Monde

L'«iranophobie» israélienne est contre-productive

Temps de lecture : 2 min

En Israël, la menace iranienne est au centre de toutes les attentions. Elle fait l'objet d'un consensus quasi-total de la classe politique et d'une grande partie de la population. De la question du nucléaire à celle du réarmement du Hezbolllah libanais par Téhéran, presque tout le monde en Israël s'accorde pour dire que le régime des mollahs représente un danger imminent pour la survie de l'Etat. Pourtant, des opinions divergentes existent.

Dans un article du Christian Science Monitor, plusieurs analystes israéliens expriment en effet un autre son de cloche. Pour ces universitaires, faire de l'Iran une menace existentielle sert Ahmadinejad et lui donne des arguments supplémentaires dans sa surenchère rhétorique. Si les Israéliens montrent qu'ils prennent au sérieux le président iranien, ce dernier n'en sera que plus incité à redoubler de violence dans ses discours.

Pire, les analogies historiques trop hâtives entre Ahmadinejad et Hitler de la part des dirigeants israéliens seraient, pour ces experts, une erreur stratégique et une faute morale. Selon David Menashri, directeur du Centre d'études iraniennes, à l'université de Tel Aviv:

Si Ahmadinejad est Hitler, si Nasser était Hitler, si Saddam était Hitler, si Arafat était Hitler - comment puis-je expliquer à mes enfants le caractère unique de l'Holocauste? Si je veux garder la mémoire, je dévaloriserai la portée historique de l'Holocauste en répétant que chaque illuminé est Hitler.

Les experts interrogés ne remettent pas en question la réalité du danger. Mais ils s'inquiètent d'une absence de nuances dans son évaluation. Haggai Ram, professeur à l'université Ben Gourion, à Beer-Sheva (dans le Néguev), déplore l'accord trop unanime qui règne dans son pays.

L'Iran est sans doute la question centrale en Israël, et pourtant il n'y a aucun débat critique sur le sujet. Les gens qui ont tendance à aller à contre-courant sont vraiment une minorité. Dès qu'ils s'expriment –et je parle en connaissance de cause– on les catalogue comme des Juifs défaitistes, qui ne s'assument pas. Ils sont perçus comme une cinquième colonne.

Plusieurs analystes estiment que cette démonisation de l'Iran s'inscrit dans une logique de création d'un «ennemi nécessaire». Un ennemi qui permet de reléguer au second plan des problèmes internes complexes, et notamment la question palestinienne. Ils notent qu'une logique similaire s'applique en Iran, avec les appels répétés de Mahmoud Ahmadinejad à la destruction d'Israël. L'impact réel de ces déclarations sur la population iranienne serait en fait minime. David Menashri explique cette stratégie:

Les deux pays sont obsédés l'un par l'autre. (...) Si Israël n'existait pas, le gouvernement iranien aurait tout intérêt à établir un État Juif d'Israël.

[Lire l'article sur The Christian Science Monitor]

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Photo: Benjamin Netanyahou, Jason Reed / REUTERS

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