Santé / Société

Canicule et Covid: les liaisons dangereuses

Temps de lecture : 7 min

Alors que le nombre de cas de Covid-19 ne cesse d'augmenter à cause de la présence du sous-variant BA.5, la France subit également une vague de chaleur. Une situation qui met en péril la santé des plus fragiles.

Même si la torpeur estivale nous assoupit, n'oublions pas nos aînés, pour qui elle peut devenir un vrai calvaire. | Guille Álvarez via Unsplash
Même si la torpeur estivale nous assoupit, n'oublions pas nos aînés, pour qui elle peut devenir un vrai calvaire. | Guille Álvarez via Unsplash

Attention, période à haut risque. La France voit tous ses indicateurs épidémiologiques relatifs au Covid-19 grimper au sommet: nombre de cas quotidiens, taux de positivité, hospitalisations, soins critiques et décès inclus. Jamais ils n'auront été aussi élevés au milieu de l'été depuis le début de la pandémie.

Mais la France et une bonne partie de l'Europe de l'Ouest font également face à un épisode caniculaire majeur. La conjonction de ces deux éléments crée une situation sanitaire plus que préoccupante et amène à penser que le frein estival à l'épidémie va sérieusement rencontrer ses limites.

Sur le papier, les liens entre la pandémie de Covid-19 et la canicule pourraient sembler tirés par les cheveux. Pour autant, la seconde peut nuire à la lutte contre la première, tant concernant la prévention et la limitation de la transmission qu'en matière de sévérité des cas parmi les personnes touchées. Mais aussi pour un problème d'engorgement du système de santé.

Porter le masque et toujours
aérer, aérer, aérer

Nous savons désormais tous et toutes (enfin presque) que le Covid-19 se transmet par aérosols, ces très fines gouttelettes de notre respiration contaminées qui peuvent rester en suspension dans l'air. Ces aérosols tendent à stagner plusieurs minutes dans les espaces clos et mal ventilés, alors qu'ils se dissolvent rapidement au grand air, où les contaminations sont quasi nulles. D'où les mots d'ordre de porter le masque dans les lieux publics clos, notamment dans les transports, et d'aérer, aérer, aérer.

Mais là, nous voyons vite que ces recommandations se heurtent aux températures caniculaires et aux comportements qu'elles requièrent –car ces températures extrêmes nécessitent aussi de prendre des précautions tant leurs conséquences sur la santé, en particulier sur celle des plus fragiles, sont importantes.

D'abord, si le port du masque est un must lors de ces périodes de forte circulation virale, la chaleur le rend inconfortable et risque fort de causer un désengagement d'une partie encore plus importante de la population. En outre, la transpiration peut le rendre moins efficace dans sa fonction de filtration des particules aériennes.

Ensuite, les recommandations sur l'aération et l'ouverture des fenêtres sont contradictoires avec celles de la lutte contre la canicule. Contre le Covid, il faudrait aérer régulièrement, sinon en permanence, pour favoriser les échanges d'air et le renouvellement de celui-ci avec l'extérieur. Mais contre la chaleur, il convient de garder fermées ces mêmes fenêtres, tout du moins dans les heures chaudes de la journée –c'est-à-dire aux horaires de travail. Ainsi, comment aérer les salles de réunion et les lieux de vie en collectivité comme les Ehpad aux heures chaudes?

Les priorités: filtration, purification

Bon, tout cela arrive aussi parce qu'on n'a pas beaucoup écouté les messages qui prônaient depuis plusieurs mois la mise en œuvre d'un véritable plan «Ventilation». Car la ventilation, ce n'est pas uniquement l'ouverture des fenêtres. Il y a aussi la filtration et la purification de l'air.

De même, il n'était pas très satisfaisant, en pleine épidémie de choléra à Londres, de boire l'eau de la Tamise contaminée par les déjections humaines. Mais tout le monde ne s'est pas mis à boire de l'eau des sources d'Écosse du jour au lendemain. On a plutôt décidé de filtrer et purifier cette eau et de la rendre propre à la consommation. Aujourd'hui, c'est un peu pareil pour l'air.

Puisqu'il est très difficile de suggérer à des personnes vaccinées de rester chez elles, nous ne voyons pas très bien comment réussir à contenir l'épidémie.

Si l'on ne peut pas faire venir de l'air pur et frais, il faut le traiter à l'intérieur de nos habitations, de nos bureaux ou de nos trains. Cela dit, les ventilateurs et les climatiseurs non dotés de filtres homologués et bien maintenus risquent de faire plus de mal que de bien et de répandre encore davantage les aérosols. Si on en est rendu à un choix entre l'aération contre le Covid et la fermeture des fenêtres et persiennes contre la canicule, cela créera un véritable dilemme sur la gestion de la chaleur et celle du risque viral.

Impossible de savoir comment vont répondre les responsables des différents lieux de vie ou de travail, car il est extrêmement difficile de prioriser les risques, notamment pour les personnes âgées et vulnérables, tant on sait que la chaleur majore les symptômes des maladies aigües et chroniques mais que dans le même temps, ces maladies exposent parfois à un risque accru de formes graves du Covid.

La canicule en extérieur, le Covid
en intérieur

Lorsque nous évoquions, dans un précédent article, le rôle du frein estival contre la propagation du coronavirus, nous pensions également à l'accroissement des activités et des interactions sociales en extérieur réduisant les risques de transmission, que ce soit pour les enfants ou les adultes. Mais la canicule devient vite un frein… au frein. En effet, il semble bien difficile de maintenir en extérieur les enfants qui fréquentent les centres aérés durant leurs vacances lorsqu'il fait plus de 30°C dehors.

Et en tant qu'adultes, si nous nous plaisons, durant l'été, à boire et manger en terrasse et apprécions les pique-niques par 25°C degrés, ou si nous aimons faire du sport et des balades au grand air, les températures caniculaires nous invitent à un repli vers l'intérieur –bars et restaurants, salles de sport, de cinéma ou de concerts, ou autres lieux de détente et de loisirs. Or, ces lieux, nous le savons, sont hautement propices aux contaminations, non seulement parce qu'ils sont peu aérés mais aussi parce qu'on y boit, mange, respire fort, chante… émettant ainsi davantage d'aérosols –sans, généralement, être masqués.

Puisqu'il est très difficile de suggérer à des personnes vaccinées (et donc protégées des formes graves du Covid) de rester chez elles, nous ne voyons pas très bien comment réussir à contenir l'épidémie, si ce n'est en nous contaminant tous ou presque. Sur ce point, ne nous faites pas dire ce que nous n'avons pas dit: nous ne prônons évidemment pas un retour au confinement ou quoique ce soit qui s'y rapporte, mais nous dressons simplement un état des lieux des forces en présence.

Tout ce que nous pouvons prôner ici, c'est le port du masque FFP2 dans tous les lieux publics clos, afin de se protéger et de protéger les autres, ainsi que la complétion d'un schéma vaccinal à trois ou quatre doses selon l'âge et les comorbidités.

Des conséquences potentiellement dramatiques

D'autres mesures d'ordre collectif seront fort utiles, comme un bon entretien des appareils de climatisation, l'utilisation de capteurs de CO2 à bon escient pour prendre la décision d'aérer lorsque cela devient nécessaire (au-dessus de 800 parties par million), de purificateurs et d'équipements de filtration de l'air intérieur.

L'autre difficulté provoquée par la conjonction Covid et canicule, c'est le risque de complications chez les personnes très vulnérables. Les fortes chaleurs tendent à dégrader, parfois très rapidement, l'état de ces personnes, qu'elles soient âgées et/ou atteintes de pathologies chroniques. C'est aussi ce que fait le Covid, et particulièrement le sous-variant BA.5, comme on a pu le remarquer au Portugal, en créant des complications chez ces populations à haut risque.

Dans un contexte caniculaire, une infection au SARS-CoV-2 pourra être réellement dramatique si la personne atteinte n'est pas testée et traitée à temps. Cet aspect nous préoccupe particulièrement et nous incite à appeler à tout faire pour éviter une vague de décès chez les plus de 75 ans et les personnes immunodéprimées qui viendraient à être contaminées dans les semaines à venir.

Il existe aujourd'hui des antiviraux très efficaces, qui réduisent de plus de 80% le risque de complications conduisant à l'hôpital ou au décès. Encore faut-il les administrer aux patients qui en ont besoin, et très précocement dans le cours de leur infection. Pour cela il faut une logistique «tester et traiter» qui ne nous semble pas encore en place. Il faut informer les personnes concernées, les soignants et les médecins, inciter à pratiquer des tests au moindre symptôme et avoir sous la main les médicaments (Paxlovid ou Remdesivir) prêts à être administrés. Ça ne s'improvise pas.

En outre, et sur ce point nous sommes tous et toutes concernés, dans les grandes villes, la canicule se mêle à la pollution et l'alimente, ce qui crée de fortes concentrations d'ozone et de particules fines. Celles-ci fragilisent les muqueuses respiratoires, qui deviennent plus perméables au virus. Le risque d'infection est accru, tout comme le risque de formes sévères et/ou de symptômes prolongés.

N'oublions pas nos aînés

La situation actuelle illustre bien l'importance d'une politique globale en faveur d'une seule santé planétaire, dont nous vous avons déjà parlé: lutte contre le dérèglement climatique, qui provoque des aléas tels que la canicule que nous traversons; lutte contre les gaz à effet de serre contribuant à la pollution atmosphérique, qui amplifient le risque; mais aussi lutte contre la propagation des virus zoonotiques, qui peuvent à leur tour recontaminer nos animaux de compagnie; et lutte contre une péjoration de notre état de santé, nous rendant plus sensibles aux conséquences de ces infections.

Même si la torpeur estivale nous assoupit, n'oublions pas nos aînés, pour qui elle peut devenir un vrai calvaire sous les toits de leur petit logement urbain où l'on étouffe vite –au sens propre comme au figuré. Il va y avoir un cap difficile à passer ces prochaines semaines. Nous allons subir une nouvelle canicule, peut-être un peu plus longue que la précédente, peut-être pas très différente de celle d'août 2003. Et au même moment, nous franchirons un haut pic épidémique des hospitalisations liées au sous-variant BA.5 d'Omicron.

Cette mauvaise combinaison, associée à un possible absentéisme hospitalier lié au niveau élevé de contaminations, peut rendre la vie bien compliquée. Pensons particulièrement à nos aînés ces trois ou quatre prochaines semaines. En priorité.

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