France

Grandes surfaces: une nouvelle image en promotion

Bruno Askenazi, mis à jour le 26.06.2010 à 17 h 15

Les hypermarchés veulent redorer leur blason. Ce n'est pas gagné si l'on en croit les services de la répression des fraudes.

Les grandes surfaces changent. C'est le message que veut faire passer la FCD (Fédération des entreprises du commerce et de la distribution) avec son nouveau site Web tout public, baptisé NousChangeonsAvecVous.com. En «informant» les consommateurs sur le pouvoir d'achat, l'ancrage local, le développement durable, la qualité, la responsabilité sociale –autant de thématiques bien dans l'air du temps– le site est censé redorer l'image de la grande distribution. Ce mois-ci, à la une, Aurélie, 35 ans, s'interroge: «A quand une baisse des prix visible?» Suit une réponse très pédago sur le rôle clé joué par la loi de modernisation de l'économie (LME) qui a fait reculer les prix dans les rayons, chiffres à l'appui. Les premiers commentaires, plutôt sceptiques, sont bien visibles. Sans doute pour vous prouver que cette «plateforme d'informations» n'a pas peur de se frotter aux critiques des internautes.

Alors les supermarchés ont-ils vraiment changé? Leur cote d'amour va-t-elle décoller? Pas sûr. Dans son dernier bilan annuel, la DGCCRF (l'administration chargée de la répression des fraudes) a jeté un froid en rappelant les pratiques abusives de la grande distribution envers leurs fournisseurs. Selon Hervé Novelli, le secrétaire d'Etat en charge du commerce, «les clauses litigieuses subsistent» dans les contrats créant un déséquilibre insupportable pour les industriels concernés. C'est promis, les contrôles seront renforcés dans les grandes surfaces pour faire respecter la loi. Evidemment, quand il monte au créneau pour défendre «les gentilles PME» tyrannisées par «les méchants hypermarchés», un refrain très populaire, Hervé Novelli se paye un bon coup de com'. Il n'empêche que, sur le fond, les abus existent et sont loin d'être marginaux.

Viré des rayons sans préavis

Dans le collimateur du ministre, il y a d'abord la pratique du «déréférencement». Celle-ci consiste pour le distributeur à virer sans préavis un fournisseur de la totalité ou d'une partie de ses magasins. C'est souvent l'un des moyens de pression utilisés pendant les négociations si par exemple l'industriel rechigne à se plier aux conditions commerciales qu'on veut lui imposer. Evidemment, cela marche très bien avec les PME dont certaines réalisent le quart ou le tiers de leurs ventes avec une seule enseigne. Pour ces modestes entreprises, perdre du jour au lendemain sa place dans une grande chaîne, c'est risquer de mettre un atelier entier au chômage technique. Difficile alors de ne pas céder.

Ces intimidations fonctionnent moins bien avec les grands groupes qui ont souvent dans leur portefeuille des marques incontournables. En se passant d'un produit phare, le distributeur sait qu'il peut perdre les clients fidèles de la marque. Exclure Coca-Cola des rayons? Impensable. Pourtant, il arrive qu'une enseigne ose jeter une marque vedette. Actuellement, le grand pot de Nutella est banni des hypermarchés Leclerc en raison d'un désaccord sur le prix. Mais un client accro qui ne trouve plus sa pâte à tartiner préférée ira probablement l'acheter dans un magasin concurrent où il fera finalement toutes ses courses. A ce jeu, c'est Leclerc qui se tire une balle dans le pied.

Clauses abusives

Autre pratique sous surveillance, en voie de banalisation, celle des «marges garanties». Son principe est simple: si le distributeur estime qu'une marque ne réalise pas un certain chiffre d'affaires dans l'année, il exige, en compensation, une petite rallonge pécuniaire. En clair, que le produit soit un succès ou un bide, le supermarché est, quoiqu'il arrive, gagnant. Tout le risque pèse sur le fournisseur. Passons sur d'autres clauses abusives plus connues, comme les pénalités exagérées dues en cas de retard de livraison, très répandues dans l'agroalimentaire.

Coupons détournés

Les promotions (bon de réduction, prix «choc», produit «gratuit»...) sont également dans le collimateur de l'administration. Ces derniers mois, elles ont tendance à se multiplier, les marques étant sommées par les distributeurs de contribuer à la lutte pour le pouvoir d'achat. Tant mieux pour les ménages? Pas toujours car, d'après la DGCCRF, des promotions rémunérées par les industriels sont en fait partiellement conservées par les enseignes, au détriment des consommateurs. Les coupons de réduction imprimés à la caisse seraient particulièrement visés. En effet, certains commerçants n'en remettraient qu'une petite partie aux clients. Ceux qu'ils auraient conservés leur seraient tout de même remboursés par les industriels, ce qui est en principe interdit. Mais le centre de gestion qui assure le traitement des bons ne peut pas vérifier si les clients ont profité de la réduction.

Ces pratiques litigieuses, relevées par les fonctionnaires de la DGCCRF, la grande distribution va les payer cher. L'automne dernier, l'Etat a assigné neuf enseignes devant les tribunaux de commerce pour répondre de certains abus envers les fournisseurs. La plupart des jugements sont attendus d'ici à la fin de l'année. Bref, l'image des hypermarchés risque une nouvelle fois d'être sérieusement mise à mal. Décidément, rien n'a changé.

Bruno Askenazi

Photo: Un supermarché dans le quartier de la Défense, en 2009. REUTERS/Benoit Tessier

À LIRE ÉGALEMENT SUR LES GRANDES SURFACES: L'OPA des hypermarchés sur le bio :

Bruno Askenazi
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