Santé / Sciences

Le virus du Covid-19 atteindrait le cerveau en fabriquant de petits tunnels à partir du nez

Temps de lecture : 2 min

Les découvertes d'une équipe de chercheurs de l'Institut Pasteur pourraient permettre, à terme, de développer une molécule qui bloquerait la création de ces «nanotubes».

C'est en observant la manière dont le virus interagissait avec différents types de cellules que les chercheurs sont arrivés à cette conclusion. | Drew Hays via Unsplash
C'est en observant la manière dont le virus interagissait avec différents types de cellules que les chercheurs sont arrivés à cette conclusion. | Drew Hays via Unsplash

Brouillard mental, trous de mémoire, confusion, maux de tête, désorientation... Depuis le début de la pandémie, nombreuses sont les personnes qui rapportent ce type de manifestations neurologiques à la suite d'une infection par le SARS-CoV-2, notamment dans certains cas de Covid long. Si les causes derrière ces symptômes restaient au départ assez floues, des autopsies effectuées sur des patients décédés ont parfois révélé la présence du coronavirus dans le cerveau.

Pourtant, selon des études antérieures, «le récepteur ACE2, que le virus utilise normalement pour pénétrer dans les cellules, est à peine détectable dans le cerveau, contrairement aux cellules qui tapissent le nez, la bouche et les poumons», rapporte New Scientist. La manière dont le SARS-CoV-2 se déplace jusqu'au cerveau restait donc un mystère. Une récente étude publiée le 20 juillet dernier dans la revue Science Advances, menée par Chiara Zurzolo et son équipe de l'Institut Pasteur, pourrait néanmoins apporter de nouveaux éléments de réponse.

Pour la mener, les scientifiques ont décidé d'observer, dans des boîtes de Petri, la manière dont le virus agissait face à deux types de cellules: «L'une, appelée SH-SY5Y, a été utilisée pour modéliser les cellules du cerveau humain; l'autre, Vero E6, pour modéliser les cellules qui tapissent les surfaces du corps, y compris le nez

Les cellules cérébrales modélisées ne pouvaient pas, seules, être infectées par le Covid-19, «car elles ne possédaient pas le récepteur ACE2». Toutefois, après incubation dans la même boîte de Petri que les cellules présentes dans le nez et qui possèdent bien ces récepteurs, «elles ont été infectées».

Un mécanisme «simple et efficace»

Grâce à un microscope électronique, l'équipe de chercheurs a découvert qu'après être parvenu à pénétrer dans les cellules modélisées du nez, «le virus a stimulé [ces dernières] pour qu'elles développent de minuscules tubes, appelés nanotubes [...], qui ont formé des connexions avec les cellules cérébrales». Ces tunnels minuscules pourraient expliquer la façon dont le SARS-CoV-2 voyage jusqu'au cerveau.

«Je pense qu'il s'agit d'une étude très intéressante, car elle propose un mécanisme simple et efficace permettant de transférer le virus d'une cellule à l'autre, sans avoir recours aux récepteurs ACE2», commente Frederic Meunier, de l'université du Queensland, en Australie, dans les colonnes du New Scientist. «Cependant, comme les expériences se sont limitées à des cellules dans des boîtes de Petri, des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer que le même mécanisme se produit à l'intérieur du cerveau.»

Si le virus circule effectivement par les biais des ces nanotubes jusqu'au cerveau, Chiara Zurzolo espère que cette découverte pourra être utile au développement d'un médicament permettant de bloquer ce processus. «Pour l'instant, nous ne disposons pas d'une molécule spécifique bloquant les nanotubes, mais nous procédons à un criblage pour en trouver», annonce-t-elle.

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