France

L'andropause existe, on l'a mesurée

Jean-Yves Nau, mis à jour le 19.06.2010 à 15 h 28

On vient de découvrir qui sont véritablement les «andropausés».

On vient, pour la première fois  de définir avec rigueur les critères qui font qu'un homme peut être considéré comme l'équivalant d'une femme ménopausée. Les résultats sont depuis le 17 juin disponibles sur le site du prestigieux New England Journal of Medicine. C'est là une petite révolution dans un monde marqué à la fois par l'allongement perpétuel de l'espérance de vie mais aussi par la découverte progressive que le grand âge peut n'être pas synonyme d'abandon des plaisirs inhérents à la sexualité.

Souvenons-nous. Durant longtemps les choses furent simples, jamais discutées, vécues comme une forme de fatalité.  D'un côté, les femmes irrémédiablement condamnées à la perte progressive puis totale et irréversible de leurs fonctions ovariennes : la pré-ménopause puis la ménopause avec  leur cortège de symptômes et la question - toujours controversée - de l'innocuité des traitements hormonaux proposés pour lutter contre les désagréments de ces symptômes.

De l'autre, les hommes conservant - du moins en théorie - des fonctions testiculaires et reproductives quasi-illimitées. Ces fonctions pouvaient certes, ici ou là, perdre en intensité ;  elles n'en demeuraient pas moins présentes. C'était ainsi et personne ne songeait à soutenir le contraire: les hommes ne souffraient pas de ménopause ou de son équivalent.  Du moins jusqu'au moment où des endocrinologues commencèrent à enquêter sur le sujet et à découvrir que la réalité était peut-être quelque peu différente; et que, l'âge aidant, la physiologie du testicule pouvait ne plus du tout demeurer la réplique de ce qu'elle avait été.

Pas de parallèle avec la ménopause

C'est ainsi que l'on en vint à parler non pas de ménopause masculine mais d'«andropause» ou mieux encore, dans le jargon spécialisé,  d'«hypogonadisme». Par andropause, on entendait désigner  toutes les conséquences cliniques et biologiques de la diminution progressive de la production d'hormones mâles chez un homme qui avance en âge. Pour autant, il était inadéquat de vouloir faire un strict parallèle avec la ménopause. Et d'ailleurs rien n'était vraiment clair dans cette nouvelle entité: il s'agissait d'un phénomène inconstant, parfois fugace, renvoyant à des symptômes flous et variés. Qui plus est, on n'en connaissait pas véritablement la cause.

S'agissait-il seulement des conséquences de la diminution de la production de testostérone, cette hormone mâle est produite par certaines cellules des testicules avant d'agir sur les muscles, les os, le système nerveux central et la glande prostatique? Placée sous le contrôle d'autres hormones, la production de testostérone est variable au cours de l'existence masculine. Maximale après la puberté, elle commence à décroître. Mais de manière très différentes: dès la quarantaine chez certains,  beaucoup plus tard chez d'autres.

Certains estiment qu'en moyenne, dans la population masculine, cette production diminue de 1% par an à partir de l'âge de cinquante ans, les insuffisances majeures étant diagnostiquées chez 20% des plus de soixante ans. Tout ceci est bel et beau mais ne définit en rien l'andropause qui ne saurait être réduite à une réduction du nombre et de la qualité des érections plus ou moins compensée par des prises de Viagra ou autres stimulateurs érectiles.

32 symptômes potentiels

C'est pour tenter d'éclaircir le paysage qu'un groupe de chercheurs a mené une vaste enquête dans différents pays du Vieux Continent. Et ils estiment fournir, enfin, la liste des symptômes caractéristiques qui permettront de dire si un homme est — ou non — «andropausé». Coordonné par Frederick Wu (University of Manchester, Manchester Academic Health Science Centre, Manchester Royal Infirmary) et financé par l'Union européenne, ce travail a été mené auprès de 3.369 hommes âgés entre 40 et 79 ans vivant dans huit pays européens: Royaume-Uni, Belgique, Suède, Estonie,  Pologne, Hongrie, Italie ainsi qu'à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne.

Tous ces volontaires ont accepté de répondre à de nombreuses questions relatives à leur santé en général, sexuelle en particulier, de même qu'à la qualité de leurs équilibres physique et psychologique. Différents examens biologiques ont été pratiqués visant à mesurer les concentrations sanguines de testostérone le matin à jeun. Différents ajustements statistiques ont ensuite été pratiqués. Et les résultats sont, enfin, disponibles. La diminution de la production de testostérone chez les hommes les plus âgés semble bel et bien être l'une des clefs principales du phénomène. Mais elle n'explique pas tout.

Avant toute chose ce travail permet d'affiner le profil de l'«andropausé» ou de celui qui risque  de le devenir. Sur les trente-deux symptômes potentiels pouvant être a priori retenus (et au vu des résultats testostéroniques), les chercheurs en retiennent neuf. Parmi les plus importants: réduction de la fréquence des érections du petit matin, effacement progressif des pensées avec connotation sexuelle, réduction de la qualité des érections, existence d'une sensation de fatigue, l'incapacité à avoir une activité physique minimale ainsi que des symptômes dépressifs (perte de tonus, sensation de tristesse). La présence conjointe de trois de ces symptômes associée à de bas niveaux sanguins de testostérone est nécessaire pour que l'on puisse réellement parler d'«andropause».

Un phénomène rare

Par bas niveaux de testostérone, on entend un taux de «testostérone totale» inférieur  à 11 nmol / l (3,2 ng /ml ) et un taux de «testostérone libre» est inférieure à 220 pmol / l (64 pg / ml). Attention, ne pas s'affoler a priori. Le corps masculin pouvant, lui aussi, avoir sa part de mystère, on découvre ici que de faibles niveaux de testostérone peuvent (en l'absence de trois des symptômes cités plus haut) être pleinement compatibles avec une activité sexuelle qui n'a rien perdu de sa tonicité.

D'ailleurs si l'on s'en tient à ces critères, les «andropausés» sont, tout bien pesé, relativement rares : moins de 2% de la population étudiée. Ce sont le plus souvent des hommes en mauvaise santé et souffrant d'obésité. Or cette proportion ne correspond en rien à la progression souvent spectaculaire du «marché des érectiles» comme on dit dans le monde de la pharmacie. Ces traitements ont ainsi augmenté de 400% aux Etats-Unis depuis 1999. A supposer que la situation en matière d'andropause est similaire de part et d'autre de l'Atlantique (et pourquoi en serait-il autrement?), on pourrait ainsi raisonnablement en conclure que le recours aux «érectiles» a pour fonction, dans l'immense majorité des cas, d'améliorer le normal existant plutôt que de corriger un normal devenu pathologique.

Jean-Yves Nau

Photo Ray Moon, 80 ans, lors d'une compétition de sculpturisme en 2008, en Australie. REUTERS/Mick Tsikas

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