Monde

BHL devrait aller à Gaza avant de parler du blocus

Slate.fr, mis à jour le 23.06.2010 à 12 h 49

Bernard-Henri Lévy, en 2000 à Vienne REUTERS/Herwig Prammer

Bernard-Henri Lévy, en 2000 à Vienne. REUTERS/Herwig Prammer

Au Darfour, en Bosnie, en Afghanistan, en Géorgie et ailleurs, Bernard-Henri Lévy estime qu'il est de son devoir de se rendre sur place pour constater, rendre compte et dénoncer les situations qu'il juge révoltantes. Curieusement, à Gaza, non.

Ainsi commence la réponse (article payant) du journaliste de Libération Christophe Ayad à la tribune de Bernard-Henry Lévy, publiée dans le journal le 7 juin. Le journaliste du service étranger de Libération s'étonne que BHL (par ailleurs actionnaire de Libération) n'ait pas profité de la possibilité d'aller à Gaza, possibilité interdite par leurs autorités aux journalistes et intellectuels israéliens.

Dans sa tribune, le philosophe estimait que dire que le blocus était «total et impitoyable» et que l'on «meurt de faim» dans les rues de Gaza-City relevait de la «désinformation», puisque, affirmait-il, «le blocus, il ne faut pas se lasser de le rappeler, ne concerne que les armes et les matériaux pour en fabriquer; il n'empêche pas que passent, tous les jours, depuis Israël, entre 100 et 120 camions chargés de vivres, de médicaments, de matériel humanitaire en tout genre».

Christophe Ayad répond point par point:

BHL cite le chiffre de 100 à 120 camions qui entrent chaque jour. A-t-il fait un rapide calcul? Cent camions pour les besoins d'un million et demi d'habitants, cela fait un camion pour 15.000 habitants. Du moins jusqu'à l'allègement du blocus de la semaine dernière. Il aurait pu citer d'autres chiffres: 100 produits autorisés, contre 4.000 avant 2007. Pendant trois ans, les interdits ont frappé la confiture et les pâtes alimentaires (qui entrent sans doute dans la composition des armes de destruction massive), les cahiers d'écoliers et les stylos-bille (connus pour se transformer en roquettes). Le béton et le ciment restent proscrits, ce qui rend impossible la reconstruction du logement de 15.000 familles, à la rue depuis l'opération Plomb durci de début 2009. Faut-il s'étonner que ces sans-logis développent une détestation collective d'Israël ?

Le journaliste raconte ce qu'il a vu dans Gaza: le manque d'équipement médical qui transforme un diagnostic de cancer en «arrêt de mort», les modérés qui s'échappent clandestinement, affirmant que «là est le véritable but de ce blocus: transformer Gaza en un repaire de fanatiques avec qui il est impossible de négocier».

Il reproche à BHL de ne dénoncer que l'islamo-fascisme du Hamas, laissant de côté le judéo-fascisme d'un homme comme Avigdor Lieberman, chef de la diplomatie israélienne qui a parlé de la «déportation» des Arabes comme solution au «problème palestinien».

Et de conclure:

Au Proche-Orient, il ne suffit pas de signer des appels à la paix et à la raison, comme celui de J-Call. Encore faut-il se confronter au réel.

[Lire l'article de Christophe Ayad et la tribune de BHL sur le site de Libération]

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Photo de une: Bernard-Henri Lévy, en 2000 à Vienne. REUTERS/Herwig Prammer

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