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Pour les vacances, destination pays en crise (MàJ)

Quentin Girard, mis à jour le 30.06.2010 à 10 h 34

Du soleil, un budget léger et plein d'activités exotiques. Notre guide pour bronzer «crise».

Bientôt juillet et vous ne savez toujours pas où partir cet été. Dans le fond, vous hésitez même à prendre des vacances, mais, entre le CDD qui ne sera pas prolongé, le CDI qui ne vient pas et le stage que vous n'avez pas envie de faire, autant se prendre quelques semaines. Là question ensuite est simple: où aller?

Les vacances chez les grands-parents, c'était bien à 13 ans et vous n'êtes pas du genre à vous la jouer farniente sur la plage dans le Sud: ce n'est pas assez bien pour vous. Vous aimeriez bien partir loin, dans un pays exotique, ne serait-ce que pour les histoires –le «je suis allé à Katmandou et j'ai été pris dans une manif' d'étudiants maoïstes» marche toujours très bien en soirée au retour– mais ce n'est plus dans votre budget. Surtout avec l'euro qui n'en finit pas de baisser. En plus, en ce moment, les avions n'arrêtent pas de s'écraser alors...

Bonne nouvelle: des pays tout proche de chez nous, grâce à la crise, remplissent cet été toutes les conditions pour voyager à bon prix dans une ambiance tiers-mondiste. Au hasard: l'Espagne et la Grèce (et dans une moindre mesure, l'Italie et le Portugal). Ce sont des destinations idéales pour vivre des aventures et raconter des histoires en rentrant. Nos conseils pour ne pas bronzer idiot une fois sur place.

La Grèce

A l'ambassade de Grèce à Paris, on le reconnaît, «quand il y a des manifestations, il y a toujours quelques appels. Pour savoir s'il n'y a pas d'annulation de vols ou si Athènes ce n'est pas dangereux. Mais on les rassure, il n'y a aucun danger. Les touristes qui y vont le savent très bien.» Sur son site, le Quai d'Orsay signale toutefois: «Des manifestations ou rassemblements se tiennent en Grèce avec une intensité moindre depuis quelque temps. Pour autant, il convient d'être vigilant et de les éviter lorsqu'ils se produisent.»

Participer à une manifestation violente (justement)

Les retraites, les étudiants, les profs... La rentrée sera chaude en France. Autant s'y préparer dès cet été, en Grèce. Le pays est devenu «Le» lieu où apprendre à manifester violemment. Selon les services secrets français, certains membres de l'ultra-gauche iraient se former chez nos amis helléniques à cette culture violente. Même Julien Coupat, l'homme de l'affaire de Tarnac et qui alimente encore aujourd'hui tous les fantasmes, se serait rendu à Thessalonique en septembre 2008. Ce sont les islamistes qui doivent être jaloux, eux qui sont obligés d'aller dans les montagnes du Pakistan et en Afghanistan. La Grèce a l'avantage de paraître moins louche sur le passeport au retour. Là-bas, vous pourrez donc y apprendre l'art du cocktail Molotov, mais aussi comment porter la cagoule, le masque ou le casque.

A voir

Il faut absolument passer un peu de temps dans le quartier d'Exarchia dans la capitale. Surnommée le ghetto des anars (à regarder, le diaporama de France Info), c'est le lieu où sont regroupés les principaux squats et QG anars mais aussi les locaux du Parti socialiste grec,le Pasok, ou le bureau de la jeunesse du parti de gauche rénovatrice, le Syriza. S'y trouve surtout l'Ecole polytechnique d'Athènes, d'où ont démarré les première grandes manifestations étudiantes en 1973 qui ont conduit à la chute de la dictature des colonels.

C'est aussi ici qu'une balle de police a tué le jeune Alexis, élément déclencheur des premières violences en 2008. Quartier symbolique donc, les policiers y sont plutôt mal vus, euphémisme. Les murs sont souvent parsemés de slogans militants, parfois en anglais ou en français, et le A anar est très courant.

A faire

Retrouver Kanellos, ou quel que soit son nom, le chien qui participerait à toutes les manifs à Athènes.

mars 2009 / REUTERS/John Kolesidis

Acheter une île

OK, la blague vient de Bild, le tabloïd allemand, pas réputé pour être un monument de déontologie et d'objectivité. OK, cela a donné une image un peu négative de l'Allemagne, sur fond de nationalisme radin qui a donné la tentation de lancer quelques points Godwin. Mais, avouez-le, l'idée que la Grèce vende ses îles pour rembourser sa dette, cela vous a fait sourire. Eh bien, quelques îles sont effectivement à vendre. Pas vraiment par le gouvernement grec, comme le laisser supposer The Guardian, mais par des particuliers, a tenu à préciser au quotidien britannique le porte-parole du gouvernement grec. Mais, si vous n'avez pas les moyens d'acheter, voilà deux idées à tenter.

• Se balader avec un T-shirt «Achète vos îles pour un euro, tout doit disparaître». C'est mieux si c'est écrit en allemand: «Ich möchte gern eine Insel verkaufen». Vous allez avoir un gros succès auprès des Grecs. Garanti.
• Squatter une île. Solution un peu poujadiste, mais vous pouvez considérer que tant que la Grèce n'a pas remboursé les autres Etats et puisque la France a payé avec l'argent du contribuable, en attendant, les îles vous appartiennent. Donc vous pouvez tout à fait aller sur une île abandonnée avec votre pancarte «Propriété de la France jusqu'à remboursement» - ambiance très conquête de l'Ouest.

 

L'Espagne


L'Espagne, après la Grèce, reste le pays de la zone euro le plus mis en difficulté par la crise. Là-bas, a priori, pas de violences comme en Grèce mais plutôt un esprit bohème. Les constructions de lignes TGV prennent du retard, les immeubles aussi, le chômage monte.

Squatter une ville


En France, Jeudi Noir divertit régulièrement la presse mais, à ne squatter qu'un immeuble à la fois, ce sont des petits joueurs. En Espagne, crise immobilière oblige, ce ne sont pas un appartement, que dis-je un immeuble, que dis-je une rue, mais des villes entières qui sont inoccupées. C'est le plan idéal pour loger à peu de frais. Au revoir les 6m2 d'Ibiza hors de prix, buenos dias Seseña nuevo! Dans la province de Tolède, pas très loin au sud de Madrid, elle était le symbole d'un pays en plein boom économique. En 2000, un promoteur avait décidé de faire surgir cette ville de terre. Conçue pour 40.000 habitants, elle n'en accueille que 3.000 aujourd'hui. Allez-y avec vos amis, vous pourrez squatter une maison chacun, voire une rue.

Notre conseil voyageur: attention aux routes


Le Quai d'Orsay met en garde contre la recrudescence de faux policiers sur les routes: «Le scénario se déroule toujours à peu près de la même façon: sur les routes / autoroutes autour de la capitale espagnole, une voiture banalisée double le véhicule, le passager avant brandit un badge de police et ordonne un arrêt sur le bas-côté. Sous prétexte de chercher de la drogue, les effets personnels sont fouillés et l'argent et les objets de valeur sont dérobés.»

Autre problème routier: les nids de poules se multiplient en raison de la pluie et de la neige sur les routes et les autoroutes. Le journal régional La Verdad prend l'exemple d'Albacete où cela devient très compliqué de conduire, tellement les trous sont nombreux. Le conseil municipal a embauché deux sociétés pour réparer les routes, mais soit il y a trop de trafic, soit il pleut, soit l'asphalte est trop chaud... Mais ne vous en faites-pas, tout va s'arranger. Déjà Astérix s'en inquiétait dans l'album Astérix en Hispanie et en avait assez d'être secoué. «Elle est dans un drôle d'état, la route», se plaignait-il. Et Pépé, le fils de Soupalognon y Crouton, de répondre: «Oui, homme, mais on est en train de l'arranger. Bientôt elle sera excellente.»

Quentin Girard

Photo: A Athènes en juillet 2008. REUTERS/Yiorgos Karahalis

(article mis à jour le 27 juin 2010 avec une précision concernant la vente des îles grecques et le 30 juin avec la réponse du gouvernement grec)

Quentin Girard
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