France

Le gaullisme, une «certaine idée de la France» d'avant

Thomas Legrand, mis à jour le 15.06.2010 à 10 h 22

Ce qu'il reste-t-il des idées du «Général» en 2010? Des moulinets et de la grandiloquence.

Le gaullisme au XXIe siècle est un peu comme le bonapartisme au début du XXe: une nostalgie ou un prétexte. Le gaullisme, cette «certaine idée de la France», comme l'écrivait le Général en 1954, peut être, au mieux, une référence pour les temps de crise extrême. Le gaullisme suggère l'union, le rassemblement derrière le Général de Gaulle... Celui-ci n'étant plus, les gaullistes de 2010 font de grands moulinets, prononcent des phrases comme «la France sera toujours la France» pour lui ressembler. Ils critiquent les libéraux à droite, les européistes au centre et les socialistes à gauche mais ils aspirent au rassemblement de tout ceux là...

Vous allez voir ce que nous prépare Dominique de Villepin qui va exhiber un vrai morceau de la vraie croix de Lorraine. Samedi, il a prévu (ce sera le 19, il n'a pas osé le 18 juin quand même) de prononcer le grand discours fondateur de son mouvement. Il est capable de souffle, il a la carrure et la culture pour ça mais attention à la grandiloquence par temps de paix! Elle peut aussi tourner au ridicule.

Les gaullistes d'aujourd'hui ne disent rien de particulièrement original mais parlent fort et de façon un peu pompeuse. Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, prétend aussi, avec son club de pensée baptisé le Chêne, représenter le gaullisme originel. Elle invoque, dans le JDD, la France éternelle, Jeanne d'Arc et Louis XI pour en arriver au «Le gaullisme c'est aujourd'hui le refus du fatalisme, du déclin ou du règne des marchés.»

Michèle Alliot-Marie fait sans doute allusion à la fameuse phrase du général qui fustigeait la bourse «la politique de la France ne se fait pas à la corbeille». C'était avant le triomphe des fonds de pension et l'obsession de rassurer les marchés. Michèle Alliot-Marie, Jacques Chirac, Dominique de Villepin savent parler le gaulliste mieux que Nicolas Sarkozy, même quand il lit les discours écrit par sa plume de l'ombre et Gaullo-maniaque Henri Guaino.

Les Gaullistes d'aujourd'hui, dont ne fait pas vraiment partie Nicolas Sarkozy, sont emphatiques et cultivés dans un monde politique de plus en plus formaté et prudent. Ils sont assez décoratifs et rassurants, comme ces vieux clochers un peu délabrés dans les centres villes aseptisés par Jean-Claude Decaux et les enseignes franchisées.

Le gaullisme sauve la France en juin 40, finit une guerre impossible en 62 et nous évite une guerre idiote en 2003 mais est à côté de la plaque en 68 et finit par incarner un immobilisme politicien avec les années Chirac.

On a l'impression que le gaullisme, avec ou sans de Gaulle se manifeste a certains moments critiques de notre histoire, moments rares et dramatiques. Voilà pourquoi invoquer le gaullisme par temps plat a toujours quelques chose d'un peu surdimensionné et à contre temps. La suite de la définition du gaullisme par de Gaulle en 1954, juste après la fameuse «idée de la France» nous le confirme. Je cite:

La France n'est réellement elle-même qu'au premier rang

...et plus loin

A mon sens, la France ne peut être la France sans grandeur.

Cette exigence de grandeur et de domination semble très datée. Surtout le jour où Nicolas Sarkozy plaide en Allemagne pour un gouvernement économique européen, au moment où la France ne représente qu'une entité moyenne qui ne revendique pas la grandeur ni la domination mais simplement de pouvoir sauver son modèle social original.

Thomas Legrand

Photo: Statue du général de Gaulle dans le centre de Varsovie, en mai 2010. REUTERS/Peter Andrews

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