Sports

Fiertés: sports en tout genre

Yannick Cochennec, mis à jour le 26.06.2010 à 13 h 18

Les exemples de sportifs de haut niveau qui ont changé de sexe sont rares et souvent douloureux.

Il y a quelques mois, le monde du journalisme américain a vécu une tragédie, celle de l'un des siens, reporter sportif au Los Angeles Times depuis 25 ans. En novembre dernier, Mike Penner, 52 ans, s'est suicidé à son domicile, mettant un terme à une aventure personnelle qui s'était emballée le 26 avril 2007.

Ce jour-là, Penner n'avait pas écrit un article ordinaire. Sous le titre Old Mike, new Christine, il avait expliqué à ses lecteurs, mais aussi aux membres de sa rédaction, que désormais, il ne s'appellerait plus Mike Penner, mais Christine Daniels.

«Aujourd'hui, je m'éloigne pour quelques semaines et quand je reviendrai, je serai Christine», avait-il prévenu dans ce papier d'une force étonnante où il mesurait bien la difficulté de cette transition et celle de ses proches, parmi lesquels son épouse, Lisa, à le comprendre.

Mike est bien devenu Christine. Elle a continué son métier de reporter sportif pour le Los Angeles Times, couvrant notamment l'arrivée de David Beckham au sein de l'équipe des Los Angeles Galaxy. Et puis Christine est redevenue Mike un an plus tard. Christine n'avait pas réussi à s'accepter, notamment à assumer ce qu'elle voyait dans le miroir tous les jours. «Je ne suis pas jolie», craqua-t-elle lors d'une séance photos pour le magazine Vanity Fair.

Perdu(e) entre ses deux identités, Mike / Christine Penner sombra dans une profonde dépression et mit fin à ses jours dans son garage il y a sept mois. Son histoire, extraordinaire et émouvante, est à lire ici.

Renee Richards

Mike Penner était un habitué du circuit professionnel de tennis, comme son épouse, Lisa Dillman, également reporter au Los Angeles Times. Et sa trajectoire personnelle rappelait évidemment, en plus tragique, celle de Renee Richards, joueuse de tennis transsexuelle qui avait défrayé la chronique en 1977. L'exemple, peut-être, le plus célèbre d'un sportif transgenre.

Car avant de s'appeler Renee Richards, il y avait donc eu Richard Raskind. Diplômé de Yale et ancien officier chez les Marines, Raskind était devenu l'un des ophtalmologistes les plus connus de New York. Il était aussi un très bon joueur de tennis amateur aux Etats-Unis, n°13 chez les plus de 35 ans en 1974. Jusqu'à ce jour de 1975, où, à l'âge de 40 ans, après des années d'hésitations au milieu d'une longue psychanalyse, Richard, père divorcé d'un petit garçon de 12 ans, devint Renee au terme d'une opération.

Pour faire table rase de son passé, Renee Richards changea également de domicile et s'installa en Californie, à Newport Beach, non loin de Los Angeles. Elle y ouvrit un cabinet d'ophtalmologie et participa, pour son plaisir, à divers tournois féminins sans dire évidemment qu'elle avait été un homme.

Démasquée

Mais en juillet 1976, alors qu'elle disputait un tournoi à La Jolla, elle fut reconnue et dénoncée par un homme dont l'identité est toujours restée secrète. L'USTA, la fédération américaine de tennis, lui ordonna alors de ne plus participer à aucune compétition féminine. Renee entra en guerre car elle avait un rêve: jouer un jour l'US Open et sur le circuit professionnel.

Ce droit, après des mois de procédures, la Cour Suprême de New York le lui accorda en août 1977, malgré l'hostilité de l'USTA et de nombreuses joueuses qui contestaient aussi sa venue en raison des avantages physiques supposés dont elle pouvait bénéficier.

A 43 ans, Renee Richards joua donc l'US Open. Pour son tout premier match en tant que professionnelle, elle eut même les honneurs du central de Forest Hills où avait lieu le tournoi à l'époque avant d'émigrer à Flushing Meadows. Elle affrontait, il est vrai, la toute récente gagnante de Wimbledon, la Britannique Virginia Wade. Cette rencontre fit naturellement sensation à travers le monde.

Carrière de quatre ans

Malgré son 1,85m, Renee, avec son bob sur la tête, ne fut pas de taille et s'inclina 6-1, 6-4 sous les yeux de 15.000 spectateurs et de millions de téléspectateurs. Quelques jours plus tard, néanmoins, elle atteignit la finale du double, associée à Betty-Ann Stuart, où elle perdit face à Martina Navratilova et Betty Stove.

La carrière de cette gauchère étonnante dura quatre ans. En novembre 1977, elle remporta le seul titre de sa carrière à Buenos Aires. En 1978, elle fut quart de finaliste à l'US Open et en 1979, elle décrocha le meilleur classement de son aventure sportive : 20e. En 1981 et 1982, elle devint l'entraîneur de Martina Navratilova qui, à ses côtés, triompha à Roland-Garros pour la première fois. Puis elle rouvrit un cabinet d'ophtalmologie à New York où elle exerce toujours à l'âge de 75 ans.

Dans une interview, en 1979, à l'édition américaine de Tennis Magazine, Renee Richards avoua, toutefois, regretter son opération

Mais est-ce que tout le monde ne se dit pas que sa vie aurait pu être différenteJe reçois beaucoup de lettres de gens qui me demandent des conseils. Quand il s'agit de personnes qui ont une quarantaine d'années, comme moi quand j'ai été opérée, je les décourage d'en passer par là. A ceux qui ont 18 ou 20 ans, et qui en ont vraiment envie, je dis toujours: allez-y ! Corrigez ce que la nature a mal fait. Mais si vous êtes un pilote d'avion de 45 ans, que vous avez une ex-femme et trois enfants qui sont devenus des adolescents, il vaut mieux prendre du Prozac et du Zoloft et se tenir éloigné de tout ça.

En 2009, une autre joueuse de tennis transsexuelle, Andrea Paredes, une Chilienne de 37 ans, est apparue brièvement sur le circuit féminin, mais dans des épreuves mineures. A l'inverse, l'Allemande Yvonne Buschbaum, l'une des meilleures perchistes mondiales, a renoncé à tout avenir sportif, et notamment aux Jeux de Pékin, à l'âge de 27 ans en décidant de devenir un homme prénommé Ballian.

Caster Semenya

La transsexualité, exceptionnelle dans la vie, l'est encore plus dans le sport où il est, en fait, plus «courant» de parler d'intersexualité que de transsexualité. L'Autrichienne Erika Schinegger, championne du monde de ski en 1966, avait en son temps défié la chronique. Un test médical pratiqué lors de l'hiver 1967 avait confirmé qu'Erika était un homme: son sexe s'était développé à l'intérieur de son corps et il n'avait donc pas été identifié correctement pendant de longues années. Il décida alors de se faire opérer et de changer son prénom d'Erika en Erik. Il se maria et devint père d'une petite fille.

L'affaire Caster Semenya, du nom de cette Sud-Africaine championne du monde du 800m en 2009, a remis récemment le sujet sur la place publique sans que l'on sache toujours quelle est la vérité au sujet de cette jeune femme à l'allure très masculine qui n'a pas recouru depuis. La Fédération internationale (IAAF) a l'intention d'adopter une règle sur le genre sexuel des athlètes, officialisée en août prochain et qui devra être appliquée à partir de janvier 2011.

Interrogée sur Caster Semenya par la chaîne CBS, Renee Richards a bien différencié son cas de celui de la jeune athlète.

J'ai été un homme, ce qui n'est pas son cas. Mais si son corps produit de la testostérone en grande quantité, alors il n'est plus question pour elle de concourir avec des femmes car elle est très jeune et dispose donc d'un avantage conséquent. Moi, lorsque je suis devenue une femme, j'avais 40 ans et à cet âge-là, l'emprise physique que je pouvais avoir sur d'autres femmes était forcément atténuée par le poids des ans d'autant qu'à partir de mon opération, je n'ai plus jamais produit de testostérone.

A l'occasion de la récente journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie, prélude à cette Marche des Fiertés 2010, Rama Yade, secrétaire d'Etat aux sports, a présenté un plan d'action contre l'homophobie, «dans et par le sport». Ce plan dispose de deux ambassadeurs: Gareth Thomas, le rugbyman gallois qui a fait son coming out en décembre, et Amélie Mauresmo. Elle aurait pu y associer la révolutionnaire Renee Richards.

Yannick Cochennec

Photo: en mai 2005 à Pattaya, REUTERS/Adrees Latif

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