Laissez tomber Keynes, passez à Schumpeter
Les plans de rigueur annoncés ne sont pas si drastiques. Il est temps de se rappeler que la recette de la croissance est la suivante: innovation, compétition, entreprises, export.
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La rigueur est annoncée, elle n'est pas là
Tout le monde se félicite de ce que les plans de relance ont permis d'éviter la grande dépression dans laquelle le monde s'enfonçait à toute vitesse après la chute de Lehman. Les Etats ont joué leur rôle. Mais ce «moment keynésien» est passé. Le G20, l'OCDE, la Commission de Bruxelles, les banques centrales, le FMI même, recommandent tous, peu ou prou, d'établir des plans de rigueur. Avec un raisonnement qui ouvre l'«heure ricardienne»: les déficits alarment les ménages et les entreprises et les poussent à épargner, tandis qu'avec l'austérité, les mêmes ménages et entreprises, dûment informés de ce qui les attend, vont continuer de consommer. Bref, la rigueur est bonne pour la croissance.
Est-ce trop tôt? D'abord, il faut souligner que les plans d'austérité en question ne s'appliqueront dans les grands pays qu'à partir de 2011. Pour cette année, on note que le plan d'Obama est plus lourd en dépenses que l'an passé. Qu'en France, le déficit de 7,5% en 2009 est attendu à 8% en 2010, il ne décroît donc pas encore, au contraire. Que la Grande-Bretagne n'a pour l'instant coupé que de 6 milliards de livres le budget de 2010. Que l'Allemagne attend aussi son budget 2011 pour boire la purge.
Or, entre-temps, la reprise se solidifie. Elle reste «molle» en Europe, comme le dit le FMI (1% en 2010), mais se confirme ces dernières semaines: l'industrie a enregistré des fortes hausses de commandes. L'Allemagne tire des bénéfices de la forte croissance asiatique et de celle des Etats-Unis qui est plus rapide qu'attendu (le FMI y prévoit maintenant 3,1%). Au total, à l'heure qu'il est, commencer à inverser les moteurs en 2011 ne semble pas si casse-cou.
La chute de l'euro donne de l'air
Mais si toute l'Europe fait de même, ne risque-t-on pas un effet récessif cumulatif? Natacha Valla et Nick Kojucharov, économistes chez Goldman Sachs, estiment que les plans de rigueur vont «couper» la croissance européenne de seulement 0,1 à 0,3% d'ici à 2013. C'est «gérable», concluent-ils. Il faudrait des plans trois fois plus durs pour diviser la croissance par deux. Même jugement de Laurence Boone de Barclays Capital: les plans d'ajustement pénaliseront la croissance de 0,2% cette année et moins de 0,7% en 2011. Car si le mot austérité est justifié pour l'Europe du Sud, au Nord il s'agit plutôt de plans sévères d'économie. En Allemagne, le projet Merkel ne représente que 0,4% du PIB par an, selon Barclays. En France, les 90 milliards d'économies annoncés (sans précision) paraissent beaucoup: il ne s'agit que de ramener les dépenses au niveau de 2007. En outre, la baisse de l'euro, de 10% depuis six mois, vient donner de l'oxygène compensatoire. A elle seule, selon l'OCDE, cette chute de la monnaie unique permet un surcroît de croissance de 0,7% la première année et de 1,3% en deux ans, un effet supérieur.
L'euro restera-t-il «faible»? Les ménages obéiront-ils à l'hypothèse ricardienne? Une hésitation est permise. On ne peut pas être totalement rassuré. C'est dire combien il est impératif et urgent d'accompagner l'austérité par des mesures structurelles de croissance. Dans un limpide article, Jeffrey Sachs, professeur à Columbia, demande «qu'on évite de faire suivre une austérité simpliste aux plans de relance simplistes de l'an passé». Les gouvernements, explique-t-il, doivent:
- étaler dans le temps les ajustements, il propose de le faire sur cinq ans;
- expliquer aux opinions que l'argent public ne crée pas d'emplois durables, contrairement à ce que disent certains keynésiens;
- garantir la protection sociale des plus faibles;
- taxer «beaucoup plus» les riches;
- enfin, accélérer les réformes (éducation, marché du travail, innovation...).
Puissent les opinions comprendre que le moment keynésien est fini et que, pour assurer la croissance, voici surtout venue l'«heure schumpeterienne»: la croissance, la bonne, la vraie, la durable, ne se fait pas par l'endettement public mais par l'innovation et la compétition, les entreprises, l'export.
Eric Le Boucher
Photo: Lumière rouge / CoCreatr via Flickr License CC by
(chronique également parue dans Les Echos du 11 juin 2010)
Mis à jour le 21/06/2010 à 6h56











































Ce Schumpeter me semble schtroumfment intéressant.
Blague à part, pour que qu'une relance schumpeterienne prenne place en France il faudrait d'abord que nous retrouvions la culture du risque et que nous libéralisions sérieusement notre économie. Si j'étais un "entrepreneur", la France est le dernier endroit au monde ou je viendrais installer mon entreprise. J'irais là ou je trouverais des investisseurs et des business angels, des employés près à risquer de se retrouver au chômage si mon projet foire et à travailler pour un salaire bas et des actions et des stock options, et pas de syndicats pour me mettre des bâtons dans les roues, et pas de grèves à répétitions, et pas d'état parasite qui va m'imposer des règles d'un autre âge en plus de me faire payer des impôts sur l'air que je respire... la France est une grande maison de retraite luxueuse. Faites pas trop de bruit, il y en a qui essaient de dormir...
Pourtant en terme d'IDE la France reste une des destination les plus prisées d'Europe et dans le Monde...
Il est certain que les emplois publics freinent la recession mais de la même manière freinent la reprise. Nous le voyons bien avec cette crise dans laquelle la France a moins perdu en terme de PIB que ses partenaires mais pour la sortie de crise, il va en être tout autrement car il va falloir porter le boulet de nos emplois publics devenus inutiles.
Quant aux prévisions de nos gouvernants (2,5% de croissance en 2011, 2012 et 2013) pour permettre de revenir à un pseudo équilibre budgétaire) elles tiennent plus de l'incantation du gourou que d'une vision réaliste ! En effet sur les 10 dernières années nous n'avons obtenu ce chiffre que deux fois.
Innovation, compétition, entreprises, export...ça ne vous fait pas penser à un pays européen?
Et pourtant l'Allemagne est la cible des chroniqueurs économiques et des politiques français:" égoïste, cavalier seul, ne développe pas son marché intérieur,...." et pourquoi pas anti-européenne?
Mais nous, nous avons des dirigeants du style : "tout va bien, nous sortons mieux et plus vite de la crise que les autres ..." le lagardien se parle couramment à tous les niveaux et on ne doit pas effrayer le malade, donc éviter de parler de : faible croissance, créations d'emplois quasi-inexistantes, taxation des "riches", et surtout, surtout.. ne jamais utiliser le mot "rigueur"!
Nous avons les moyens de faire des super-cadeaux de TVA aux gargotiers et vous parlez de rigueur?
"Et vous n'imaginez pas que je vais taxer mes amis bling-bling, je n'aurais plus de copains sur Facebook!"
Les hypothèse de croissance irréalistes nous obligent à des révisions déchirantes, surtout quand les réformes nécessaires s'arrêtent deux ans avant chaque élection présidentielle (le quinquennat renouvelable est une idée stupide)
La reprise durable est impossible : en effet, les normes d'urbanisme malthusiennes (site classé, vue imprenable, hauteur limite de construction, coefficient d'occupation des sols, etc) interdisent à l'industrie du bâtiment de faire son travail : loger le peuple français.
C'est la raison pour laquelle les deux seules courtes périodes de rémission que l'économie française a connu en 35 ans (une sous la gauche, une sous la droite) se sont brutalement terminées en queue de poisson.
La croissance s'est à chaque fois fracassée sur le mur des normes d'urbanisme, et cela au moment même où elle aurait dû, au contraire, passer à la vitesse de croisière, par l'effet du cercle vertueux bien connu : les ménages disposant de plus de ressources adressent une demande accrue à l'industrie du bâtiment, laquelle se met à embaucher pour y répondre, ce qui accroît encore les revenus des ménages, et ainsi de suite.
Pendant ce temps comme la pénurie de logement commence à se résorber, les loyers baissent, ce qui accroît le revenu disponible des ménages, stimule la consommation, donc l'embauche, et ainsi de suite.
Or rien de tout cela n'est possible dans notre pays.
Quand grâce à une politique économique astucieuse ou une conjoncture internationale porteuse le gouvernement réussi à accroître les revenus des ménages suffisamment pour que ceux ci tentent d'améliorer leurs conditions de logement, ils ne peuvent récolter rien d'autre qu'une nouvelle explosion des prix de l'immobilier et des loyers, puisque l'industrie du bâtiment ne peut pas, légalement, satisfaire ce besoin si vital et si urgent du peuple français.
L'explosion des prix de l'immobilier et des loyers absorbe complètement les gains de pouvoir d'achat qui avaient été précédemment engrangés, et détruit autant d'emplois que la politique économique astucieuse ou la conjoncture internationale porteuse avait permis d'en créer.
La droite comme la gauche pourraient en témoigner, mais ont toutes deux préféré faire semblant de ne pas voir le lien de causalité évident entre l'explosion des prix de l'immobilier et des loyers et la fin prématurée de la reprise économique, probablement par refus d'affronter les lobbies de rentiers qui imposent au reste de la population les normes d'urbanisme malthusiennes draconiennes qui étouffent la France.
L'économie française ne donnera jamais d'emplois à plus de monde que ses urbanistes n'en autorisent à vivre, de même qu'aucun pays ne donnera jamais de travail à plus de paires de bras qu'il n'accepte de nourrir de bouches.
Dans le ghetto de Varsovie le chômage était généralisé parce que les nazis ne laissaient volontairement entrer qu'une quantité de nourriture insuffisante pour nourrir toute la population.
Dans ces conditions les dirigeants du ghetto auraient pu essayer toutes les théories économiques les unes après les autres : keynesienne, schumpeterienne, monétaristes à la sauce Thatcher ou supply-sided à la sauce Reagan, etc, ils n'auraient jamais réussi à renouer avec la croissance ni à faire reculer le chômage, car le problème était ailleurs :
Ce n'est pas parce qu'ils ne trouvaient pas de travail que les habitants du ghetto mouraient de faim, c'est parce qu'ils avaient été condamnés à mourir de faim qu'ils n'avaient aucune chance de trouver du travail.
Toute proportion gardée, le handicap de l'économie française aujourd'hui est tout aussi radical et incontournable : tant que les français ne pourront pas accéder à plus de logements, plus spacieux, et surtout en ville, ils continueront à consacrer à cette quête désespérée tous leurs efforts et tous leurs gains de revenus.
En gros, distribuer du pouvoir d'achat sans autoriser la construction des millions de logements qui manquent dans toute la France, dont la moitié dans les grandes villes, dont la moitié à Paris, c'est comme imprimer du papier-monnaie sans aucune contrepartie en terme de richesses produites : on ne récolte jamais la croissance, uniquement l'inflation, et le gain de pouvoir d'achat distribué s'évapore comme l'illusion qu'il était depuis le début.
Tous ceux qui parlent de croissance ou de reprise sans oser attaquer la racine du mal, en tout cas la première cause structurelle de chômage et l'unique cause de la pénurie de logement, sans oser dénoncer les normes d'urbanisme malthusiennes, ne font que nous tromper et nous faire perdre notre temps.
Ils cherchent à nous faire croire qu'on pourrait donner du travail à quelqu'un qui dort sur le trottoir, sans lui laisser aucun espoir de jamais trouver un toit, et que l'économie pourrait marcher comme cela : cette idée est tout simplement grotesque.
En gros, si je comprends bien, vous croyez que tout gain de pouvoir d'achat est immédiatement absorbé par l'inflation du secteur immobilier. Les prix sont complétement élastiques: la demande est telle, qu'on peut monter les prix quasiment indéfiniment sans que la demande ne baisse jamais.
C'est une théorie intéressante et vous devriez proposer un article à Slate.fr pour l'expliquer en détails et plus clairement.
Je crois aussi au lien très fort entre le marché de l'immobilier et la croissance. On devrait combiner une politique facilitant l'accès à la propriété, la construction et la rénovation immobilière. De plus, on devrait imposer des normes énergétiques plus contraignantes, mais accompagnées de fortes remises d'impôts égales à 100% de l'investissement de mise à niveau. Cela créerait de l'emploi dans les petites entreprises et aboutirait à faire baisser significativement nos dépenses en énergie.
Une fiscalité beaucoup plus légère permettrait au gens d'acheter plus facilement et plus souvent. Les gens pourraient se constituer rapidement un patrimoine qu'ils pourraient soit transmettre, soit louer ou vendre pour financer leur retraite.
C'est comme ça que ça marche en Grande Bretagne. Peu de gens se plaignent.
Bonjour spiroute
Du point de vue de la demande : tant que vous ne pouvez pas manger à votre faim, vous êtes prêt à consacrer tous vos revenus à la nourriture.
Du point de vue de l'offre : si l'épicier n'a pas assez de nourriture pour servir tous les clients, il monte les prix jusqu'à ce que les plus pauvres soient obligés de renoncer.
Donc il ne sert à rien de donner plus d'argent aux clients tant que l'épicier ne peut pas être mieux approvisionné, cela fait seulement monter les prix.
Toutes vos propositions souffrent hélas du même défaut.
Faciliter l'accès à la propriété sans remettre en cause les normes d'urbanisme malthusiennes ne fera pas une seule propriété supplémentaire. Au mieux, vous pouvez espérer accélérer la rotation des propriétés existantes, rien de plus.
Faciliter la construction ?
Si vous n'avez pas relevé une seule hauteur limite de construction ni un seul coefficient d'occupation des sols, réduit la superficie d'un seul site classé, créé une seule zone légalement constructible, vous ne pouvez pas prétendre avoir facilité la construction.
Accorder des remises d'impôt ?
Cela revient à distribuer du numéraire. Toutes les remises d'impôt seront intégralement absorbées par une nouvelle augmentation des prix de l'immobilier, tant que les normes d'urbanisme malthusiennes ne seront pas remises en cause.
Même votre espoir d'améliorer le bien être du peuple français en favorisant les économies d'énergie se fracassera sur le mur des normes d'urbanisme malthusiennes.
Les dépenses de chauffage sont une charge, comme les intérêts d'emprunt. Quand le loyer de l'argent baisse, les prix de l'immobilier augmentent automatiquement pour rétablir l'ancien équilibre imposé par les normes d'urbanisme malthusiennes.
Tout le monde trouve normal qu'une baisse des taux d'intérêts ne puisse jamais profiter à l'acheteur sur le marché de l'immobilier (et donc qu'une hausse des taux d'intérêts ne puisse jamais lui nuire non plus)
Uniquement à cause des normes d'urbanisme malthusiennes.
Sur le marché de l'automobile, la baisse des taux d'intérêt profite toujours à l'acheteur, car comme le constructeur a le droit de fabriquer autant de voitures qu'il veut, il n'est pas obligé de relever ses prix pour détruire la demande supplémentaire qu'il lui serait interdit de satisfaire.
Si vous diminuez le poids des dépenses d'énergie dans le budget de l'acquéreur d'un logement, il mettra plus d'argent sur la table au moment de l'achat, avec le même effet que quand les taux d'intérêt diminuent.
Toujours à cause des normes d'urbanisme malthusiennes.
Vous prêchez un convaincu: il faut assouplir les règles d'urbanisme... voilà... je le dis ! Haut et fort pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté.
je suggérais simplement d'autres pistes complémentaires..
Il faudrait surtout taxer lourdement l'investissement locatif hors résidences spéciales, l'achat d'investissement pour privilégier l'habitat. Taxer lourdement les appartements transformés en bureaux tout en allégeant les frais sur les habitations. Instaurer un droit de préemption pour les personnes qui à ressources égales justifie d'être en recherche d'un logement à acquérir. Bref faire en sorte qu'il soit plus pertinent pour le marché de baisser les prix et de multiplier la propriété que de la concentré comme c'est le cas auj° entre quelque privilégiés.
2 000 000 de logements vides en France cela laisse songeur.
@Eric Le Boucher
Le rôle des états serait d'arbitrer et jamais de se mêler du jeu. Je suis atterré lorsque j'observe tel ou tel homme politique descendre sur la pelouse et shooter sans que personne ne lui en ait donné la permission, en revanche siffler contre les joueurs en défaut, ça c'est stupéfiant, rien! à croire que la peur s'en mêle et qu'en sifflant, ses propres prébendes s'envoleraient....