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Golf: Pebble Beach, c'est pas le Club Med

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.06.2010 à 19 h 36

Ultra-sélectif et sublime, l'US Open 2010 est un parcours du combattant

Cette semaine, foin de Coupe du monde de football pour une grande partie des médias américains qui se tournent du côté de Pebble Beach, en Californie, pour se focaliser à nouveau sur l'objet préféré de toutes leurs attentions: Tiger Woods.

Du 17 au 20 juin, le n°1 mondial dispute, en effet, l'US Open, le deuxième des quatre tournois du Grand Chelem de la saison qui rassemble toute l'élite golfique avec au bout du week-end, peut-être, la chute du roi qui pourrait laisser son trône à son compatriote Phil Mickelson.

Cette année, le tournoi se dispute pour la première fois depuis 2000 sur le prestigieux parcours de Pebble Beach Links, au bord du Pacifique, à quelque deux heures de route de San Francisco. Pebble Beach reste le cadre de l'un des plus grands exploits de la carrière de Woods. Il y a dix ans, il y avait remporté le premier de ses trois US Open avec une avance de... 15 coups sur ses deux dauphins, le Sud-africain Ernie Els et l'Espagnol Miguel Angel Jimenez.

Jamais dans l'histoire des tournois majeurs, un joueur n'avait écrasé la compétition et la concurrence de la sorte. Le précédent record datait de... 1862 et était la propriété de Old Tom Morris, vainqueur du British Open avec une marge de 13 coups.

Woods ne s'était pas contenté de prendre les commandes dès le premier tour et de les tenir jusqu'au dernier. Lors des quatre journées, il avait signé trois des quatre scores les plus bas. Woods avait terminé à -12 sous le par quand ses deux poursuivants en avaient fini à +3, score qui soulignait l'extrême dureté du parcours pour le commun des joueurs professionnels.

Pas une sinécure

Car si Woods avait humilié ses rivaux, il avait aussi allègrement piétiné le parcours. Et pourtant, Pebble Beach n'est pas une sinécure. Il s'agit même d'un golf légendaire, régulièrement classé parmi les cinq plus grands, et donc difficiles, au monde. «Il n'y a pas mieux que cela, a souligné cette semaine l'Irlandais Padraig Harrington, vainqueur de trois titres du Grand Chelem et qui espère bien devenir le premier Européen depuis 1970 à enfin s'imposer à l'US Open. Si quelqu'un a une critique à émettre au sujet de ce parcours, il ne mérite pas d'être ici.»

Trois éléments peuvent être retenus pour déterminer la qualité, voire la grandeur, d'un parcours: le tracé, le cadre et l'entretien. Pebble Beach frôle et atteint même parfois la perfection dans ces trois catégories. Il s'inscrit déjà dans un décor de carte postale, en bord de mer, souvent noyé dans le brouillard, tantôt surplombant une falaise, tantôt presque léché par les vagues comme sur le trou n°18. Situé sur la péninsule de Monterey, épousant la côte sauvage, il est «posé» là depuis 1919, date de son ouverture. L'écrin de verdure s'étend sur des kilomètres, le long de l'océan, avec en son sein plusieurs hôtels de luxe, parmi lesquels le célèbre Lodge, et maisons privées.

820 millions de dollars furent ainsi déboursés par un consortium pour racheter Pebble Beach aux Japonais à la fin des années 90. Dans ce groupe d'acheteurs, on retrouvait Peter Ueberroth, l'ancien responsable des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, Dick Ferris, l'ex-président de United Airlines, l'ancien champion Arnold Palmer et... Clint Eastwood, ancien maire de Carmel, tout près de Pebble Beach, ainsi que de 132 actionnaires, qui avaient payé chacun 2 millions de dollars pour ce petit bijou golfique.

Minces commes les hanches de Gwyneth Paltrow

Long de 6.435 mètres, le tracé est ensuite d'une difficulté majeure en raison de l'étroitesse des fairways qu'un journaliste américain a comparée à la minceur des hanches de l'actrice Gwyneth Paltrow. Le vent, parfois violent, venu de la mer, n'arrange évidemment pas les affaires des golfeurs pour qui ce paradis golfique peut se muer en petit enfer personnel.

Il a été ainsi calculé que pour les meilleures gâchettes du circuit professionnel, la moyenne de coups pouvait augmenter de trois par jour en fonction des caprices d'Eole.

Dans ce contexte, le score affiché par Tiger Woods en 2000 avait été proprement stupéfiant dans la mesure où il avait été capable de toucher 73,2% des fairways, soit près de trois sur quatre. Sur l'ensemble des quatre journées, il avait été victime de seulement six bogeys et d'un triple bogey, seule grosse rature sur sa carte.

L'entretien spécifique du parcours lors de cet US Open accentue enfin la dureté de Pebble Beach. Car l'US Open obéit à certaines règles que l'on retrouve dans tous les lieux qui l'accueillent année après année. Les roughs (cette partie bordant les fairways) doivent être aussi épais que les sourcils de Raymond Domenech et les greens aussi rapides que des patinoires.

Chaque année, en février, Pebble Beach accueille ainsi un tournoi régulier du circuit du PGA Tour (le circuit professionnel américain). Vainqueur il y a quatre mois de cette épreuve, l'Américain Dustin Johnson a avoué cette semaine qu'il n'avait jamais vu un parcours se transformer de la sorte aussi rapidement et qu'il n'avait strictement rien à voir avec celui qu'il avait foulé triomphalement l'hiver dernier. Les spécialistes de l'USGA (United States Golf Association), qui organise l'US Open, ont œuvré en experts pendant des semaines pour mettre Pebble Beach à ses normes diaboliques.

Le n°7, trou lilliputien

Pebble Beach a une autre particularité. Ses greens sont très petits, moitié moins grands que tous ceux des autres parcours organisant régulièrement l'US Open. Le lilliputien trou n°7 en est sa figure emblématique. Un par trois de seulement 120 mètres, le trou le plus court utilisé lors de tournois du Grand Chelem et qui se termine par un green timbre poste encadré par trois bunkers au bout de la mer.

Pebble Beach a accueilli quatre fois l'US Open dans son histoire et a toujours couronné un maître du jeu: Jack Nicklaus (1972), Tom Watson (1982), Tom Kite (1992) et Tiger Woods (2000). Il ne devrait pas en être autrement dimanche, mais les pronostics sont pessimistes cette fois pour Woods en perte de confiance et qui a tendance à égarer ses drives ces temps-ci (pas vraiment conseillé à Pebble Beach). Il est peut-être venu l'heure pour le parcours de se venger méchamment après l'affront subi il y a dix ans par le plus que fragile n°1 mondial.

Sachez sinon que Pebble Beach est un parcours public et qu'il vous est donc accessible moyennant environ 500 dollars le green fee et quelques mois d'attente. Mais la passion et l'honneur de pouvoir jouer dans ce lieu mythique ne valent-ils pas des sacrifices?

Yannick Cochennec

Photo: Woods au trou 18, mercredi 16 juin. REUTERS/Danny Moloshok

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