France

Jean-François Copé: les candidatures se décident-elles par ordinateur?

Jean-François Copé, mis à jour le 20.06.2010 à 10 h 52

Une présidentielle demande un engagement personnel complet qui n'est pas le seul fruit des circonstances.

Est-ce l'offre qui fait la demande ou la demande qui fait l'offre ? Ce vieux débat de la théorie économique qui obsède depuis longtemps les spécialistes du marketing déborde tous les cinq ans dans la sphère politique à l'approche de l'élection présidentielle.

En prévision de 2012, la question se pose actuellement au centre, cet espace politique qui, même s'il correspond à une véritable sensibilité dans le paysage politique français, reste par essence indéterminé. Beaucoup d'analystes voient actuellement le centre comme un gisement de voix inexploité, une terre vierge pleine de ressources électorales qu'il faut absolument capter d'ici la présidentielle. A droite comme à gauche, on ressort les calculatrices et on sonde à tout va. Les ordinateurs se mettent à tourner. Objectif: dessiner le portrait-robot du candidat le plus en adéquation avec la cible électorale supposée.

Retour vers le centre-droit pour Bayrou

Au PS, on entend parler d'un ticket DSK-Aubry pour ratisser large, l'un visant l'Elysée pour rassembler le centre-gauche, l'autre visant Matignon avec un discours plus à gauche. Chez les écologistes, la lutte est féroce entre les Verts de Cécile Duflot, avec un discours anticapitaliste qui se rapproche de celui de Besancenot et Europe Ecologie mené par un Cohn-Bendit qui cherche d'abord à séduire l'électorat bobo. Au centre-droit, certains pensent qu'il faut avoir un candidat au 1er tour, pour exister ou pour élargir la base électorale de l'actuelle majorité présidentielle.

Quant à François Bayrou, il ne sait plus trop où se situer. Après son échec à droite, il a tenté une OPA sur la gauche, en pariant sur l'effondrement du parti socialiste. Il était alors le fer de lance d'un anti-sarkozysme primaire qui a atteint son paroxysme dans son livre Abus de pouvoir –parodie du Coup d'Etat permanent écrit par François Mitterrand pour se positionner comme opposant n°1 au Général de Gaulle. Pas dupes, les électeurs n'ont pas suivi et se sont sentis trahis par le leader du Modem. François Bayrou essaie donc un retour vers le centre-droit. Ses virages stratégiques ne témoignent pas d'une très grande sincérité et invitent à la méfiance. Comme beaucoup de Français qui ont un peu de mémoire, je vais attendre un peu avant de me féliciter de son retour aux fondamentaux de l'ancienne UDF.

L'électorat captif n'existe plus

J'observe ces grandes manœuvres avec curiosité et pour tout dire, je suis assez dubitatif. D'abord, je doute de l'efficacité d'un tel raisonnement. A mon sens, c'est le candidat qui crée l'électorat, selon sa personnalité, son projet, ses convictions et selon la relation qu'il a nouée avec les Français. La part de la population qui vote systématiquement la même chose à chaque élection, à droite ou à gauche, est de plus en plus restreinte, même chez les militants. Désormais, ces derniers s'abstiennent lorsqu'ils ne sont pas en phase avec l'offre électorale de leur camp. L'UMP en a fait l'expérience aux dernières élections régionales.

L'électorat captif n'existe plus. Il est loin le temps où la sociologie déterminait en grande partie le vote. On le voit notamment avec le vote ouvrier qui n'appartient plus au Parti Communiste, ni même à la gauche. Ou inversement, avec la nouvelle bourgeoisie des grandes villes qui porte facilement son choix sur le PS ou les Verts. Il n'y a plus de vote de classe! Chaque électeur se détermine selon son propre agenda. C'est particulièrement vrai au centre. Il existe effectivement une partie des électeurs qui ne se reconnaissent pas dans une confrontation trop marquée entre droite et gauche. Mais l'expérience Bayrou en 2007 leur a prouvé qu'on ne construisait pas une politique sur l'ambiguïté et l'indétermination. On ne convaincra pas ces Français en 2012 en leur proposant un candidat taillé sur-mesure, selon un calcul électoral. Ils sont à la recherche d'authenticité et d'un vrai projet politique. Ces électeurs ne se feront pas prendre deux fois...

Les mauvaises raisons de se présenter

Mes réserves ne se limitent pas à des doutes sur l'efficacité électorale de ces stratégies de conquête du centre. Je m'interroge également sur la conception de l'élection présidentielle que ces calculs traduisent. «Occuper un espace», «monnayer son ralliement», «exister médiatiquement», voilà autant de mauvaises raisons de se présenter aux suffrages des Français.

Je conçois l'élection présidentielle comme un rendez-vous essentiel dans le parcours d'un homme ou d'une femme politique et surtout comme un moment déterminant pour notre démocratie. Une élection présidentielle, c'est l'occasion pour les candidats de se livrer en profondeur afin de proposer aux Français une vision et un chemin à parcourir ensemble. Cela demande un engagement personnel complet qui n'est pas le seul fruit des circonstances. Cela n'exclut pas la stratégie politique qui est évidemment importante, mais qui parait dérisoire quant elle est le seul moteur d'une candidature.

Jean-François Copé

Photo: François Bayrou, Reuters

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