Monde

BP: Obama, un discours pour rien

Daniel Gross, mis à jour le 16.06.2010 à 18 h 28

Le discours du président américain n'a pas manqué de souffle churchillien, mais il est resté dans le plus grand vague sur les solutions concrètes.

Le discours depuis le Bureau Ovale du président Obama sur la marée noire était presque assez nul pour vous faire regretter le Président George W. Bush. Peut-être pas réellement la présidence de George W. Bush, mais au moins l'idéal platonicien de la présidence de George W. Bush –le président manager, le chef d'État-PDG.

Depuis le début de la marée noire, il était devenu évident que BP et son PDG benêt, Tony Hayward, n'avaient ni l'intelligence, ni la compétence, ni les capacités managériales pour limiter les dégâts. Le discours du Bureau Ovale avait été vendu comme l'essai du président Obama de montrer qu'il avait pris les choses en main, et qu'il allait faire ce qu'un bon PDG ferait à sa place: définir qui avait merdé, et sinon stopper la fuite, spécifier précisément une stratégie pour s'en sortir, et éviter enfin que cela ne se répète. Mais ceux qui s'attendaient à ce qu'Obama joue son Jack Welch face à BP ont été déçus. A mon avis, ce discours, loin d'entraîner les actions BP dans une énième spirale descendante, se rapproche plutôt d'un non-événement.

Obama a certainement fait preuve d'une certaine rhétorique, churchillienne, de la prise en charge.

Nous allons combattre cette marée noire avec tout ce que nous avons, et aussi longtemps qu'il le faudra. Nous ferons payer BP pour les dégâts que leur entreprise a causés. Et nous ferons tout le nécessaire pour aider les côtes du Golfe, et ses habitants, à se relever de cette tragédie.

Et il a lancé quelques demi-avertissements à BP. Il a fait la promesse que, mercredi, il va «rencontrer le président de BP et l'informer qu'il va devoir mettre de côté toutes les ressources nécessaires pour indemniser les travailleurs et les dirigeants d'entreprises lésés par l'insouciance de sa compagnie». Mais c'est une menace relativement creuse. Le président de BP est responsable devant ses actionnaires meurtris, pas devant le président des États-Unis. Je ne suis pas sûr que le président Obama ait l'autorité suffisante pour ordonner au président d'une entreprise privée, basée en Grande-Bretagne, de mettre de côté des ressources spécifiques. De plus, le public et les investisseurs ont déjà pensé que BP était sur le point de le faire, ce qui expliquerait pourquoi la valeur de son action a été divisée par deux.

Comme un PDG, Obama a su faire un effort de délégation. Il a précisément nommé quelques-uns des chefs de files qui seront attachés au bon déroulé du rétablissement, et des stratégies de prévention. Il a mentionné une équipe menée par le secrétaire à l'Énergie, Steven Chu, et les «presque 30.000 personnes qui travaillent actuellement à travers quatre États au blocage et au nettoyage de la marée noire». Il a autorisé l'appel de la Garde Nationale et exhorté «les gouverneurs des États touchés à dépêcher ces troupes le plus rapidement possible». Mais les PDG doivent trouver des fournisseurs et des partenaires compétents pour mettre leur plan à exécution. Et jusqu'à aujourd'hui, la force de travail la plus importante –celle qui bouche le puits– est toujours sous-traitée par BP. Il n'a pas expliqué pourquoi BP continuait à le faire.

Mais c'est dans la conclusion qu'il s'est le plus comporté comme un anti-PDG. Obama a tiré les bonnes cordes en montrant comment nous sommes aujourd'hui entrés dans une ère où il sera difficile de trouver du pétrole, comment nous devons calmer notre pétrolomanie, et comment son administration a proposé des politiques qui vont en ce sens. Il a parlé du «projet de loi, solide et complète, sur l'énergie et le climat» passé par la Chambre, et a juré que «le comportement que je ne tolèrerai pas est l'inaction».

Mais il n'en a pas appelé aux inactifs du Sénat qui se sont assis sur ce projet de loi. Et tandis qu'il parlait avec tant de verve et de précision sur sa foi en la capacité de l'Amérique à innover sur le long terme –une foi que je partage– il a été plus vague sur les étapes spécifiques, et à court terme, que l'organisation qu'il dirige pouvait garantir. Comme John Dickerson le fait remarquer ici, il a à peine parlé des initiatives dures, controversées, mais néanmoins nécessaires telles l'établissement d'un prix sur le carbone, d'une hausse significative des taxes sur l'essence, ou de l'institution d'un régime de marché carbone. Le discours d'Obama a ressemblé à une présentation PowerPoint à laquelle il manquait quelques slides.

Daniel Gross

Traduit par Peggy Sastre

Sur Obama et la marée noire, voici quelques-uns de nos derniers: Le souffle d'Obama dans le Bureau Ovale, le Pétro-cauchemar d'Obama, Pourquoi Obama n'a pas appelé le PDG de BP

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