L'affaire Woerth et la déontologie
Entre les politiques, les journalistes et la société, tout n'est pas question de justice, mais aussi de vertueuse transparence.
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L'«affaire Woerth» pose plusieurs questions et apparaît comme un cas d'école. Au-delà de la bataille politique qui s'est illustrée mardi à l'Assemblée, il y a à réfléchir sur la déontologie du pouvoir et sur la déontologie -ce n'est pas un gros mot- de la presse. Mardi, Jean-François Copé, au micro de France Inter, semblait nous inviter à nous poser la question de savoir si nous n'en faisions pas un peu trop, sur le fait de diffuser –par exemple– des enregistrements clandestins, effectués par le majordome de Liliane Bettencourt, à l'insu de sa patronne, des enregistrements édifiants qui nous font entendre le conseiller financier de la milliardaire, Patrice de Maistre, lui suggérer de financer l'UMP pour s'acheter des amis haut placés ou lui faire part de ses conversations avec l'Elysée sur une affaire judiciaire en cours. Jean-François Copé nous demandait de nous poser la question du bien-fondé de critiquer le comportement d'un ministre à qui la justice n'a rien à reprocher.
La vidéo de l'intervention de Jean-François Copé à France Inter
C'est vrai que la justice n'a rien à reprocher au ministre ni à sa femme, mais si l'on interroge Eric Woerth dans cette affaire, ce n'est pas en lien avec une mise en cause par la justice. C'est plutôt dans le cadre d'une sorte de déontologie de la politique. Dès lors, puisque politiques et journalistes se renvoient chacun à leur déontologie, parlons-en: les bandes sonores récupérées par le site d'infos en ligne Mediapart (que l'on a entendu sur les radios mais très peu à la télé) sont des objets journalistiques tout à fait conformes à l'exercice de notre métier. Mediapart est un site internet composé de journalistes professionnels. Ils ont obtenus ces bandes, ils ne les ont pas volées, ils ont vérifié leur véracité et ils ont jugé leur source fiable (l'article payant est consultable ici).
Les marges
Et cet enregistrement apporte des tas d'informations! Des informations très éclairantes sur la façon dont une partie du monde économique et financier utilise le monde politique. Et sur la façon dont une partie du monde politique se laisse volontiers ainsi utiliser. Il s'agit de puissants économiques et de puissants politiques qui s'entendent ou au moins s'instrumentalisent. Affirmer qu'avoir réussi à dégoter ces enregistrements et les diffuser est un bon coup journalistique doublé d'une opération salutaire du point de vue de la démocratie ne veut pas dire qu'il faille se transformer en espion et systématiser ce genre de pratiques, mais l'investigation journalistique a ceci de compliqué qu'elle passe forcément par les marges de la déontologie.
Günter Wallraff, ce journaliste allemand qui s'est déguisé en travailleur turc pendant des mois dans les années 1980, avait caché son identité pour révéler des pratiques quasi esclavagistes de certains patrons de l'époque. Il n'a pas respecté formellement la charte des journalistes qui préconise de ne pas dissimuler son identité pour obtenir des informations, tout comme Florence Aubenas pour écrire son dernier livre et de ce point de vue, ils ont commis une entrave à une certaine acception de la déontologie. Sont-ils moins journalistes, comme ceux qui ont sorti le fameux enregistrement que –par exemple– les responsables du 20 heures de TF1 de lundi qui n'a même pas évoqué l'affaire Bettencourt dans les titres du journal?
La réponse est évidement dans la question. Il ne faut certainement pas tomber dans une forme de fausse tyrannie de la transparence, celle qui invite dix caméras à visiter la salle de bain de l'appartement de fonction d'un ministre. Mais on peut bien –au moins– poser la question, au vu de ce que révèlent les bandes sonores diffusées par Mediapart. La question de savoir s'il n'est pas un peu contraire à la déontologie (du pouvoir, cette fois-ci) que l'épouse du trésorier du parti majoritaire, devenu le ministre du Budget, soit embauchée pour être en charge des investissements des dividendes de la plus grosse fortune de France. La question de savoir pourquoi le ministre du Budget décore lui-même Philippe de Maistre, conseiller de Madame Bettencourt et patron de sa femme.
Thomas Legrand
Photo: Eric Woerth à l'Assemblée nationale le 4 mai 2010. REUTERS/Charles Platiau
Mis à jour le 05/07/2010 à 14h42












































Vous êtes de mauvaise foi ?
Vous êtes président du groupe UMP à l'assemblée Nationale. Si ce n'est pas pour défendre un copain ou obéir au Président mais que vous pensez vraiment qu'il n'est pas contraire à la déontologie que l'épouse du trésorier du parti majoritaire, devenu le ministre du Budget, soit embauchée pour être en charge des investissements des dividendes de la plus grosse fortune de France, c'est que l'on est une République bananière.
En plus du commentaire MAUVAISE FOI d'El Gato, M. Copé est le digne représentant de cette classe politique qui souhaite que les journalistes autres que ceux qui "baisent" les pieds des princes et du roi soient mis à la trappe. Je vois dans ces attaques anti-médias la copie de l'ex URSS ou de la Chine il est vrai que l'UMP a signé un pacte d'amitié avec le PC chinois.
M. Copé par ses prises de position est le digne représentant de cette classe politique gauche droite confondues qui souhaite garder jalousement la République des copains.
Dans n'importe quel pays DEMOCRATIQUE M. Blanc pardon M. Cigaressssss aurait démissionné.
Je note que le Président M. Touche à Tout convoque l'équipe de France et prévoit des états généraux du football , mais ne convoque pas M. Blanc, dans un poste qui ne sert à rien d'ailleurs le Grand Paris!!!!! pour lui signifier son départ et oui la France est la Grande République bannière de l'Europe.
Au fait comment accepter que M. Woerth soit le trésorier de l'UMP et à l'époque le ministre du budget.
Non M. Copé n'a pas la stature politique d'un DEMOCRATIE. Nos politiciens pensent que le bulletin de vote est garant de la DEMOCRATIE il est l'un des facteurs mais l'intégrité politique est l'autre.
Oui merci pour tous ces journalistes qui montrent le piètre état de notre classe politique, profiteuse des deniers des citoyens mais tellement incompétente face aux pb de notre pays.
Voyons Thomas, il y a bien longtemps que nos dirigeants politiques ont fait fi de toute déontologie ! Aujourd'hui, un ministre raciste reste ministre. Alors un ministre tout fraîchement soupçonné de petits arrangements entre amis et autres filouteries, pensez-donc, il a encore une longue carrière !
Je suis d'accord avec Fillon et Copé sur un seul point : il n'y a pas d'affaire Woerth. A mon sens il n'y a que des affaires d'Etat. Et quand Woerth remet la Légion d'honneur à De Maistre, c'est ce que l'on peut désormais appeler un hasard d'Etat.
Les gouvernants actuels sont passés maître dans l'art de la coïncidence d'Etat qui justifie toutes les étrangetés de la vie politique française. Le hasard d'Etat fait particulièrement bien les choses et permet d'expliquer à peu près tout ce que la déontologie réfuterait.
blan
Cette affaire Woerth devait être gardée de côté bien au chaud pour être sortie au bon moment et allumer un beau contre-feu en plein passage en force de la réforme des retraites.
On peut parler de moralité du politique, de déontologie du journalisme pour amuser la galerie, mais pour moi tout n'est question que de rapport de forces.
Heureusement que beaucoup de journalistes ne sont pas "aux ordres", que l'on peut lire tous les mercredis un hebdo satirique et que chacun sait que M. Copé est un grand maître de la langue de bois!
Et nos politiques, "indécents", titre le "Point"cette semaine, ont oublié, s'ils ont jamais connu, le sens de mots comme éthique, déontologie ou transparence!
Dans une démocratie non "bananière", M. Blanc, gros fumeurs de cigares de la République, aurait déjà démissionné!
Mais le mot honneur ne fait pas non plus partie de son vocabulaire!
Et quand le Président N(otre) S(aigneur) reçoit des footballeurs inqualifiables (et d'ailleurs non-qualifiés!), on se demande s'il a vraiment compris la différence entre l'Elysée et les studios de presse people, entre l'avenir de la France et les péripéties d'enfants gâtés!!
Les jours où un Mr. Atlee, futur premier ministre anglais, payait de sa poche l'essence pour sa voiture (personnelle) de campagne, ou quand un grand Générale français payait sa propre facture de gaz sont bien révolus.
Le scandale des frais des parlementaires en GB illustre bien la mentalité de nos dirigeants (ce scandale a encore à éclater en France). Indifférence? Manque de jugement?
On parle de 'moralité' et de 'déontologie' non sans raison, mais on parle pas assez de bêtise pure et simple.
Qu'un M. Juppé pensait qu'il pouvait loger très favorablement son propre fils dans un HLM de luxe (en baissant le loyer) sans que personne ne s'en aperçoive était une pure bêtise. Il l'a payée cher.
Qu'un Président français puisse essayer de faire placer son jeune fils à la tête d'une organisme immobilier très visible sans qu'on parle de népotisme est preuve ou d'une insouciance totale de la réaction de l'opinion publique ou d'une bêtise incroyable.
Qu'un ministre du budget tout en parlant d'une guerre contre les fraudeurs du fisc puisse accepter que sa femme travaille pour le compte de la plus grande fortune française (fraudeuse ou non) montre une absence de jugement inquiétante. Une pure bêtise.
La liste semble être sans fin. Cigares payées par le contribuable, double rémunérations, appartements de fonction offerts à ses proches, jets privés. Comme si personne, un jour, ne s'en apercevrait pas.
En soi ces bêtises n'auront pas d'impact importante sur la vie économique du pays. Mais elles exposent les intéressées aux risées du monde.
On vient d'apprendre que l'équipe slovaque de foot, qui a battu quand même l'Italie, est arrivé en Afrique du Sud en vol régulier et en classe économique.
L'équipe français en disgrâce, elle, rentre en France par avion frété (payé par qui?) pour prendre à l'arrivée pour 5-6 parmi eux un jet privé sans un mot.
Qui est chargé du contenu de la communication de cette équipe? Qui est l'incapable qui ne se rend pas compte que ces symboles comptent dans le monde médiatisé à mort d'aujourd'hui.
Et par 'équipe' je parle de l'équipe qui nous dirige!
On a droit à ne pas avoir toujours raison, on ne peut pas toujours gagner. Mais quand on se veut être dirigeant, on n'a pas droit à la bêtise.
On démissionne ou l'on subit les éclats de rire du monde entier. Pour le moment on roule par terre!
.. de nos élites qu'à leur bêtise, car personne n'est vraiment responsable de son manque d'intelligence!
"Ces gens-là" se croient "au-dessus" des lois , des usages, de l'éthique, parce qu'ils ont une parcelle de pouvoir qu'ils se sont souvent octroyée et que leur devise est le titre d'un (mauvais) film: "Prends l'oseille et tire-toi!"
Et la communication vous en connaissez un rayon !
Peter, je crains que ce ne soit pas de la bêtise, mais une absence sidérale d'empathie envers ceux qu'ils dirigent.
C'est ce que j'appellerai le syndrome Société Générale;
A la tête de la banque, Daniel Bouton pêche-t-il par excès de confiance en soi, d'estime de soi? En 2009, alors que la banque n'est pas passée loin de la disparition, que la crise des subprimes fait trembler la planète bancaire, que fait le président de la Société Générale? Il se fait attribuer des stocks option par le conseil d'administration. Le tollé est tel qu'il finira par démissionner.
http://www.slate.fr/story/23725/kerviel-tous-coupables
C'est pour reprendre le titre d'un autre article de Slate consacré au procès Kerviel le combat entre l'incroyable et l'invraisemblable http://www.slate.fr/story/22869/proces-kerviel-incroyable-invraisemblable
Si c'était de la bêtise, ils n'auraient pas tous ou presque une casserole à trainer. Je n'aime pas forcément leur politique, mais je ne pense tout de même pas que tous les membres du gouvernement ou presque sont des imbéciles.
Si c'était du cynisme, comme le propose Oyez, il prendrait un minimum de précautions pour ne pas se faire prendre aussi grossièrement la main dans le pot de confiture.
Je pense qu'ils sont tellement isolés dans leur univers, confits dans leurs certitudes et leur bon droit et éblouis par l'idée qu'ils se font de leurs capacités, qu'ils n'imaginent pas un instant, tel Daniel Bouton, que l'on puisse se scandaliser de leurs petits arrangements.
Cher El Gato,
Nous sommes 100% d'accord.
"Je pense qu'ils sont tellement isolés dans leur univers, confits dans leurs certitudes et leur bon droit et éblouis par l'idée qu'ils se font de leurs capacités, qu'ils n'imaginent pas un instant, tel Daniel Bouton, que l'on puisse se scandaliser de leurs petits arrangements."
= bêtise!
Hélas, o.y.e.z a tort : on peut être cynique, arrogant, indifférent certes. Mais quand on vit en démocratie avec une presse, et une opposition vigilante (au sujet des carences des autres), on peut être tout simplement bête aussi.
Demandez à Voltaire!