Economie

Retraites: les baby-boomers ne sont pas coupables

Gérard Horny, mis à jour le 26.06.2010 à 9 h 07

Les enfants du baby-boom sont désignés comme les responsables du blocage de la société française. C'est un peu facile.

Si vous êtes né(e) à la fin des années 1940 ou au début des années 1950, prenez des précautions. Ne sortez plus de chez vous, ou déguisez-vous, de façon à ressembler à un(e) quadra ou alors à une personne vraiment âgée et, sous aucun prétexte, n'avouez votre âge. Sinon, vous risquez de vous faire lyncher. Et, entre nous, vous l'aurez mérité. Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait? Si vous êtes du sexe masculin, vous avez eu l'impudence de naître trop tard pour faire la guerre d'Algérie. Ensuite, quel que soit votre sexe, vous avez terminé vos études secondaires et éventuellement universitaires à une époque où on n'envisageait pas une seconde de se retrouver un jour au chômage. En ces années des Trente glorieuses, vous pouviez choisir votre employeur, puis le quitter pour aller gagner plus ailleurs; vous, les baby-boomers, étiez les rois dans un monde en croissance.

D'accord, cela n'a pas duré; le premier choc pétrolier est venu assombrir le tableau et le deuxième a définitivement cassé l'ambiance. Mais, pour vous, les conséquences n'ont en général pas été trop graves: vous étiez déjà dans la place, vous étiez tout près des meilleurs postes. Les logements à Paris et dans les grandes métropoles n'étaient pas encore trop chers; vous avez pu devenir propriétaires à bon compte. Maintenant vous partez ou allez partir à la retraite et allez vivre confortablement de vos rentes. Pendant ce temps, ceux qui sont venus après vous vont trimer comme des fous pour gagner trois sous sur lesquels on fera des prélèvements énormes pour payer votre belle retraite. Et vous trouvez que les jeunes n'ont pas de bonnes raisons de vous détester?

Accusations infondées

Non, vous n'avez pas mauvaise conscience? Eh bien, vous avez parfaitement raison. Les accusations qui pleuvent aujourd'hui sur les enfants du babyboom sont aussi stupides qu'infondées. En somme, ce qu'on leur reproche, c'est d'avoir eu la chance d'être nés au bon moment au bon endroit. Est-ce une faute? Cette génération a profité de la croissance d'après-guerre et des améliorations du niveau de vie et de la protection sociale que cette prospérité autorisait.  Mais elle a travaillé pour cela, elle a payé ses impôts, ses cotisations sociales; les avantages dont elle a pu  bénéficier n'ont pas été décidés par elle et pour elle. Peut-être était-ce de la naïveté, mais les baby-boomers avaient la faiblesse de croire au progrès; les «acquis» sociaux dont ils bénéficiaient, ils pensaient que leurs enfants et petits-enfants en bénéficieraient aussi. Les phases de crise économique et de récession ne leur paraissaient pas devoir durer éternellement.

On fait leur procès, mais on oublie de dire que l'histoire ne se termine pas bien pour eux. Rares sont ces prétendus privilégiés qui ont pu poursuivre leur carrière professionnelle sans encombre jusqu'à son terme, du moins dans le secteur privé. Le vieux est un ennemi, car il coûte cher. De  jeunes «cost killers», trentenaires ou quadragénaires, s'emploient à les faire dégager. La retraite à 60 ans? Beaucoup auraient aimé pouvoir travailler jusqu'à cet âge et seraient même volontiers restés jusqu'à 62 ans.

Explications

Malgré tout, leurs retraites sont souvent décentes et dépassent les revenus des actifs. De surcroît, elles bénéficient de conditions fiscales plus favorables que les revenus du travail. Ce prétendu scandale a pourtant quelques explications qui n'ont rien de scandaleux: le passage de la vie active à la retraite se traduit par une chute brutale du revenu. Et, au fil des années, les revenus du retraité, simplement indexés sur l'inflexion et déconnectés des éventuels gains de pouvoir d'achat des salariés, reculent régulièrement en valeur relative. Une fiscalité accommodante pour les retraites n'est pas une aberration. L'erreur se situe à un autre niveau, celui d'une fiscalité qui avantage outrageusement les plus hauts revenus, quelle que soit leur origine.

Le malheureux baby-boomer, on l'oublie aussi, doit souvent aider ses enfants, qui peuvent connaître des parcours professionnels tourmentés, et éventuellement ses petits-enfants. On l'accuse d'être trop riche, mais on est heureux de profiter de sa richesse...

Le discours anti baby-boomers donne l'impression d'expliquer les problèmes du moment, alors qu'il est à côté de la plaque. En quoi le baby-boomer est-il responsable de la crise financière, des délocalisations, de tous les bouleversements des circuits économiques? Peut-on rendre toute une génération responsable de décisions qui n'ont profité vraiment qu'à un groupe restreint de personnes? La seule chose que l'on peut reprocher aux baby-boomers, ceux qui avaient vingt ans en 1968, est d'avoir laissé se bâtir un monde qui n'a rien à voir avec celui dont ils avaient rêvé et, surtout, de n'avoir compris que trop tard ce qui se passait. Ils croyaient être les acteurs d'un film; ils n'en ont été, dans leur immense majorité, que les figurants. On ne tire pas sur les figurants.

Gérard Horny

LIRE EGALEMENT: Retraites: les parents contre les enfants, Le débat sur les retraites oublie le non emploi des seniors, La génération D. et les retraites et Retraites: l'illusion française.

Photo: baby boom?, sfu.marcin via via Flickr CC License by
Gérard Horny
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Journaliste
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