Monde

Le souffle d'Obama dans le Bureau Ovale

John Dickerson, mis à jour le 15.06.2010 à 18 h 46

Le président américain est-il prêt à dire — et à faire — quelque chose de spectaculaire quant à la dépendance pétrolière de l'Amérique?

Le président Obama présentera mardi son premier discours dans le Bureau Ovale. Un discours présidentiel dans le Bureau Ovale correspond en général à l'une de ces deux catégories : le commandant en chef réagit à une crise immédiate ou il tente de changer la dynamique d'une crise en cours. Dans la première catégorie, nous avons eu Ronald Reagan s'exprimant après l'explosion de Challenger, George W. Bush s'adressant à la Nation le soir du 11-Septembre, et John F. Kennedy annonçant que des membres de la Garde Nationale avaient été envoyés à l'Université d'Alabama pour escorter des étudiants noirs se rendant en cours. Obama ne peut donner un tel discours. Il est trop tard pour jouer la théâtralité d'une première intervention. Le pétrole s'échappe depuis 55 jours (même si nous avons l'impression d'assister à cette marée noire depuis l'hiver dernier).

Obama devra donner le second type de discours, comme ceux de Richard Nixon sur le Vietnam et l'économie, une question qu'avaient aussi abordée, du Bureau Ovale, Reagan et Bill Clinton. (Même si les présidents usent en général de cette présentation avec parcimonie, Reagan avait un peu fait sa diva en y donnant des douzaines d'allocutions). On ne se rappelle pas bien des discours de cette catégorie parce que les problèmes y sont insolubles et les solutions progressives. Obama tentera de rendre son discours inoubliable en faisant de cette adresse du Bureau Ovale un argument pour une législation énergétique globale. Ce que nous ne saurons qu'après ce discours, c'est s'il va seulement survoler cette question ou la prendre à bras le corps.

Le discours du Bureau Ovale qu'Obama et tous les autres présidents veulent éviter est celui que Jimmy Carter donna le 15 juillet 1979. Le sujet était la «crise de confiance» nationale, et son allocution est aujourd'hui connue comme celle du «malaise». (Carter n'a jamais utilisé ce mot; il vient d'un mémo de la Maison Blanche décrivant le discours.)

Même si sa franchise et son appel pour un sacrifice national avait été au départ bien reçus, sa réputation s'est effritée au fil du temps. (Hendrik Hertzberg, qui avait rédigé le discours, soutient que sa réputation en a souffert parce que Carter a demandé la démission de tout son cabinet trois jours après l'allocution.) Carter avait effectivement tenté de montrer son leadership, mais tout à commencer par ses mains s'agitant violemment sur son large bureau lui donnait l'air plus petit que la circonstance. Carter a cité un jeune gouverneur du sud : «M. le Président, vous ne dirigez pas cette Nation. Vos gérez simplement le gouvernement.» (Ce gouverneur s'appelait Bill Clinton).

Obama est lui aussi limité par le type de leadership qu'il peut montrer actuellement. Seul BP peut «boucher ce foutu trou», comme l'a dit le président. On a longuement débattu pour savoir si Obama montrait suffisamment sa colère. C'est son impuissance, selon les assistants et les conseillers de la Maison Blanche, qui rend Obama nerveux. Comme le Président américain l'a dit récemment, «Je ne peux pas plonger là-dessous et boucher le trou. Je ne peux pas l'aspirer avec une paille.»

Sans cavalerie à faire charger, Obama peut endosser la frustration et informer le pays sur l'avancée des efforts de nettoyage, comme toujours. Ou il peut diriger la cavalerie sur une autre position et promettre de la gagner. Voilà à quoi pourrait ressembler, du Bureau Ovale, un appel pour une législation énergétique globale. Il pourrait ainsi se laisser aller et attirer l'attention de la Nation sur une activité où le président peut réellement attester de son leadership, et même peut-être se diriger vers un objectif d'indépendance énergétique, commun aux deux partis.

Sur la législation énergétique cependant, la manœuvre est bien plus politiquement délicate que sur la santé, en partie parce que le temps législatif est compté. Il a déjà appelé de ses vœux une législation énergétique radicale. Voici deux semaines, à Pittsburgh, il a déclaré vouloir trouver les votes pour faire passer une législation qui «mettrait un prix sur le carbone» - l'aspect de la réforme qui est devenu l'une des preuves de son sérieux, parce qu'une telle initiative pousserait les marchés à réfléchir sur le prix réel des émissions de CO².

Cet appel présidentiel n'a pas vraiment été accueilli à coups de vuvuzelas. Le leader de la majorité sénatoriale, Harry Reid, a annoncé aux assistants de la Maison Blanche qu'il y avait au moins 11 démocrates pour s'opposer au projet de loi Kerry-Lieberman, la législation sénatoriale la plus complète sur le changement climatique. (La Maison Blanche a fait passer sa propre version l'été dernier).

Récemment, les alliés démocrates d'Obama au Capitole ont déclaré qu'ils ne soutiendraient qu'une loi «énergie seule» sans les mécanismes controversés d'un marché carbone définissant le prix du CO². «Cela serait sympa de ne pas avoir à compter les votes», a déclaré l'un des premiers assistants démocrates au Capitole, après avoir lu un article sur Politico pour qui la Maison Blanche réfléchissait à un nouvel effort pour soutenir un projet de loi plus vigoureux.

C'est un problème d'inventaire, mais aussi un problème politique. A l'inverse des réformes de régulation financière, dans lesquelles Obama pouvait dépeindre les Républicains qui s'opposaient à la législation comme des esclaves des banquiers de Wall Street, la question du changement climatique est plus sombre. Avec tant d'opposants démocrates à une loi sur l'énergie, l'argument selon lequel le Parti Républicain est vendu aux magnas du pétrole est moins percutant.

Au-delà des démocrates récalcitrants, il y a d'autres défis. Obama devra se faire le vendeur-star de cette législation. Mais il n'est pas très bon en marketing. Pendant des mois, il a essayé de convaincre le pays que son plan de relance allait améliorer l'économie. Dans un récent sondage Congressional Connection, 35% des interrogés déclaraient que la politique économique présidentielle n'avait aucun effet, et pour 29% elle avait aggravé les choses. Il a aussi fait d'innombrables discours sur la réforme du système de santé passée au printemps dernier. Une majorité d'électeurs continuent à ne pas l'aimer. Obama devra montrer pourquoi cet incident, marqué par une faillite certaine du secteur privé et un laxisme de la part de la surveillance publique, demande une législation si ambitieuse dépassant de loin le seul problème du forage en haute mer.

Et vendre cette législation laissera moins de temps à Obama pour parler d'économie, un problème sur lequel se concentreront les électeurs en novembre prochain, quand la fuite sera probablement enfin bouchée. C'est ce que les comités de campagne démocrates au Sénat et au Congrès préféreraient qu'il fasse, car cela soulage les candidats dans cette dure année électorale.

Obama a préparé progressivement cette importante déclaration. En plus du discours de Pittsburgh (dans lequel ses remarques avaient été éclipsées par des attaques contre les Républicains), il a récemment comparé les effets de la marée noire avec ceux du 11-Septembre.

Dans une interview à Politico, Obama a déclaré que les Américains allaient désormais devoir changer leur façon de voir la politique environnementale de la même manière qu'ils avaient repensé la sécurité après le 11-Septembre. Lundi, il a envoyé une note à ses partisans politiques leur demandant de l'aider à faire passer une législation globale.

A l'approche de cette étape radicale, nous verrons mardi soir à quel niveau le président américain entend s'engager.

Il y a, en fait une troisième catégorie d'allocution depuis le Bureau Ovale. Les présidents les donnent à la fin de leur mandat. A diverses occasions, Obama a déclaré préférer faire ce qu'il lui semblait juste plutôt que de gagner sa réélection. Ses conseillers disent que cela s'applique aujourd'hui. Si cela est vrai, il parlera une ultime fois de la législation énergétique de derrière son bureau. La question est de savoir si ce discours final aura lieu dans deux ou dans six ans.

John Dickerson

Traduit par Peggy Sastre

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