Economie

Taxe bancaire: un remake de Copenhague?

Philippe Reclus, mis à jour le 18.06.2010 à 12 h 02

Souhaitée par l'axe franco-allemand, elle est rejetée par certains pays émergents.

Paris et Berlin sont décidés à demander au prochain G20 l'instauration d'une taxe bancaire internationale. Les pays émergents, le Canada, l'Australie et le Japon y opposent le principe du pollueur payeur: à ceux qui ont provoqué le désastre financier de supporter les coûts de la crise.

A ceux qui douteraient encore que le centre de gravité du monde a basculé vers le sud et l'Asie,  le prochain G20 prévu fin juin à Toronto va-t-il apporter la confirmation définitive? L'idée, défendue par les pays de la vieille Europe, d'instaurer au niveau mondial une taxe sur les banques destinée à doter les Etats des moyens de faire face au risque de nouvelles catastrophes financières en chaîne est bien partie pour en être la nouvelle traduction.

Après l'échec de la Conférence de Copenhague sur le changement climatique qui a vu les européens se casser les dents sur la résistance de la Chine et de l'Inde, et sur la mollesse américaine à défendre des engagements chiffrés de mesures de protection de l'environnement, les Européens vont-ils échouer cette fois ci à imposer leurs règles du jeu en matière bancaire? Bien des indices le laissent pour l'instant penser, en dépit du volontarisme des occidentaux.

Des pays qui ont su se préserver de la crise des subprimes

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont réaffirmé, lundi soir, leur intention de réclamer au G20 plus d'ambition en matière de régulation et de protection financière. Mais rien ne dit que le couple franco-allemand sera suivi dans sa quête.

Il y a quelques jours, déjà, début juin, en Corée du sud, les ministres des finances du G20 ont échoué à se mettre d'accord sur une telle taxe sur les banques en raison de l'opposition des représentants des pays neufs (Canada, Australie...) et des nouvelles puissances émergentes (Brésil, Chine et Inde). Ces pays neufs ou émergents ne voient pas en fait pourquoi, alors que leurs banques n'ont pas eu besoin, après la crise des subprimes, de tendre la main au contribuable pour éviter l'asphyxie, ils se verraient imposer par le monde occidental, mis à genou par des financiers incontrôlés ou cupides, un remède pour une maladie dont ils ont su se préserver. Un remède fiscal, font valoir ces pays,  qui reviendrait pour eux à resserrer les conditions de distribution du crédit par leurs banques aux entreprises et aux ménages à l'heure où leurs économies redémarrent sur les chapeau de roue.

Le Canada, l'Australie, le Brésil ou encore l'Inde renvoient les occidentaux dans les cordes au nom du principe du pollueur payeur. En affirmant aux Américains que ce sont eux qui doivent, au préalable, réformer leurs procédures de contrôle de leurs banques. Et aux Européens qu'ils fassent au préalable l'effort de se doter d'instruments fiables de surveillance de leurs banques avant que de chercher faire la leçon au monde.

Prime d'assurance

Canadiens, Australiens, Indiens, ou encore Japonais et Brésiliens ne manquent pas d'arguments techniques pour justifier leur veto au système de taxation bancaire qui leur est proposé par l'Europe et les Etats-Unis. A se fier au projet auquel travaille le FMI, ce système consisterait en effet à instaurer une taxe assise  sur le montant des actifs de chaque établissement. Ce qui, en l'état, reviendrait à exiger une sorte de prime d'assurance sans avoir regardé au préalable la sinistralité des uns et des autres. A faire payer uniformément et sans prise en compte de la conduite vertueuse passée, la banque qui a engrangé à tout va des actifs à risques aussi bien que celle qui a su rester à l'écart.

Dans cette nouvelle partie de bras de fer, les pays occidentaux, dont les banques sont passées près de la faillite, ont de bonnes chances d'être une fois de plus condamnés à n'instaurer que chez eux un système de taxation ad hoc. Les banquiers américains et européens auraient donc tort d'imaginer avoir trouvé dans les pays neufs des alliés objectifs qui leur permettraient d'éviter à un système local de taxation au nom d'une contribution équitable de chacun au règlement des crises à venir et de la nécessité d'épargner le contribuable.

C'est aussi le message que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont martelé lundi soir.  D'autant que la vague de défiance en Europe qui met sous pression le marché interbancaire - celui sur lequel les banques se prêtent entre elles à court terme, en raison des incertitudes sur la qualité de la dette la Grèce, de l'Espagne ou de la Hongrie et des soupçons sur la dette d'autres grands Etats pousse logiquement les gouvernements de ces pays à accélérer le pas. Tout juste remis de la crise des subprimes, ils voient leurs banques guettées cette fois  par une crise d'une autre dimension au regard de l'ampleur des titres de dettes publiques dont leurs bilans regorgent.

Paris et Berlin trouveront-ils des arguments décisifs, d'ici le prochain G20 à Toronto, pour convaincre leurs homologues canadiens, australiens, japonais ou encore brésiliens et indiens, de changer de pied et comprendre qu'il vaut peut être mieux participer à l'extinction de l'incendie aujourd'hui, plutôt que voir demain, par effet de ricochet,  l'ensemble de la planète bancaire s'embraser? Rien ne l'assure pour l'instant.

Philippe Reclus

Photo: opération pièce jaunes à Séoul, en mai 2010. REUTERS/Jo Yong-Ha

Philippe Reclus
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