqie grecque, difficile de savoir exactement qui est Clymène. Dans l'univers de la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt, c'est un peu pareil.Que nous apprend Mediapart? Dans un long article intitulé «L'étrange gestion d'une machine à perdre de l'argent», Martine Orange étudie les comptes de la holding.

Sur huit exercices, Clymène est cinq fois en pertes. En 2000, le déficit s'élève à 6,5 millions d'euros; en 2001 à 16,2 millions; en 2002 à 20,3; en 2005 à 4,7; en 2008 à 66,1 millions d'euros. Cette malchance paraît même gêner parfois le commissaire aux comptes. (...)
Même quand Clymène est bénéficiaire, ses résultats ne sont pas dans les normes: car tant de dépréciations et de moins-values les mauvaises années signifient normalement des placements à haut risque, très rentables les bonnes années. Or, là rien de tel. Le meilleur résultat de la société est en 2004: 16,4 millions d'euros. Rapporté aux capitaux investis, cela fait à peine 10% de retour. Pour les autres exercices bénéficiaires, le taux de rentabilité est à peine de 4-5%.

Mediapart remarque que, dans le même temps, Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt (décoré de la Légion d'honneur par Eric Woerth janvier 2008), qui est, entre autres fonctions, directeur général de Clymène, a la main plus heureuse dans sa société d'investissement personnelle (Brinon investissements):

Dans sa société d'investissement, Patrice de Maistre paraît plus avisé. Les bonnes années, il arrive à dégager 41% de bénéfice sur chiffre d'affaires.

Martine Orange s'interroge:

Faut-il voir Clymène comme une machine à perdre ? Sur neuf exercices, 107 millions de capitaux se sont volatilisés. Sur un total de 170 millions de capital, cela fait beaucoup. Les déficits peuvent certes permettre des économies d'impôt, reportables sur Thétys. Mais un si petit enjeu ne semble pas à la hauteur d'une telle structure financière. Pourquoi faire systématiquement des pertes? Une évasion pourrait-elle se cacher derrière? Et au profit de qui? Dans ce cas, que faisait Mme Woerth.

Par ailleurs, le ministre du Budget, François Baroin, a assuré dimanche au micro d'Europe1 que le fisc allait examiner les comptes bancaires suisses de Liliane Bettencourt et les éléments de fortune qu'elle pourrait détenir à l'étranger.

La loi est la même pour tous, elle sera appliquée avec rigueur, avec détermination, dans le discernement.

Cette annonce fait suite à la polémique née après que le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, a confirmé vendredi que la justice avait transmis à Bercy début 2009 des éléments sur l'évasion fiscale de l'héritière. Depuis, les avocats de l'héritière de l'Oréal ont admis dans la presse qu'elle possédait des comptes en Suisse crédités de plusieurs dizaines de millions d'euros. De nombreuses voix dans l'opposition s'étaient interrogées sur le fait que le fisc n'avait pas contrôlé Liliane Bettencourt alors que son ami, François-Marie Banier avait, lui, subi un contrôle fiscal.

Dimanche soir, Eric Woerth était l'invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. Longuement interrogé sur «l'affaire», l'actuel ministre du Travail s'est dit «serein». «Je ne souffre pas parce que je n'ai rien à me reprocher.» Le ministre, qui mène actuellement la réforme des retraites, dit être «une totale cible politique». Globalement, Eric Woerth a expliqué qu'en tant que ministre du Budget, il n'intervenait pas dans les procédures menées par le fisc, administration qui travaille de façon autonome. «Le problème, c'est que les journalistes ne comprennent pas comment fonctionne le fisc. (...) Le ministre du Budget, il fixe la ligne.» Il a néanmoins reconnu qu'il avait été mis au courant du contrôle fiscal de François-Marie Banier. Eric Woerth a également tenu à défendre son épouse et ses choix professionnels. Par ailleurs, le ministre a balayé d'un «tout ça est extraordinairement vicieux» les informations données dimanche par le JDD selon lequel Robert Peugeot, qui aurait craint un contrôle fiscal après un cambriolage (il craignait d'avoir à révéler l'origine de l'or volé), n'aurait pas été inquiété par le fisc. Le Journal du Dimanche relevait que le ministre avait dîné avec Robert Peugeot après ce cambriolage.

(article mis à jour avec l'annonce de François Baroin et avec l'intervention d'Eric Woerth au Grand Jury-RTL-Le Figaro-LCI)


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Photo: Liliane Bettencourt quitte l'Elysée en 2007, REUTERS/Charles Platiau
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