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Les pelotons d'exécution sont-ils une meilleure méthode d'exécution que les injections létales?

, mis à jour le 18.06.2010 à 19 h 42

Un condamné à mort aux Etats-Unis, exécuté la nuit dernière, a «préféré» le peloton d'exécution. A-t-il eu raison?

Ronnie Lee Gardner, dans les couloirs de la mort d'une prison de l'Utah pour l'assassinat d'un avocat en 1985, vient d'être exécuté. Il avait un temps choisi d'être exécuté par une injection létale, mais lors d'une audience en avril 2010 avait fait part d'une autre préférence: «Je préfère le peloton d'exécution». L'Utah est le seul Etat des Etats-Unis qui exécute encore ses condamnés à mort par des pelotons d'exécution. Gardner a-t-il pris une décision stupide?

Selon le Département des Exécutions de l'Utah, Gardner devait être attaché à une chaise, revêtu d'une combinaison sur laquelle sera épinglée une cible au niveau du cœur. Après avoir entendu ses derniers mots, son visage devait être recouvert par une cagoule et cinq officiers de police présélectionnés, déployés à moins de 25 pieds (un peu moins de 8 mètres) de lui pointeront leur fusils Winchester calibre .30 sur la cible. Comme dans tout peloton d'exécution militaire, l'un des fusils est pourvu de balles à blanc, afin que chacun ne puisse savoir avec certitude s'il a, ou non, tiré un coup mortel. En 1996, lors de la dernière exécution de ce type dans l'Utah, les représentants de la prison utilisèrent une chaise dont l'assise était en fil tressé et placèrent une bassine sous la chaise pour recueillir le sang du condamné. (Cette année, le Département a fait frapper des pièces commémoratives qui seront distribuées à chacun des officiers impliqués dans l'exécution)

Tout ceci peut sembler sordide, mais les rares recherches effectuées dans le domaine des méthodes d'exécution suggèrent que le peloton d'exécution n'est pas une si mauvaise façon de mourir. En 1938, un condamné à mort dans l'Etat de l'Utah accepta d'être ainsi exécuté en étant relié à un électrocardiogramme qui permit de constater la mort clinique du détenu moins d'une minute après le tir. Par contraste, une injection mortelle se déroulant sans le moindre accroc entraîne la mort du condamné dans un délai moyen de 9 minutes.

Pléthore d'exemples récents suggère que les injections mortelles ne se déroulent pas toujours comme prévu. L'Ohio a choisi de changer le protocole de ses exécutions cette année, après plusieurs exécutions ratées, dont une l'an dernier, qui a vu le personnel chargé de l'exécution tenter vainement de placer un goutte à goutte durant deux heures avant d'abandonner. Les juristes spécialistes de la question et les groupes de respect des Droits de l'Homme affirment que les mélanges de produits administrés dans la plupart des Etats provoquent une mort lente et douloureuse, qui s'apparente à un acte de torture.

La Cour suprême a rejeté cet argument. Par ailleurs, le personnel chargé de l'exécution et qui doit placer les aiguilles et administrer les substances mortelles par injection ne dispose d'aucune formation médicale, les associations professionnelles des médecins et infirmiers ayant interdit à leurs membres de participer à des exécutions. Le Medical Examiner (sorte de Médecin Légiste en chef, NdT) de l'Oklahoma, concepteur du protocole d'exécution par injection le plus couramment employé, a remis en cause sa propre méthode en 2007 après avoir appris que son application entraînait des problèmes. À l'échelle nationale, le gouvernement fédéral et les Etats appliquant encore la peine de mort utilisent les injections mortelles comme méthode principale d'exécution, bien que de nombreux Etats disposent de méthodes alternatives - tels la pendaison, l'électrocution ou le gaz - au cas où l'injection létale s'avèrerait problématique.

Par comparaison, le peloton d'exécution est aussi simple que mortel. Il est facile de trouver des professionnels entraînés et assez stables psychologiquement pour en faire partie. Si l'on part du principe que chacun des exécuteurs tirera pour tuer, le protocole des quatre balles permet d'assurer qu'une des balles touchera le cœur, entraînant une mort quasi-instantanée.

Il existe également quelques preuves démontrant que la mort infligée par cette méthode est particulièrement rapide et s'avère moins douloureuse. Selon une étude publiée en 1993, portant sur les souffrances relatives aux différentes méthodes d'exécution, la mort par balles est moins douloureuse que le gaz mortel, l'électrocution, la pendaison, la lapidation et autres méthodes courantes. (L'étude part du principe que l'exécution se déroule sans le moindre incident et place à ce titre la mort par injection au même rang que la mort par balles.)

Deborah Denno, professeur à l'Ecole de Droit de Fordham et qui étudie les méthodes d'exécutions depuis près de vingt ans déclare qu'elle choisirait elle aussi le peloton si elle se trouvait dans la situation de Gardner. «A mes yeux, c'est le choix le plus humain», dit-elle.

Ce qui nous amène à cette question: pourquoi les autres Etats pratiquant la peine de mort ont-ils abandonné les pelotons d'exécutions? Les spécialistes de la peine capitale disent que le législateur préfère généralement l'injection, qui semble plus digne et plus médicalisée. Elle semble également provoquer, de ce fait, moins d'emballement au sein des médias. Mais la mise sur pied, par les autorités de l'Utah, d'un peloton d'exécution a attiré l'attention de la presse internationale, présentant souvent la méthode comme un retour à la bonne vieille justice de l'Ouest.

Des rafales de volontaires se sont présentées pour faire partie du peloton. Si les pelotons d'exécution provoquent un tel intérêt, ceci est sans doute moins dû à leur caractère inhabituel qu'à une soif de sang et à une obsession des armes à feu très répandues. Sans doute aussi parce qu'une telle mort apparaît comme plus héroïque.

En 1996, peu de temps avant la précédente exécution de ce type, Sheryl L. Allen, député de l'Etat, a poussé en faveur d'une loi bannissant les exécutions par armes à feu au motif qu'elles donnaient à l'Etat une image de « brutalité ».

En 2004, les législateurs de l'Utah ont décidé de faire disparaître le peloton d'exécution de l'arsenal répressif - tout en permettant aux détenus condamnés avant le vote de cette loi à conserver la possibilité d'en faire la demande. Si les pelotons d'exécution ont été, pendant de très nombreuses années, la méthode la plus répandue dans le monde pour l'application de la peine capitale, ils vont probablement rejoindre la chaise électrique dans les oubliettes. La Chine, détentrice du record du plus grand nombre d'exécutions capitales par an, a abandonné sa méthode favorite en 2008 pour la remplacer par des injections létales, afin que la peine capitale soit rendue « plus humaine ». Mais Ronnie Gardner n'était pas d'accord. N'avait-il pas déclaré, en 1996, au Deseret Morning News: «J'aime le peloton d'exécution. C'est tellement plus facile... et il n'y a pas d'erreur possible».

Margot Sanger-Katz

Traduit de l'anglais par Antoine Bourguilleau

Photo: La chaise sur laquelle Ronnie Lee Gardner a été attaché pour son exécution. (DR)

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