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Sexe: retour en fanfare de la «grande simulatrice»

Jean-Yves Nau, mis à jour le 17.06.2010 à 8 h 56

Maladie pratiquement disparue à la fin du siècle dernier la syphilis redevient d'actualité. Pourquoi?

«Il y a 10 ans, nous alertions les institutions et les professionnels de santé sur la résurgence de la syphilis. Où en sommes-nous aujourd'hui?», se demande le Pr Nicolas Dupin, spécialiste de dermato-vénérologie (pavillon Tarnier, hôpital Cochin, Paris) dans la dernière livraison de La Revue du Praticien.

Et les réponses qu'il apporte ne sont en rien réjouissantes. L'alerte de l'an 2000 a-t-elle été suffisamment relayée? Les comportements sexuels à la fois «à risque» et «non protégés» se sont-ils multipliés? Toujours est-il que le nombre de cas de syphilis officiellement déclarés ne cesse d'augmenter en France  (multiplication par dix entre 2000 et 2008); étant bien entendu que les chiffres publiés ne représentent que très imparfaitement la réalité nationale puisque -pour on ne sait quelle aberration de l'administration sanitaire- seuls «quelques centres volontaires participent à la déclaration des cas de syphilis précoces à l'Institut de veille sanitaire».

Oubliée des cours de médecine

La syphilis? Dans les dernières années du XXe siècle, cette maladie (due à la transmission -par voie sexuelle- d'un tréponème) était considérée rare; suffisamment rare pour que l'on n'évoque plus que rarement son diagnostic et son traitement dans les amphithéâtres des facultés de médecine. Or sa résurgence depuis une dizaine d'années en France comme dans la plupart des pays industriels fait que les dermato-vénérologues estiment urgent que tous les médecins se (re)familiarisent avec la «grande simulatrice», surnom donné à cette maladie vénérienne du fait de la multiplicité des symptômes qu'elle est susceptible de provoquer. Des symptômes, qui ont en outre évolué au fil du temps, d'abord avec l'avènement de la pénicilline au milieu des années 1940, ensuite sous l'effet de la pandémie de l'infection par le virus du sida.

En pratique, les médecins doivent impérativement évoquer un diagnostic syphilitique devant le classique «chancre», ulcération aiguë présente au niveau des muqueuses génitales mais qui peut aussi siéger au niveau rectal ou buccal. En l'absence de traitement adapté, ce chancre cicatrise rapidement, la maladie poursuivant son évolution vers un stade dit secondaire. Quelques semaines ou quelques mois plus tard, elle provoque de nouveaux symptômes très variables et souvent trompeurs (éruptions cutanées récurrentes plus ou moins caractéristiques ou «floraisons», perlèches, lésions acnéiformes,  syndrome grippal, maux de tête, ganglions, troubles oculaires etc.). Les spécialistes du pavillon Tarnier de l'hôpital Cochin expliquent qu'aujourd'hui dans leur service, 50% des diagnostics ne sont fait qu'à ce stade où le traitement par antibiotique est toujours efficace. Non traitée, la maladie peut encore, en quelques années, évoluer vers une syphilis «tertiaire» à l'origine de graves lésions pouvant toucher différents organes (cerveau, système cardio-vasculaire, foie, reins etc.).

Les homos et bisexuels particulièrement touchés

Qui est a priori concerné? On en sait un peu plus aujourd'hui grâce à une étude descriptive «de 284 cas consécutifs de syphilis microbiologiquement confirmés dans un centre de vénéréologie hospitalo-universitaire parisien entre 2000 et 2007». La majorité des cas survenaient chez des hommes (95%), au cours de leur quatrième décennie (moyenne d'âge: 36 ans); des hommes «ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes» (83%) et ayant eu au moins 10 partenaires au cours de l'année écoulée (54%). Ces hommes étaient infectés par le virus du sida dans la moitié des cas, le plus souvent traités -avec succès- avec des associations de médicaments antirétroviraux. Ces données concordent avec d'autres, établies au plan national, qui démontrent que la proportion de d'hommes séropositifs pour le VIH est significativement plus élevée parmi les cas de syphilis survenant chez des homos ou bisexuels: 52 % versus 14% hétérosexuels). Environ 6% des personnes concernées découvrent leur séropositivité pour le VIH à l'occasion du diagnostic de syphilis.

«Plus de 5 partenaires dans l'année étaient déclarés par 61% des homos ou bisexuels, contre 17% des hétérosexuels, écrivent les auteurs de La Revue du Praticien. Au moins une fellation non protégée dans l'année était rapportée par 98% des homos ou bisexuels et par 90% des hétérosexuels. Au moins un rapport anogénital non protégé était déclaré par 50% des homos ou bisexuels, tandis qu'au moins un rapport génito-génital non protégé était déclaré par 86% des hétérosexuels. Le préservatif n'était jamais utilisé par 43% des hétérosexuels et 9% des homos ou bisexuels. La fellation était considérée comme la pratique exclusive à l'origine de la contamination par 51 % des homos ou bisexuels et 14% des hétérosexuels.»

Et alors? Pour les spécialistes, ces données soulignent toute l'importance que la puissance publique devrait accorder au renforcement des messages concernant l'information et le dépistage ciblés. «Une proportion importante de patients séropositifs pour le VIH ou ayant d'autres antécédents d'infections sexuellement transmissibles continuent d'avoir des comportements à risque», concluent-ils. Question: Pourquoi? Autre question: qui peut répondre?

Jean-Yves Nau

Photo: Treponema pallidum, agent de la syphilis. CDC/ Dr. David Cox /Domaine public

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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