Culture

Dix films de plage pour traverser l'été

Temps de lecture : 8 min

Si vous n'aimez pas lézarder sur le sable, il est peu probable que cette sélection vous fasse changer d'avis.

Pierre Deladonchamps et Christophe Paou dans L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie. | Capture d'écran Strand Releasing via YouTube
Pierre Deladonchamps et Christophe Paou dans L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie. | Capture d'écran Strand Releasing via YouTube

Le «film de plage» n'est pas un style cinématographique reconnu, mais c'est en tout cas une catégorie dans laquelle on peut avoir envie de piocher en plein été, lorsqu'on vit volets fermés, parce que la planète est en train de brûler. Quitte à avoir chaud, autant que cela se passe devant des films qui puissent rendre cette chaleur palpable à l'écran, non?

En voici une liste plus aléatoire qu'exhaustive –on n'y trouve ni Les Bronzés ni Les Dents de la mer, ni Point Break, ni Seul au monde–, à laquelle il conviendra bientôt d'ajouter L'Année du requin, comédie sur fond de chasse au prédateur marin dans laquelle s'illustrent Marina Foïs, Jean-Pascal Zadi et Kad Merad. Cette curiosité signée par les solides frères Boukherma (Teddy) doit sortir sur les écrans français le 3 août.

«L'Inconnu du lac»: seul quand la mort rôde

Il serait bien triste de résumer Alain Guiraudie à un seul film. Le cinéaste et romancier aveyronnais tisse depuis 2003 une œuvre ô combien singulière, où le western et le film noir embrassent la comédie, sur fond de sexualité souvent débridée. Pourtant, impossible de contester le fait que L'Inconnu du lac se tient bien au-dessus des autres films du réalisateur. Ce polar hitchcockien, au nombre très réduit de décors et de personnages, crée une sidération durable et laisse un souvenir ému.

C'est sur une plage de cailloux blancs que Franck, bel homme réservé mais plein de désir (Pierre Deladonchamps dans son premier rôle), vient poser sa serviette afin d'observer les autres hommes qui y déambulent. Ce lieu magnifique sert de terrain de «cruising», terme appartenant à la culture gay et désignant le fait de se mettre en quête d'un ou plusieurs partenaires, souvent pour une poignée de minutes. Franck y fait plusieurs rencontres, mais tombe surtout sur le charme de Michel, moustachu magnétique qui lui fait beaucoup d'effet –et qui continue à lui en faire après que Franck l'a surpris en train de noyer un autre homme présent sur place.

C'est une tragédie faite de mort et de désir qui se tisse alors: fasciné par le meurtrier, le héros ne cesse de se rapprocher de lui, jouant un jeu dangereux dont il a pleinement conscience. Guiraudie brode un labyrinthe des passions qui subjugue et terrifie, car il est clair que Michel, aussi attirant soit-il, est capable de frapper de nouveau. Haletant et tragique, le film bénéficie en outre du travail de la cheffe opératrice Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu), qui achève de faire de L'Inconnu du lac ce qu'il est: un chef-d'œuvre.

«Old»: chaque jour est une vie

Nous avons tant aimé M. Night Shyamalan. Durant une brève période, on pensait même que ce mec tellement doué et brillant allait nous livrer un film passionnant par an (Sixième sens est sorti en France le 5 janvier 2000, Incassable le 27 décembre de la même année). Finalement, sa filmo a fait pschitt, même si tout n'est pas à jeter dans ses derniers films.

Old avait fait renaître un espoir fou: celui d'assister à la résurrection du plus grand storyteller des années 2000. Adapté d'une BD francophone, le film raconte comment, abandonnés sur une plage dont ils ne peuvent pas partir, quelques êtres humains découvrent qu'ils sont victimes de vieillissement accéléré et qu'avant la nuit, ils seront vieux et/ou morts. Pour résumer, leur vie se résume à la journée qu'ils sont en train de vivre. Sacré pitch.

Autant le dire tout net: la résolution de Old est pour le moins décevante, et c'est un euphémisme. Que cela n'empêche pas de profiter de tout ce qui précède, car Shyamalan raconte les histoires comme personne et car le simple fait de transformer une plage –lieu idyllique par excellence– en tombeau express rend le cauchemar d'autant plus troublant. Le corps qui prend de l'âge, les enfants qui grandissent trop vite, les choses qu'on aurait dû dire plus tôt: Old brasse des thématiques passionnantes, et tant pis pour la fin.

«Long weekend»: la guérilla des animaux

Trouvable uniquement sur la plateforme VOD Shadowz (à fortement recommander aux amateurs et amatrices de cinéma de genre), ce film de l'Australien Colin Eggleston est particulièrement d'actualité, puisqu'il décrit la vengeance de la nature face au comportement déplorable des habitants de la planète. Il faut dire que le personnage principal de Long weekend, qui force sa femme à camper au bord d'une plage abandonnée et s'y comporte comme le pire des mâles dominants (pollution, chasse sportive et virilisme à tout crin), semble avoir envie qu'on le déteste.

Peu à peu, différents animaux vont s'en prendre au couple, particulièrement à ce monsieur si antipathique –mais sa femme ne sera pas non plus épargnée. Un dugong (ou vache de mer), un opossum ou encore un aigle feront partie des premiers assaillants, apparemment déterminés à montrer à ces deux humains que la Terre n'est ni une décharge à ciel ouvert ni un champ de tir et qu'il est temps que ça cesse.

Le tout est fignolé avec un vrai sens de l'angoisse (montage malin, musique oppressante) et passe toute envie d'aller camper au bord de la plage. Ou alors de façon écoresponsable. À signaler l'existence d'un remake portant le même titre, sorti en 2008, qui se base sur le même scénario, sans la moindre réécriture. Mais la mise en scène de Jamie Blanks (Urban Legend, Mortelle Saint-Valentin) piétine en partie le propos. Celui-ci n'a d'ailleurs plus rien réalisé depuis et est retourné à son métier de compositeur.

«Sous le sable»: déni de deuil

Premier cas de triche dans cet article (il y en a d'autres, vous verrez): Sous le sable n'est pas à proprement parler un «film de plage». Mais c'est en bord de mer que sa scène clé se déroule. À l'occasion de ses vacances annuelles dans les Landes, un couple de sexagénaires vient profiter d'une plage sauvage, épargnée par les touristes, mais également dépourvue de toute équipe de surveillance.

Après une sieste en toute quiétude, Marie (Charlotte Rampling) réalise que son mari Jean (Bruno Cremer), qui était parti se baigner, manque à l'appel. Il faudra bientôt se rendre à l'évidence: son époux, qu'elle chérit, a disparu pour de bon. S'est-il noyé? Simplement volatilisé? A-t-il eu un accident, ou a-t-il délibérément organisé son évaporation? À vrai dire, répondre à ces questions n'est pas la priorité de François Ozon.

Car nous quittons la plage pour retrouver Marie dans sa vie de professeure de littérature anglaise, dans un univers perturbant où elle se comporte comme si Jean n'avait pas disparu. Ozon déroule une intrigue où son héroïne, tout en s'enfermant dans le déni, tente également de reconstruire sa vie. Déroutant, jamais totalement limpide, Sous le sable captive, d'autant que la froide élégance de Charlotte Rampling colle à merveille à ce récit qui nous empêche en permanence de savoir sur quel pied danser.

«La plage»: pas paradisiaque

Tourné peu après le succès planétaire rencontré par Titanic, La Plage était présenté comme l'événement cinématographique de l'an 2000. Un statut en grande partie dû à la présence de Leonardo DiCaprio dans le rôle principal –et à la hype dont bénéficiait à l'époque son réalisateur Danny Boyle. Co-écrit par John Hodge, scénariste fétiche de Boyle, et par Alex Garland, l'auteur du roman initialdepuis passé à la réalisation–, le film a quelque peu déçu. Ce qui ne l'empêche pas de figurer parmi les références du «film de plage».

Parti en virée à Bangkok, comme bien des Occidentaux oisifs avant lui, Richard (DiCaprio) rencontre un couple de Français (Virginie Ledoyen et Guillaume Canet) et l'emmène avec lui vers une île perdue, n'existant sur aucune carte traditionnelle, dont la route lui a été indiquée par un type complètement allumé croisé sur son chemin. Le trio ainsi formé va tomber sur un village dans lequel quelques dizaines d'Européens et d'Américains vivent dans une quasi autarcie, vouant leur vie à la recherche du plaisir et du bonheur, loin du tumulte. Mais l'utopie fait long feu.

C'est un sujet récurrent: la plage, lieu idyllique dans l'imaginaire collectif, peu vite devenir un lieu de cauchemar. La présence de requins dans les eaux situées à l'entour n'aidera certes pas ces Robinsons volontaires à s'épanouir, mais c'est surtout l'absurdité du modèle mis en place qui finira par se retourner contre eux.

En tout cas c'est ce qu'on aurait aimé que raconte le film, qui préfère broder une histoire de vilains trafiquants sanguinaires, plutôt que de mettre totalement ses personnages principaux dans leurs propres beaux draps de jeunes bourgeois idéalistes.

«Il faut sauver le soldat Ryan»: le grand débarquement

Encore un bel exemple de tricherie: au cas où vous ne l'auriez pas compris, Il faut sauver le soldat Ryan n'est pas tout à fait un film de plage. En revanche, c'est –presque– là qu'il démarre, et de quelle manière: pendant vingt-sept minutes, Steven Spielberg (qui, disons-le, n'est pas manchot niveau mise en scène) y filme le débarquement de Normandie en caméra embarquée.

On n'entrera pas dans le débat sur l'importance capitale (ou non) de découvrir les films en salles. Mais il faut bien avouer que ce moment de bravoure, qui donne lieu à un grand moment cinématographique, ne sera jamais aussi intense sur un écran de télé ou d'ordinateur que sur la toile d'un cinéma. Pendant près d'une demi-heure, on est en totale immersion avec les soldats américains, venus conquérir les plages normandes durant la nuit du 5 au 6 juin 1944.

Cette longue séquence, c'est comme de la réalité virtuelle sans casque: on essuie des tirs, on voit des camarades tomber ou perdre des membres, on se sent seul et impuissant au milieu d'un grand tout et la nausée nous submerge. Près de vingt ans plus tard, Christopher Nolan aura beau déployer une orchestration ambitieuse dans son Dunkerque –qui se déroule en 1940–, il n'atteindra jamais un degré d'intensité similaire. Et l'on doute que qui que soit, sur une plage ou ailleurs, puisse parvenir, un jour, à produire une peinture de l'assaut guerrier plus impressionnante que celle-ci.

«Blue Crush», «Bleu d'enfer», «Paradise lost», «Dark Tide»: tous les moyens sont bons

Vous n'avez probablement jamais entendu parler de John Stockwell, et franchement, personne ne peut vraiment vous en vouloir. Ce metteur en scène américain a réalisé une quinzaine de films, mais il n'est pas reconnu pour sa patte. D'ailleurs, les titres de ses derniers longs-métrages parlent d'eux-mêmes: Out of Control (In the Blood), Kickboxer: Vengeance, Countdown et Riposte armée ne semblent pas avoir marqué les esprits.

Sauf qu'avant de réaliser des films tous aussi bourrins les uns que les autres, Stockwell a eu sa période «film de plage». Est-ce par amour du sable et de la mer, ou plutôt en raison de son penchant pour les bikinis et les abdominaux? On l'ignore. Toujours est-il qu'entre 2002 et 2012, notre homme a réalisé quatre films se déroulant en milieu maritime.

Dans Blue Crush, il filme de jeunes femmes pratiquant le surf. L'une d'elles (jouée par Kate Bosworth) rêve de devenir un grand nom de cette discipline. Ensuite, dans Bleu d'enfer, il suit un moniteur de plongée sous-marine (repose en paix, Paul Walker) et sa petite amie (Jessica Alba), bientôt confrontés à des trafiquants de drogue.

Paradise Lost (qui s'appelait Turistas lorsqu'il est sorti en salles, amusant n'est-ce pas?) met aux prises des vacanciers américains, venus se la couler douce au Brésil, avec des gros méchants qui en veulent à leurs organes. Quant à Dark Tide, il décrit le parcours d'une spécialiste de la plongée avec les requins (Halle Berry), que son ex-mari (Olivier Martinez) aide à renouer avec cette pratique après un épisode traumatique.

Assez variés dans leurs thématiques, tous assez bien enrobés pour être regardables, les quatre films ont cependant des similitudes, à commencer par cette obsession du corps normé. Dans les longs-métrages de John Stockwell, les maillots de bain une pièce n'existent pas et il semble interdit de poser le pied sur le sable ou de faire du bateau si on a le moindre kilo en trop. Il devient alors difficile de s'identifier aux personnages, sauf si l'on possède le corps de Paul Walker ou celui de Halle Berry –ce qui n'est le cas que de Paul Walker et Halle Berry.

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