UE: L'économie se joue à 27 et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne
Pourtant, c'est certainement la vision française (discuter de tout et pas seulement du budget) qui est la bonne.
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Comment renouer le dialogue avec l'Allemagne? Comment, après la crise grecque, trouver une stratégie économique et monétaire partagée pour la zone euro? Suffit-il de se rallier aux thèses germaniques? Diverses initiatives ont lieu en ce moment autour de ces questions, mais il faut admettre que les réponses tardent. Les deux points de vue français et allemand ne se raccordent pas et, comme souvent dans l'histoire tant nos cultures s'opposent, le Rhin est un gouffre.
Ce que Londres pense
Il y a trois visions possibles de la zone euro. Celle des Anglo-Saxons d'abord, qui est la plus «économique». Il faut, dans une union monétaire, permettre des transferts de capitaux et de personnels des zones riches vers les zones pauvres. A défaut de ce fédéralisme, la zone pauvre doit sortir de l'Union et utiliser les armes classiques de la dévaluation et de l'ajustement budgétaire et salarial (des coupes). C'est ce que va faire la Grande-Bretagne post-crise et ce que feront les Etats-Unis, forcément, dans moins d'un an.
Ce que Berlin pense
La vision allemande est radicalement opposée. Dans une union monétaire, il faut et il suffit que «chaque pays fasse sérieusement son travail», tenir ses comptes sans dérive et trouver quoi produire et vendre aux autres. Aux entrepreneurs grecs de trouver leurs niches dans la spécialisation mondiale. Schématiquement, cela donne: «Nous, Allemands, faisons bien, faites comme nous.»
Ce que Paris pense
Enfin, il y a la vision française. Vision qui repose, là comme ailleurs, sur l'idée d'entre-deux, de mixité, de ni-ni: ni fédéralisme ni pure compétition, adoptons «un gouvernement économique». Il opérera par «coopération» des Etats (mot de Jacques Delors) et s'axe autour du couple franco-allemand ayant retrouvé une «intimité» (mot de Valéry Giscard d'Estaing).
A tout regarder de près, il faut reconnaître que la vision française peine à trouver un contenu. Coopérons, mais sur quoi? Pour dire quoi? Sur les budgets? Oui, mais pour faire quoi d'autre que de forcer au nécessaire équilibre? Il existe un Pacte de stabilité et de croissance, mais les pays de la zone ont-ils jamais coordonné leurs croissances? Le principe est resté en plan. Sur la politique économique? Faut-il que les Allemands gonflent leur demande intérieure et, pour ce faire, ne baissent pas les salaires comme ils le font pour regagner en compétitivité (souhait exprimé par Christine Lagarde)? Mais, au contraire, n'ont-ils pas raison dans la compétition mondiale? Sur le réglage optimum de la zone? Mais s'il n'y a aucune possibilité de transfert, n'est-il pas dans les responsabilités des gouvernements d'assurer chez eux une politique rigoureuse de compétitivité? La France a obtenu ses meilleurs résultats économiques dans les années de «désinflation compétitive», dans les années 1983-1995, en ayant adopté les principes allemands. N'est-ce pas pour les avoir abandonnés sous Chirac puis sous Sarkozy que l'export se dégrade et qu'il faut compenser par l'endettement public? Bref, ce qu'on nomme «gouvernement économique» ou «coopération», sont des concepts qui restent encore vides.
Avantage Allemagne
Conclusion: il n'y a rien entre le fédéralisme et la compétition des Etats, tout comme il n'y avait pas de socialisme entre le plan et le marché. L'idée française est vague, les Allemands gagnent le match. Et c'est objectivement ce à quoi ont abouti les Européens: un alignement sur les positions germaniques.
Pourtant, cette Europe allemande réduite aux acquêts ne satisfait pas. Comme l'a dit Jean Pisani-Ferry lors d'un colloque à Athènes la semaine passée, organisé par les instituts Bruegel et Eliamep, «l'union monétaire n'est plus ce qu'elle était». Pour les membres, les conséquences ont été beaucoup plus destructrices qu'imaginé, l'euro a bousculé les industries, les banques, les flux de capitaux, les mécanismes des prix, les balances des paiements, etc. Ce n'est pas seulement les équilibres budgétaires qu'il faut reconstruire, c'est toute l'économie! Et si les budgets ont plongé, c'est sous le choc de l'euro, la racine de la crise est dans ce sens-là et non pas dans le sens contraire (les déficits ont mis à mal l'euro) comme pensent les Allemands.
Bref, les Français ont raison, il faut discuter de tout et pas seulement du budget. Comment reconstruire l'Union? Voilà trouvé le sujet de débat franco-allemand, reste à trouver le comment. Bref, les Anglais ont raison, sans fédéralisme, l'union monétaire est impossible à faire, elle ira toujours à hue et à dia, provoquant de nouvelles crises.
Eric Le Boucher
Photo: Reuters
Chronique également parue dans Les Echos le 18 juin 2010.
Mis à jour le 06/10/2010 à 11h57











































Il est clair que l'entrée dans l'Euro a permis à de nombreux pays (Espagne, Irlande, Portugal, Grèce) de s'endetter à bas coût pour essayer de se développer. On en a le contre-coup aujourd'hui. Des pays auraient pu faire mieux car ils partaient de plus haut: France et Italie. C'est plutôt à eux deux qu'il faut s'en prendre, ils ont fait la cigale. Que l'Espagne s'élançât, c'était logique, que la France fasse de la graisse, c'était inutile. Aujourd'hui, le noyau dur de la zone Euro, c'est l'Allemagne et le Bénélux. Avec France et Italie en bon état, ce serait autre chose. Ces 2 pays (8% de déficit public en 2010 en France en 2010, c'est considérable) sont à la veille de ponctionner leurs citoyens pour leur faire payer les pots cassés, c'est d'ailleurs commencé avec les retraites en France. Sur les 10 dernières années, ils ont raté l'occasion de se perfectionner. Pour être moteur, Sarkozy est maintenant trop occupé par sa réélection. De toute façon, il n'a pas de vision, est affaibli donc mal à l'aise et puis tous les autres ont compris qu'il ne souhaitait que tirer la couverture à lui. L'Allemagne a donc gagné car il n'y a pas de contre-poids. Finalement, ses réformes vont sauver l'Europe. Du moins espérons-le.
La politique économique allemande est parfaitement cohérente, renforcer la compétitivité pour développer l'exportation et tirer toute l'économie!
On oublie aussi que les Allemands ont dû intégrer économiquement un grand pays de l'Est , avec l'aide de l'Europe bien sûr, mais avec un investissement direct considérable!
Le laxisme français des ères Mitterrand-Chirac, qui ont développé sans mesure le boulet de la fonction publique, pour masquer le chômage croissant, boulet qui va nous pénaliser pendant des décennies, peut-il être donné en exemple?
Je ne le pense pas, car la France des 3 dernières décennies a été plus proche du modèle "Club Med" raillé par les Allemands que du modèle anglo-saxon!
Très bon article avec un excellent titre.
Cela me rappelle le proverbe, soit disant chinois : "Quand on lui montre la lune, l'idiot regarde le doigt". Nous observons les symptômes, mais la maladie c'est la fin de l'état nation. Nous n'avons pas encore réalisé que "l'histoire lente", comme la définit Fernand Braudel, nous a amené à un point ou la prochaine étape est de nous intégrer en un état régional et fédéral. Politiquement nous sommes divisés et donc faible et inefficace. L'intégration Européenne, depuis le Magdalénien, c'est le sens de l'histoire. Une unité régional à l'échelle de notre culture commune, des télécommunications et des transports du XXIème siècle. Le fédéralisme, c'est la possibilité de satisfaire à la fois les intérêts locaux ( Basques, Corses, Flamands, etc..), et les intérêts régionaux ( militaires, diplomatiques, économiques, énergétiques). L'obstacle, c'est l'état nation qui s'accroche à ses pouvoirs et ne veux en aucun cas les redistribuer vers la région (l'Europe) et les régions ( le Pays Basque, La Flandre, L'Écosse).
Nous ne reprendrons le contrôle de l'emploi et de notre monnaie que quand nous auront une Europe fédérale.