Société

L'été pas du tout imaginaire: la serviette de plage

Temps de lecture : 2 min

À chaque fois, on a l'espoir qu'elle va rester douce, immaculée, à l'abri du moindre grain de sable, qui viendra pourtant, fatalement, cruellement, parce que c'est son destin, se caler au niveau de la raie de vos fesses.

Sisyphe oublie de mettre une serviette de plage digne dans sa valise et se retrouve avec ce qu'il restait encore à l'Intermarché. | Louison
Sisyphe oublie de mettre une serviette de plage digne dans sa valise et se retrouve avec ce qu'il restait encore à l'Intermarché. | Louison

Albert Camus disait (ouais je sais c'est chelou de commencer un texte sur les serviettes de plage en citant Albert Camus, mais que voulez-vous, j'ai fait une terminale L il y a vingt ans et le traumatisme est toujours palpable). Bref, Albert Camus disait: «Il faut imaginer Sisyphe heureux.»

Sisyphe, pour ceux qui n'auraient pas fait de section littéraire, ce n'est pas le nom d'une maladie qui se transmet par le zizi, mais un personnage de la mythologie grecque, condamné par les dieux parce qu'il avait merdé mais je ne sais plus comment (eh oh ça va, la terminale c'est loin, depuis j'ai dû apprendre le nom de toutes les sœurs Kardashian et ça prend de la place. Vous n'avez qu'à aller sur Wikipédia comme tout le monde.)

Bref, Sisyphe est forcé toute sa vie de pousser un rocher (un vrai hein, pas un en praliné), tout en haut d'une montagne, avant de le voir inexorablement dévaler tout en bas et de devoir recommencer. Albert y voyait là le parfait exemple de la condition humaine, et pour lui, malgré le caractère vain de tout ça, il fallait imaginer Sisyphe heureux de son sort. En gros.

Bref, une serviette de plage c'est pareil. Ça c'est moi qui l'affirme, pas Bébert.

(Logiquement à ce moment du texte vous avez envie de vérifier la posologie de la vitamine C à croquer que je prends tous les matins. Mais je vous rassure, j'ai jamais réussi à ouvrir le tube.)

Oui, une serviette de plage c'est aussi un magnifique exemple de la grande fatalité de la vie.

À chaque fois, on a l'espoir qu'elle va rester douce, immaculée, à l'abri du moindre grain de sable, qui viendra pourtant, fatalement, cruellement, parce que c'est son destin, se caler au niveau de la raie de vos fesses. Là où il est le plus compliqué de le déloger avec élégance ou juste dignité. Oui, à peine arrivé sur la meilleure portion de la plage publique, celle pas trop loin de la mer, pas trop loin des douches, mais bien loin des enfants et surtout de leurs pères qui se lancent dans des parties de beach ball comme s'ils étaient sur le court Suzanne-Lenglen. La meilleure place.

Et pourtant, à peine allongé, à peine sur le point de se détendre pour la seule fois de l'année, et malgré un examen rigoureux de la surface où poser ses fesses, le grain revient. Qu'importe que vous ayez opté pour la serviette en tissu éponge, le foutah ou le paréo. Même la housse de couette vous amènera à un résultat identique.

Un coup de vent, un vendeur de beignets que vous aurez pourtant essayé de repousser à coup de gousses d'ail et de crucifix, un enfant qui court (parfois même c'est le vôtre car les dieux sont cruels), et paf le chien. Enfin paf le grain, qui d'un coup transforme votre îlot de douceur en accessoire de bricolage à retrouver rayon menuiserie et travail du bois.

Voilà, chaque année Sisyphe espère pouvoir juste poser ses miches sur du tissu éponge à bouclettes et imprimé Mickey ou Reine des Neiges, car chaque année Sisyphe oublie de mettre une serviette de plage digne dans sa valise et se retrouve avec ce qu'il restait encore à l'Intermarché, dévalisé, près de la location. Sisyphe est peut-être heureux mais pas écrasé par la charge mentale.

Bref, Sisyphe, tout comme nous, passera donc le reste de son été à tenter d'enlever les grains de sable pris dans les rouages de son bonheur. Mais chaque année, alors que tout son corps le gratte, il se rappellera que tout de même il aime bien les serviettes de plage, le sable des plages et les plages tout court d'ailleurs et que l'an prochain il reviendra.

Parce que les vacances à la montagne, ça lui rappelle trop le boulot.

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