Les jeux vidéo sont-ils une perte de temps?
Un livre de Tom Bissell se demande s'ils sont un art ou une addiction.
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Dans Red Dead Redemption, le nouveau jeu passionnant de Rockstar dont l'action se déroule dans le vieux Far West, le tableau des stats indique que j'ai passé environ 16 heures devant ma Xbox ces quinze derniers jours. On peut aussi voir que j'ai fini seulement 60% du jeu, ce qui veut dire qu'à ce rythme-là, j'en ai encore pour quinze jours avant de le boucler. Au final, j'aurai passé minimum un mois de mon temps libre à jouer à Red Dead Redemption, et, à moins de m'en lasser –ce dont je doute fortement– ce sera largement plus.
Quand on y pense, ça n'est finalement pas énorme; l'Américain moyen passe beaucoup plus de temps à adorer le dieu télévision, et je surfe moi-même un nombre obscène d'heures par jour sur le Web. Qui plus est, je limite mes heures devant la Xbox à des moments où je n'ai pas grand chose d'autre à faire. Red Dead Redemption n'a affecté ni mon travail, ni ma vie sociale, et, chose remarquable, c'est un jeu incroyablement amusant, y jouer a sans aucun doute été une des choses les plus chouettes que j'ai faites ces derniers mois. Et si vous croyez à la théorie selon laquelle le plaisir est le but de la vie (parce que moi, oui), vous me diriez même de jouer encore plus souvent à RDR.
Comment l'expliquer à mes proches?
Alors pourquoi est-ce que je me sens aussi coupable d'y avoir déjà passé autant de temps? Pourquoi est-ce que ça me gêne? Une des raisons, c'est que malgré la relative sophistication de RDR par rapport à d'autres jeux auxquels j'ai pu jouer, il souffre néanmoins terriblement de la comparaison avec d'autres formes d'art populaires. Je ne me souviens pas avoir été ému une seule fois par RDR (ou n'importe quel autre jeu vidéo) comme avec la musique, le cinéma, ou les séries TV. Et pourtant, ça ne m'empêche pas de rallumer ma console. Pourquoi? Comment expliquer –à moi-même, aux autres– et défendre ma tendresse et mon investissement dans une forme de divertissement qui semble, en fin de compte, totalement vide et éphémère?
Tom Bissell, écrivain et gamer, avance dans son nouveau livre complètement génial, Extra Lives (Vies supplémentaires), que ce genre de culpabilité et de gêne font partie des dangers plus ou moins inéluctables des jeux vidéo. Bissell, qui a un peu plus de 30 ans, est ce qu'on pourrait appeler un joueur «sérieux». Journaliste et romancier accompli, son C.V. jeux vidéo est pour le moins impressionnant. Dans Extra Lives, il décrit plus d'une douzaine de jeux qu'il a fini en mode difficile, et se souvient de certaines scènes et dialogues de nombreux hits des ces dix dernières années de façon tellement précise parfois que ç'en devient inquiétant. Et malgré tout ce temps passé une manette à la main –et aussi malgré le fait qu' Extra Lives porte le sous-titre «Why Video Games Matter» (Pourquoi les jeux vidéo sont importants)– Bissell ne semble toujours pas convaincu que les jeux vidéo le sont effectivement, importants. Il admet être «régulièrement torturé par la question de savoir si oui ou non les jeux vidéo valent toutes ces heures qu'on passe dessus» et extrêmement triste de constater que ceux-ci «résistent à toute explication logique lorsque vous essayez de les défendre auprès de non-initiés».
Absence de sens narratif?
Dans Extra Lives Bissell se demande également si les jeux vidéo ont autre chose à offrir qu'un simple frisson comparable à la prise de certaines drogues. Dans son cas, la dévotion s'est transformée en quelque chose de proche de l'addiction. «Ces jours-ci, je joue le matin, je joue l'après-midi, et je passe toutes mes soirées à jouer», écrit-il. Pendant cette période qu'il décrit, il est également devenu accro à la cocaïne. Mais Bissell, de façon délibérée, ne nous dit jamais ce qui fut pire pour sa santé; que ce soit la coke ou Grand Theft Auto IV, sa drogue virtuelle du moment, tous deux lui offraient la même sensation d'éternité, la même incapacité à s'en sortir, et le faisaient se «sentir aussi bien que mal».
Quand Bissell porte sur les jeux un regard critique, il s'inquiète principalement de l'absence de «sens narratif». On nous demande de sauver une princesse, un pays, le monde, ou bien nous-mêmes, mais personne ne joue pour atteindre ces objectifs. On joue pour la réflexion, pour les sensations, pour ce sentiment d'être embarqué dans un monde virtuel plus vrai que nature Pour ma part, j'ai souvent l'impression que l'«histoire» tient plus du remplissage, même dans des jeux comme Grand Theft Auto ou RDR, dont les intrigues sont pourtant meilleures que la moyenne. Dans RDR, chaque mission commence et se termine par des cinématiques style ciné savamment scénarisées, et qui expliquent pourquoi votre personnage agit de telle ou telle manière. Mais vous pouvez aussi décider de passer ses scènes, et en général, c'est ce que je fais. Et c'est pour ça que je serais bien incapable de vous expliquer pourquoi mon personnage agit de telle ou telle manière. La vraie réponse, c'est qu'il fait ce que je lui dis de faire, parce que ça m'amuse.
Le gameplay plutôt que l'histoire
«C'est une des choses les plus étranges quant à cette forme qu'est le jeu vidéo» écrit Bissell. «Un jeu avec une histoire passionnante mais un gameplay médiocre ne fera jamais l'unanimité, tandis qu'un jeu avec un superbe gameplay mais une histoire risible peut très bien être porté aux nues— et n'ont pas forcément tort à ceux qui encensent ce dernier.» Quelle est la solution à ce dilemme? Les jeux doivent-ils accorder plus d'importance à l'histoire pour essayer d'atteindre le niveau narratif d'autres formes d'art populaires, ou doivent-ils plutôt la laisser tomber? La forme jeu vidéo est-elle tout simplement incompatible avec les concepts traditionnels de narration, et les concepteurs de jeux devraient-ils chercher d'autres moyens d'injecter du sens à leurs créations?
Cela fait beaucoup de questions pour très peu de réponses, mais mon approche est semblable à celle de Bissell, et l'on peut comprendre pourquoi. L'industrie du jeu vidéo elle-même n'a jamais vraiment répondu non plus aux questions qu'il pose dans son livre. Les jeux sont une forme d'art encore très jeune, et du point de vue de leur évolution, ils en sont où étaient les films il y a 100 ans. Et bien plus que d'autres formes artistiques, leur progrès dépend également des avancées technologiques et des facteurs commerciaux qui sous-tendent; par exemple, qui de Microsoft, Nintendo ou Apple dominera l'industrie du jeu vidéo d'ici cinq ans.
Un livre finalement très triste
Bissell voit quelques lueurs d'espoir dans sa quête de sens dans les jeux . Il a été particulièrement ému par Braid, un magnifique jeu de plates-formes conçu par Jonathan Blow, et qui (selon Bissell) dégage une étrange «signification émotionnelle» grâce à de subtiles astuces de gameplay plutôt qu'un scénario explicite. Dans Braid, lorsque votre personnage saute sur une créature, celle-ci émet «un son qui montre sa déception, vous hue presque», écrit Bissell, imprégnant de mélancolie et de doute les actions du joueur.
Mais d'aussi petites choses peuvent-elles s'accumuler et finir par donner quelque chose qui ne vous fera pas culpabiliser sur la façon dont vous occupez votre temps libre? Ou bien les jeux vidéo sont-ils pour toujours destinés à faire partie des plaisirs furtifs, coupables et terriblement frustrants, régis par les mêmes règles culturelles qui s'appliquent à ce que Bissell décrit avec une ironie désabusée comme cette autre activité en solo à laquelle s'adonnent les jeunes hommes? Je n'ai toujours pas la réponse à cette question après avoir lu Extra Lives, mais je n'oublierai pas ce livre de sitôt. Bien qu'il nous parle d'un passe-temps pour le moins amusant, j'ai trouvé le livre de Bissell très triste. Plus jamais je ne pourrais jouer à Grand Theft Auto sans penser à sa descente aux enfers. J'espère un jour trouver un jeu qui restera aussi longtemps dans ma mémoire que ce livre. Malheureusement, je doute que cela arrive.
Farhad Manjoo. Traduit par Nora Bouazzouni.
Photo: image promotionnelle de Red Dead Redemption
Mis à jour le 06/07/2010 à 20h21














































Alors, je ne me retrouve pas, mais alors vraiment pas dans cet article, ni dans le livre cité.
J'ai 20 ans et je joue depuis mes 5 ans. Je m'intéresse également beaucoup à la musique, à la littérature et au cinéma. Au final, ce sont les jeux vidéos, et de très loin, qui m'ont fait vivre les émotions les plus fortes.
J'ai un peu de mal à saisir comment on peut s'investir dans un jeu vidéo sans s'intéresser au scénario.
Beaucoup de scénarios de jeu vidéos n'ont absolument rien à envier au cinéma : je connais peu de films qui peuvent réaliser avec la richesse de l'univers d'un Morrowind, la profondeur de la psychologie des personnages d'un Metal Gear, la beauté d'un Fable...
Un scénario n'a pas besoin non plus besoin d'être complexe pour être efficace et prenant, GTA en est un parfait exemple.
Une autre choses que je ne comprend pas non plus, c'est l'affirmation qu'un jeu vidéo avec un scénario inintéressant peut plaire. C'est effectivement le cas, mais ça l'est également pour le cinéma : on regarde Avatar pour ses belles images, Saw pour la torture, Rambo pour l'action... Un bon scénario est toujours un plus, et c'est valable autant pour les cinémas que pour les jeux vidéos.
Pour ce qui est des émotions ressenties, les jeux vidéos sont pour moi supérieur en tout point au cinéma, quelque soit le genre : Silent Hill, Resident Evil, pour le frisson, Call of Duty pour la guerre... sans parler des genres qui n'ont pas d'équivalent dans le cinéma : RPG, aventure (Zelda, Mario...).
Jouer à nouveau jeux vidéo, c'est toujours le plaisir de découvrir un nouvel univers dans lequel s'investir pendant des heures.
A l'heure actuelle, rien ne me procure autant de plaisir que les jeux vidéos (même le sexe n'y parvient pas).
Enfin bon, pour conclure je dirai juste que les jeux vidéos sont pour moi à l'heure actuelle un divertissement bien plus riche que le cinéma.
Cher Farhad,
Je ne peux que vous inviter à découvrir des jeux comme "Ico" ou "Shadow of the Colossus", jeux qui commencent certes à dater, mais qui sont empreints de poésie et de beauté à un point qu'ils m'ont marqués durablement. Ces deux jeux sont des ovni vidéo-ludiques, d'une intelligence rare et qui sont, à mon sens, de véritables oeuvres d'art.
Cela ne m'empêche pas de jouer à GTA, Read Dead Redemption et de perdre des heures à jouer à FIFA 2010 pour avoir ma dose de pur amusement (et là je rejoins l'auteur dans l'idée qu'il est difficile d'expliquer cela à ses proches - je prends donc sur mon temps de sommeil :).
autant je peux comprendre les avis de l'article et du commentaire d'ironfist mais cette phrase là me fait un peu froid dans le dos :
"A l'heure actuelle, rien ne me procure autant de plaisir que les jeux vidéos (même le sexe n'y parvient pas)."
Pauvre toi.
Un article au titre racoleur et au contenu vide.
Beaucoup d'affirmations sans fondement, d'approximations, de raccourcis.
Le livre a l'air encore pire que cet article.
Merci, je sais quoi ne pas acheter.
cher Farhad,
Je rejoins totalement l'opinion de Kamoulox et pense sincèrement que vous avez sans doute rate quelques chefs d'oeuvres du genre. on peux bien sur citer en premier lieu les oeuvres du genialissime Fumito Ueda (Shadow of the colossus, ico et sans trop se mouiller le futur the last guardian) mais aussi feu le studio Clover (Okami), Peter Molineux (Fable), kojima (mgs) et Michel Ancel cote Français (rayman, beyond good and evil) pour ne citer qu'eux. Tout ces jeux m'ont touche au plus profond de mes tripes. Shadow of the colossus par exemple m'a vu m'arrêter d'innombrable fois afin de contempler une chute d'eau, un jeu de lumière, un simple batiment a l'ombre d'un arbre... c'est un jeu emprunt d'une telle poésie qu'il faudrait un coeur de pierre pour ne pas succomber! bon de la a dire que c'est mieux que l'amour... faut essayer les deux avant de dire de telles sornettes!!!
Je pense donc qu'après avoir instaure la TV (je rappel que cela comprend des émissions tel que la star ac') ou la BD en tant que forme d'art, nous nous devons de faire la même chose pour le Jeu Video, le mal aime de la catégorie.
Les deux problèmes majeurs sont:
-Sa dénomination. un Jeu ne peut pas être un art et ne peut pas être pris au sérieux.
-Ce que les gens font de ce support. Pour prendre l'exemple du cinéma, nous avons de grands réalisateurs, pour combien de films bidons? aujourd'hui l'industrie du jeu vidéo a finalement dépassé en recette celle du cinéma. Pour arriver a un tel exploit, les éditeurs ont sorti une multitude de titres dont le seul but était de divertir et non de faire ressentir au joueur des sentiments diverses. Cette vision de l'industrie peut sembler mauvaise de prime abord, mais je trouve personnellement que cela a eu un effet bénéfique au contraire. tout d'abord parce qu'il fut un temps ou le Jeu Video périclitait et les bien pensant ne donnait pas cher de sa peau, donc il fallait rendre le jeu attrayant a un plus large publique. Ensuite, cette profusion de titres a permis aux gros éditeurs de prendre des risques afin de renouveler le genre. Je place Sony en tête de liste car il a toujours soutenu les oeuvres video ludique. quelle industrie peut se permettre de soutenir un soft pendant 5 a 10 ans en leur donnant carte blanche comme c'est le cas de the last guardian ou encore gran tourismo 5?!
Evidement il serai possible de débattre sur le sujet durant des heures, je comprend les réfractaires a l'idée que le jeu video ne puisse pas être un art a part entière, mais on ne peut pas dire qu'aucun jeu ne laisse transparaître des émotions. Je suis pour ma part très confiant quant au futur du Jeu Video, tout simplement car de plus en plus d'artistes se tourneront vers ce support afin d'offrir au commun des mortels une nouvelle vision, interactive, de l'art.
Ps: pas du tout en accord avec le livre cite.