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Les forêts victimes des mégafeux pourraient ne plus être capables de se régénérer

Temps de lecture : 5 min

Les feux de l'été 1988 dans le parc américain de Yellowstone nous ont appris que les forêts peuvent se remettre des incendies. Mais jusqu'à quel point?

Les mégafeux sont de plus en plus fréquents et pourraient menacer les capacités de regénération des forêts. | Bjørn Tore Økland via Unsplash
Les mégafeux sont de plus en plus fréquents et pourraient menacer les capacités de regénération des forêts. | Bjørn Tore Økland via Unsplash

Aux États-Unis, de juin à novembre 1988, des brasiers massifs ont ravagé le parc national de Yellowstone, dans le Wyoming, touchant à peu près 500.000 hectares du parc et ses alentours. Faisant l'objet d'une forte couverture médiatique, la taille et l'intensité des feux avaient surpris les scientifiques, les gestionnaires du parc et le public. Plusieurs médias avaient même proclamé la destruction totale du parc, ce qui était totalement faux.

J'étais là durant les feux et suis revenue juste après pour constater les dégâts. Des forêts brûlées s'étendaient sur des kilomètres, les troncs d'arbres noircis donnaient l'impression d'un paysage de désolation. En observant le parc d'un hélicoptère, nous avions cependant été surpris de voir une mosaïque de parcelles brûlées et d'autres intactes.

J'ai étudié la régénération des forêts de Yellowstone depuis 1989, observant des paysages d'arbres carbonisés se transformer en jeunes forêts abondantes. Les feux jouent un rôle écologique important dans plusieurs écosystèmes et le parc de Yellowstone n'est pas une exception. La faune et la flore locales se sont bien adaptées à ces cycles historiques de destruction et de régénération. Aujourd'hui, notons que le paysage brûlé est dominé par de jeunes pins tordus.

De tels feux se sont majoritairement produits dans des parcs nationaux ou des zones sauvages, où la gestion post-incendie était minimale. Cela nous a beaucoup appris sur les réactions naturelles des écosystèmes à de tels événements.

Les forêts de Yellowstone étant remarquablement résistantes, les incendies de 1988 n'ont pas constitué une catastrophe écologique. Aujourd'hui cependant, le changement climatique et la fréquence des feux pourraient pousser les forêts au-delà de leurs limites.

Chaleur, sécheresse et
vents puissants

Ce sont des conditions météorologiques extrêmes qui étaient à l'origine des incendies de 1988 et qui sont responsables de beaucoup de feux aujourd'hui. L'été de 1988, exceptionnellement sec par rapport aux habituelles périodes estivales à Yellowstone, est ainsi pointé du doigt comme cause principale.

En effet, cette année-là, les quantités de matières combustibles présentes (bûches, aiguilles de pin, arbres inflammables) étaient habituelles. Les feux n'ont donc pu être causés que par de hautes températures, une sécheresse et des vents forts.

Des rafales de plus de 100 km/h m'avaient empêchée de survoler les feux début juillet, soit bien avant le pic de l'incendie. Les routes, les rivières et même les canyons n'ont pas pu stopper les flammes, qui ont continué à s'étendre avec l'aide du vent. Des bourrasques puissantes ont notamment porté des branches enflammées, propageant l'incendie. Les feux ont également continué à brûler pendant la nuit.

Comment les forêts récupèrent

Durant les 10.000 dernières années, des incendies se sont produits à Yellowstone, à des intervalles de cent à trois-cents ans. Les «feux de cimes» brûlent la canopée, tuant les arbres tout en provoquant une poussée de végétation neuve. De tels incendies sont habituels à Yellowstone, dans d'autres forêts à haute altitude et dans le Nord.

Si l'écorce fine des pins tordus est rapidement brûlée, notons que les pommes de pin sont adaptées aux feux: lorsqu'elles chauffent, elles sécrètent de grandes quantités de graines, ce qui permet à la forêt de se régénérer à la suite des incendies. De plus, les feux créent des sols riches en minéraux et sont suivis d'une météo ensoleillée. Autant de conditions idéales pour la croissance végétale.

À Yellowstone, des herbes et fleurs sauvages ont aussi pu pousser à partir de racines survivantes, car les terres n'avaient pas brûlé en profondeur et avaient conservé des nutriments essentiels à leur croissance. Les plantes natives ont également poussé à nouveau.

Des peupliers trembles ont également pu s'imposer, poussant à partir des graines semées à travers les forêts de pins brûlés, à plusieurs kilomètres des trembles matures les plus proches. Et ces arbres se portent à de plus hautes altitudes qu'avant les feux.

Les écosystèmes forestiers de Yellowstone se sont régénérés rapidement, sans intervention humaine. Je pense que les visiteurs ne voient plus aucune trace des incendies de 1988, ils admirent simplement le paysage, la faune et la flore.

Des mécanismes de régénération similaires ont été observés aux parcs nationaux des Rocheuses (Colorado), de Glacier (Montana) et de Grand Teton (Wyoming), qui ont également évolué avec des feux pendant des millénaires. Des incendies de grande intensité ont toujours tué des arbres, mais ils ne détruisent pas la forêt.

Changement climatique
et incendies

Les feux de 1988 ont inauguré une nouvelle ère de feux de forêt majeurs, qui brûlent de plus en plus de forêts chaque année. Du fait du réchauffement climatique, la météo chaude et sèche, responsable de feux importants, n'est plus si rare; la neige fond de plus en plus tôt; les combustibles s'assèchent de plus en plus vite; la température bat des records; et la saison des feux se prolonge. Récemment, des incendies ont ainsi eu lieu dans plusieurs parcs nationaux, dont Bandelier, les Rocheuses, Glacier et Yosemite.

Un climat plus chaud et plus sec aggrave la sécheresse dans des endroits déjà chauds et secs. Dans l'ouest des États-Unis, le changement climatique a asséché des combustibles et quasiment doublé la surface incendiée entre 1984 à 2015.

Bien que la foudre soit responsable de la plupart des feux dans les Rocheuses, les feux de source humaine allongent eux aussi les saisons de feux dans les zones peuplées. Même dans les forêts humides des Appalaches du Sud, la sécheresse a permis à un incendie d'origine humaine de s'étendre du parc national des Great Smoky Mountains, à Gatlinburg, dans le Tennessee, couvrant une surface de 72 km2.

Ce que l'avenir nous réserve

Dans un monde qui se réchauffe, même les forêts bien adaptées à de larges incendies ne sont plus à l'abri. À la fin du XXIe siècle, un climat chaud et sec comme celui de l'été de 1988 pourrait devenir la règle à Yellowstone.

La fréquence des mégafeux va aussi avoir tendance à augmenter. De tels feux ont d'ailleurs déjà commencé à rebrûler des forêts bien avant qu'elles n'aient eu le temps de se régénérer. À Yellowstone et Grand Teton, des incendies en 2016 ont calciné des forêts jeunes qui avaient déjà brûlé en 1988 et en 2000. Nos études sur ces feux récents ont également montré qu'ils étaient plus intenses, et les arbustes nés après l'incendie moins nombreux. De plus, la survie de ces jeunes arbres dans un climat plus chaud n'est pas garantie.

Les mégafeux sont donc de plus en plus fréquents et pourraient menacer les capacités de regénération des forêts. Les parcs nationaux représentent les derniers paysages intacts des États-Unis, et nos meilleurs laboratoires pour comprendre les bouleversements que subit l'environnement. La recherche sur les feux de 1988 est ainsi devenue une référence pour évaluer les effets des incendies aujourd'hui.

Yellowstone maintiendra sa beauté, ses espèces et sa capacité à nous inspirer. Cependant, seul le temps nous dira si ses forêts garderont leur résilience face aux incendies dans les futures décennies.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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