Economie

France-Allemagne, un mariage de raison

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 17.06.2010 à 8 h 53

Entre Merkel et Sarkozy, c'est une histoire d'argent, un couple qui tient face aux banquiers.

Qu'ils s'aiment ou pas, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont  soumis à une forte pression et doivent se montrer unis comme ils l'ont fait le 14 juin. Malgré un report d'une semaine de leur rendez-vous, ils sont tombés d'accord sur la remise en ordre des finances publiques, les sanctions à prendre contre les pays indisciplinés et les mesures de contrôle des marchés financiers à proposer au G20 de la fin du mois. Car les marchés, ces entités qui fâchent Angela Merkel, les y contraignent. Ainsi, le 14 juin, l'agence de presse Reuters signalait que les dépôts des banques européennes auprès de la Banque centrale européenne avaient atteint le niveau record de 384 milliards d'euros. Cela signifie tout simplement que, depuis la crise grecque et la défiance suscitée par les montants de dette publique européenne, les banques hésitent à se prêter entre elles les liquidités dont elles ont besoin à court terme. Parce qu'elles ne savent pas exactement quels volumes de titres des pays les plus endettés figurent au bilan de leurs homologues.

Des banques fragiles

Le président de la BCE Jean-Claude Trichet l'a admis lors de son point de presse du 10 juin: le marché interbancaire «ne fonctionne pas normalement, c'est clair», a-t-il déclaré. C'est que certaines banques apparaissent très fragiles, en particulier les banques espagnoles, qui ont beaucoup trop de créances immobilières. Et puis, les banques européennes détiennent d'énormes quantités de titres des pays européens très endettés –outre la Grèce, l'Espagne, l'Italie, l'Irlande. Selon la revue trimestrielle de la Banque des règlements internationaux (BRI), qui fait un bilan des avoirs des banques en créances de ces pays au 31 décembre 2009, les établissements français et allemands sont les plus exposés: sur un total de dette de ces quatre pays de 2.533 milliards de dollars (dont 62% sont aux mains de banques de la zone euro), 493 milliards sont dans des banques françaises et 465 milliards dans des banques allemandes. L'essentiel il est vrai est constitué de dette privée: 784 milliards de dollars, contre 174 milliards de dette publique.

Dans ce contexte, on se retrouve dans un scénario qui ressemble fort à celui qui avait suivi la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers en 2008. Pendant des jours, les banques n'arrivaient plus alors à trouver de liquidités, et les banques centrales avaient dû intervenir massivement. Ce parallèle, la BRI elle-même le fait, toujours dans sa dernière revue trimestrielle. Dans une étude au titre évocateur de «Retour vers le futur?» elle compare les marchés interbancaires de 2007 et 2008 et ceux d'aujourd'hui. Conclusion:

Le point de départ est similaire mais les écarts de taux se sont beaucoup moins élargis cette fois.

La fragilité reste, en tout cas, et il est possible que les banques soient contraintes de passer de nouvelles provisions pour créances douteuses.

Condamnés à s'entendre

Aussi, quels que soient leurs points de mésentente, les responsables français et allemands sont-ils condamnés à s'entendre. Ce sont de pareils chiffres qui démontrent que l'intégration économique est allée bien plus vite que ne le soupçonnent  les politiques, qui pensent encore souvent en terme nationaux. Jusqu'au moment où les bilans des grandes banques viennent leur rappeler que l'Europe-marché unique existe bel et bien. Et que le marché unique a des conséquences qui vont au-delà de la libre circulation des biens et des services. Pour éviter une trop grande nervosité des acteurs financiers, un minimum d'entente européenne était bienvenu.

Marie-Laure Cittanova

Photo: Angela Merkel accueille Nicolas Sarkozy, le 14 juin 2010 à Berlin. REUTERS/Thomas Peter

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