Santé

Le lifting brésilien est devenu l'une des chirurgies esthétiques les plus meurtrières

Temps de lecture : 2 min

Cette opération des fesses continue à connaître un vrai succès, bien qu'elle soit devenue l'une des procédures esthétiques les plus meurtrières à cause des réglementations précaires dont elle bénéficie.

Ne vous faites pas du mal pour avoir les fesses de Kim Kardashian. | KlausHausmann via Pixabay
Ne vous faites pas du mal pour avoir les fesses de Kim Kardashian. | KlausHausmann via Pixabay

Quelques jours après avoir subi une opération de chirurgie esthétique des fesses, Chelsea s'est retrouvée aux urgences de Philadelphie. La peau autour de ses cuisses devenait noire, durcie et boursouflée. La sensation de brûlure était si intense que l'Américaine respirait difficilement. «J'espérais assister à une transformation de mon corps de jeune maman et ça s'est transformé en un véritable cauchemar», déclare la jeune femme dans un article de Bloomberg.

À 29 ans, Chelsea avait opté pour une opération populaire appelée «lifting brésilien». Cette dernière consiste à liposucer la graisse d'une partie du corps (généralement l'abdomen ou les cuisses) pour l'injecter ensuite au niveau des fesses, dans l'intention de leur donner une forme plus rebondie.

Cette procédure esthétique est loin d'être anodine, elle est même dangereuse. En 2017, c'était l'opération plastique ayant le taux de mortalité le plus élevé aux États-Unis. À la suite de ces chirurgies, il arrive souvent que les patientes (car ce sont très majoritairement des femmes qui se font faire cette opération) souffrent de paralysies ou de douleurs intenses provoquées par des lésions nerveuses. Quelque 3% des chirurgiens du pays indiquent par ailleurs qu'une de leurs patientes est décédée à la suite d'un lifting brésilien.

Et pourtant, malgré sa dangerosité, cette opération ne cesse de gagner en popularité. «Ces dernières années, le nombre d'interventions chirurgicales a augmenté de façon spectaculaire», précise Lina Triana, présidente élue de l'Association internationale de chirurgie plastique esthétique (Isaps). En 2020, plus de 40.000 liftings fessiers ont été réalisés par des chirurgiens plastiques certifiés aux États-Unis, soit deux fois plus que cinq ans auparavant, montrent les dernières statistiques de l'Isaps.

Au niveau mondial, l'augmentation du volume fessier (y compris les implants en silicone) représentait en 2020 un marché de 1,5 milliard de dollars (1,46 milliard d'euros), selon les analystes de Grand View Research. Un marché qui devrait encore gonfler de 22% par an et atteindre 6,6 milliards de dollars en 2028. Pour autant, les complications médicales liées à ces interventions continuent d'être fréquentes.

Des règlementations inadéquates

Aux États-Unis, une formation de quelques mois permet aux médecins de recevoir un certificat les autorisant à pratiquer la chirurgie esthétique. Ces diplômes sont délivrés par des organismes indépendants appelés «conseils de spécialité». Or, tous les conseils ne se valent pas. Le Conseil américain des spécialités médicales (l'American Board of Medical Specialties), largement reconnu comme la référence en matière de certification des médecins, ne reconnaît ainsi que vingt-quatre d'entre eux comme répondant aux critères de la médecine spécialisée.

Mais si un médecin non qualifié utilise des techniques inappropriées, cela peut entraîner de graves problèmes de santé et même, parfois, la mort de la patiente. Dans le cas de Chelsea, une erreur médicale a été responsable d'une nécrose graisseuse, apparue à la suite de son opération.

Par ailleurs, dans certains États américains, les médecins sont libres de pratiquer des opérations dans n'importe quel cabinet, que ce dernier soit équipé ou non pour agir en cas d'éventuelles complications. Dans l'État de Géorgie, l'avocate Susan Witt s'est battue pour changer cette situation en plaidant pour la création d'un organisme de réglementation chargé d'inspecter les cabinets et d'enquêter sur les plaintes. En 2021, le conseil a reçu le pouvoir d'établir davantage de recommandations pour la chirurgie en cabinet. De nouvelles propositions de règlementations sont également en attente d'approbation.

Des recommandations utiles, puisque les liftings brésiliens sont devenus légèrement moins mortels. Une enquête récente, réalisée auprès des chirurgiens certifiés, montre que le taux de mortalité pour les liftings des fesses est passé de 1 pour 3.000 interventions en 2017 à 1 pour 15.000 opérations en 2019 aux États-Unis, soit un niveau de risques similaire à celui d'une plastie abdominale. Toutefois, le nombre de décès pourrait être bien plus élevé qu'annoncé. En effet, les médecins n'ont pas l'obligation de signaler les interventions esthétiques ayant entraîné des transferts à l'hôpital ou des décès.

Newsletters

Comment échapper à l'enfer des punaises de lit?

Comment échapper à l'enfer des punaises de lit?

Les punaises de lit sont universellement détestées. Insidieuses, difficiles à chasser, elles provoquent nombre de désagréments, physiques comme moraux.

Aux États-Unis, la consommation de champignons hallucinogènes dépénalisée pour ses vertus thérapeutiques

Aux États-Unis, la consommation de champignons hallucinogènes dépénalisée pour ses vertus thérapeutiques

De la drogue récréative illicite au traitement prometteur pour la santé mentale, le statut de ces champignons magiques semble amené à évoluer.

En Floride, une orpheline de 16 ans, jugée «pas assez mûre», est privée d'IVG

En Floride, une orpheline de 16 ans, jugée «pas assez mûre», est privée d'IVG

Une décision confirmée en appel malgré les réticences de l'un des juges.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio