Économie / Culture

À quel point un artiste doit-il être populaire pour vendre un tableau pour une grosse somme?

Temps de lecture : 3 min

L'art étant un marché comme un autre, le prix d'une œuvre peut varier plus ou moins fortement d'une vente aux enchères à l'autre.

Rien ne sert d'estimer vous-même ce que vaudrait cette peinture: au-delà de l'aspect esthétique, c'est la cote financière de l'artiste qui en décidera. | Steve Johnson via Unsplash
Rien ne sert d'estimer vous-même ce que vaudrait cette peinture: au-delà de l'aspect esthétique, c'est la cote financière de l'artiste qui en décidera. | Steve Johnson via Unsplash

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «En tant qu'artiste, quelle expérience/popularité faut-il pour vendre un tableau pour une très grosse somme?»

La réponse de Yamaela Tindomeril:

Cela dépend de la cote de l'artiste. Pas celle de sa popularité, mais sa cote financière. Mais si les artistes sont cotés en fonction de leurs ventes, ce n'est pas sur celles qu'ils réalisent en galerie, où les prix sont fixés par les galeristes et par le peintre, et où les tableaux sont souvent très largement surévalués. La cote d'un artiste s'évalue sur le marché des ventes aux enchères. C'est là que sont fixés les prix réels des œuvres.

Imaginons que vous vendez un tableau 2.000 euros en galerie ou sur une foire internationale. Soit votre tableau a été acheté dans un but décoratif et, dans ce cas, il disparaît du marché pour rester accroché sur un mur –il ne revient pas dans le circuit. Cela n'influence donc en rien la cote de l'artiste, mais lui permet de payer ses factures. Soit le tableau a été acheté dans un but de placement, ce qui représente la majorité des ventes: des gens riches achètent des œuvres, non pas pour la beauté de l'art –ils ne regardent que rarement ce qu'ils achètent, sauf s'il s'agit d'une toile de maître–, mais parce que l'art est une niche fiscale.

Le tableau revient donc au bout de quelques temps sur le marché de l'art, généralement lors d'une vente aux enchères, et les experts lui fixent un prix. Neuf fois sur dix, il est très inférieur au prix d'achat en galerie: votre tableau vendu 2.000 euros en galerie est estimé 200 euros (ce qui serait cohérent quoique hypothétique). C'est son prix de départ.

Le jeu des enchères

La particularité des ventes aux enchères c'est que les gens font monter les prix et surenchérissent les uns sur les autres. Si le tableau plaît au public ou si certains soupçonnent une bonne affaire –ils spéculent sur le fait que le tableau puisse prendre de la valeur–, les enchères grimpent. S'il ne suscite aucun engouement et est vendu au prix expertisé, la cote de l'artiste ne risque pas de s'envoler. Si, à l'inverse, de 200 euros on passe à 4.000 euros au final, alors le tableau a pris de la valeur (par rapport à l'estimation et son prix d'achat) et la cote de l'artiste grimpe.

Lors de la mise aux enchères suivante, on tient alors compte de la cote de l'artiste: les experts annoncent un prix de départ pour, disons, 600 euros. Si la percée se poursuit et que les 600 euros deviennent 8.000 euros, alors la cote de l'artiste continue de grimper et il peut vendre ses nouvelles œuvres plus cher en galerie.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le peintre ne voit pas un centime versé sur son compte en banque lors des ventes aux enchères. Son tableau a été acheté dans un autre circuit (en galerie ou lors d'une foire ou directement dans son atelier), et c'est le propriétaire du tableau (qui n'est plus l'artiste) qui empoche le bénéfice monétaire.

Le bénéfice pour le peintre, c'est qu'il devient un peu célèbre et qu'il peut un peu mieux vendre ses œuvres, voire, s'il a vraiment du succès et une très bonne cote, organiser ses propres ventes aux enchères en salle des ventes. Mais généralement ce dernier sacrement n'a lieu qu'après son décès.

L'art est un business

J'aurais voulu vous donner des exemples de cotes, mais les sites qui les référencent sont tous payants (et pas qu'un peu), car c'est un très gros travail vu le nombre faramineux de ventes d'œuvres d'art dans le monde chaque année.

Mais voici deux sites sur lesquels le topo est expliqué sans fioritures par des experts:

  • Le site Art et Value: vous y trouverez des conseils en placement et courtage, ainsi que l'évocation de la souplesse fiscale française concernant le marché de l'art (voir à la fin de la page de présentation).
  • Le site France estimations: ne vous fiez pas à l'accroche qui propose de vous communiquer gratuitement la cote d'un artiste, c'est uniquement valable si vous souhaitez les consulter pour l'estimation d'une œuvre –en gros, c'est pour appâter le chaland.

L'art est un business et même un gros business. Bon courage si vous souhaitez entrer dans cette jungle!

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