Santé / Monde

Changement climatique: et si on arrêtait de déconner?

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À force de remettre toujours à plus tard ce qu'il conviendrait de faire, nous courons à notre perte.

Il faut changer en profondeur nos comportements. | Markus Spiske via Unsplash
Il faut changer en profondeur nos comportements. | Markus Spiske via Unsplash

De canicules en inondations, de feux de forêt en vagues de chaleur successives, on se rend bien compte que les questions climatiques sont vouées à devenir, si elles ne le sont déjà, l'objet de nos préoccupations premières. Pas un jour ne se passe sans qu'on nous rappelle l'urgence de la situation, l'impérieuse nécessité de changer nos comportements, sans quoi l'enfer sera à nos portes.

Pourtant, rien ne change, ou si peu. Les avions font le plein, les bouchons sur les autoroutes sont légion, les grands événements sportifs se déroulent avec une régularité de métronome, les grandes transhumances de touristes aussi et, dans l'indifférence la plus absolue, chacun, individus comme autorités publiques, continue d'agir comme si de rien n'était.

Comme si nous étions incapables d'admettre que notre monde d'hier, celui des ressources infinies où il fallait épuiser notre soif de jouissances pour nous sentir exister, appartenait au passé. Ou plutôt comme si cette réalité nous dérangeait tant qu'au lieu de l'affronter, nous préférions prendre la tangente en espérant la venue d'un très hypothétique miracle.

Nous sommes sourds au bruit de notre propre chute. Nous allons aveugles vers des temps sombres où, de gré ou de force, il nous faudra adopter des mesures radicales afin de sauver ce qui peut l'être. Nous voulons croire en la grandeur du génie humain, en notre capacité maintes fois prouvée de nous sortir de situations mille fois plus périlleuses, sans réaliser que nous nous heurtons cette fois à des forces susceptibles de nous terrasser pour de bon.

Pourtant, nous ne sommes pas suicidaires. Nous voulons vivre. À tout prix. Mais vivre sans renoncer à rien, ni à notre confort ni à nos habitudes de consommation. Comme si vivre autrement, d'une manière plus effacée, n'était plus vivre. Que serait une vie si nous ne pouvions plus voyager à l'autre bout de la Terre, s'il nous fallait renoncer aux menues joies de l'existence –manger de la viande, rouler à tombeau ouvert, acheter ce qui nous passe par la tête, assouvir notre soif inextinguible de plaisirs superflus?

Évidemment, le pire n'est jamais sûr. Mais tout de même, à la vitesse où nous allons, il semble se rapprocher un peu plus de nous chaque jour qui passe, sans pour autant que cela nous décide à changer en profondeur nos comportements. Collectivement, nous savons pourtant la nécessité d'agir et d'agir vite. Mais nos résistances sont si grandes qu'in fine, à l'heure d'acheter un billet d'avion ou de renoncer à une tranche de steak, nous faiblissons et cédons à nos tentations.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'un électrochoc, d'une prise de conscience qui ne soit pas celle d'un instant comme après une grande catastrophe mais s'inscrive dans la durée. À chaque seconde de notre existence, les perspectives d'un monde devenu invivable doivent sans cesse venir percuter nos pensées. Pourquoi ne pas imaginer un système où au moment de réserver un voyage en avion, à chacune de nos «mauvaises actions», par le biais d'une image ou d'un clip, d'un message tranchant, on vienne nous rappeler les conséquences de nos actes?

Comme ces images de cancer sur nos paquets de cigarettes, il faudrait sans cesse nous rappeler, d'une manière brutale, ce à quoi nous nous exposons si nous persistons à ne rien changer à nos vies. D'une manière continue, il faudrait avoir mauvaise conscience, être constamment mis devant nos contradictions, nous abreuver de messages alarmistes, afin d'obliger notre cerveau à se conduire d'une manière plus appropriée aux enjeux de ce siècle.

Une sorte de thérapie collective, de session de désenvoûtement destinée à nous désaouler d'un mode de vie qui concourt à notre perte. Comme à un enfant à qui il faut un millier de fois expliquer le danger de se pencher au balcon, c'est ainsi qu'il faut nous parler. Non pas à coups de ceinturon –pas encore du moins–, mais par l'insistance de la répétition, par la pédagogie à outrance, par l'omniprésence d'un discours nous rappelant à nos obligations.

C'est le prix à payer pour notre indolence coupable.

Un dernier sursaut avant la chute.

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