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L'industrie ne sait plus créer d'emplois

Gilles Bridier, mis à jour le 18.06.2010 à 10 h 27

A défaut d’une relance, l’emploi s’est stabilisé en France au premier trimestre. Sauf dans l’industrie, qui continue d’en détruire.

Trois mois stables pour l'emploi: toucherait-on un palier à partir duquel rebondir? L'Insee l'a confirmé début juin: «L'emploi salarié des secteurs marchands est en hausse pour la première fois depuis le premier trimestre 2008», avec près de 24.000 postes créés en trois mois, soit un gain de 0,2%. A défaut d'un spectaculaire retournement, le début 2010 a donc été marqué par une stabilisation de bon augure après deux ans de recul ininterrompu. Sur l'année, on ne pourrait guère espérer mieux: avec une prévision de croissance de 1,4%, l'économie française ne sera pas créatrice d'emplois cette année. Si au moins elle pouvait ne pas en détruire, pour que le chômage plafonne à son niveau actuel de 9,9% (9,55% pour la seule métropole), ce serait déjà une bonne surprise. Mais même cet objectif sera difficile à tenir. Surtout si la politique d'austérité, nécessaire pour alléger la dette, devait retarder l'enclenchement d'une dynamique de croissance.

L'emploi recule et la production progresse dans l'industrie

Si la situation de l'emploi s'est améliorée de 0,5% dans les services et de 0,2% dans la construction au premier trimestre, elle s'est encore dégradée dans l'industrie, qui a perdu en trois mois plus de 29.000 postes  (soit une baisse de 0,9%).  Au total, sur un an, plus de 153.000 emplois ont disparu dans l'industrie, et la tendance persiste.

Non que l'activité ne se redresse pas: de février à avril, la production manufacturière a été «en nette reprise» par rapport aux trois derniers mois de 2009, indique l'institut qui évalue la progression de l'activité à 1,5%. Mais des gains de productivité ont été réalisés. C'est ce qui explique par exemple que dans les équipements électriques, électroniques et informatiques, on enregistre à la fois la destruction de 5.600 postes en trois mois et une augmentation de 1,5% de la production. Pour que cette amélioration de la compétitivité se traduise dans des créations d'emplois, il faudra encore patienter, le temps que les portefeuilles de commandes se garnissent.

Une consommation crispée

Mais on attend toujours que le rebond de la consommation se confirme. C'est, en France, le moteur de la croissance.  Et elle reste atone. La perte de confiance des consommateurs confrontés à un marché de l'emploi déprimé et aux incertitudes concernant la retraite et la protection sociale s'est traduite immanquablement par une progression de l'épargne: de 15,5% en 2008, il est passé à 17% au premier trimestre 2010. Pour qui a des inquiétudes sur son avenir ou celui de ses proches et ne dispose pas d'un patrimoine où puiser en cas de coup dur, la constitution de cette épargne de précaution est légitime. Mais elle pénalise la croissance, car la consommation en est la première victime: au premier trimestre, les dépenses des consommateurs ont reculé de 1,9%, et la tendance a perduré en avril avec une baisse de 1,2%. L'emploi en subit les conséquences, il faut briser cette spirale.

L'automobile, incontrôlable

Les ventes d'automobiles influencent beaucoup ces fluctuations. Sous l'effet des aides publiques, elles connaissent des amplitudes qu'on enregistre dans aucun autre secteur. Les ventes de voitures ont été  «boostées» de 14% au dernier trimestre 2009 par la prime à la casse, et ont dégringolé de 11% au premier trimestre 2010 (par rapport à fin 2009) lorsque cette prime a été réduite. Pour profiter de l'effet d'aubaine, les automobilistes français avaient puisé dans leur bas de laine: 3,5 milliards d'euros dépensés dans les concessions sur le seul mois de décembre dernier... contre moins de 2,7 milliards en avril.

Et pourtant, l'automobile est un vrai casse-tête: alors que la filière a été choyée par les pouvoirs publics qui lui ont signé un chèque de 9 milliards d'euros au plus fort de la crise pour éviter un naufrage, voilà que la production a chuté en avril (de 7,2% par rapport à mars) pour le troisième mois consécutif, indique l'Insee. Les constructeurs avaient anticipé ce repli. Mais alors qu'ils n'ont pas créé d'emplois dans l'Hexagone lorsque la demande a été artificiellement poussée à son zénith, quelle sera leur politique sociale cette année face à un marché qui ne sera plus dopé par des aides publiques?

Soutenir les secteurs d'avenir

Les experts de l'OCDE formulent un diagnostic pour expliquer que l'industrie en France est à la traîne. Les dépenses des entreprises françaises en recherche et développement stagnent depuis 2002, elles sont insuffisantes (1,25% du PIB en 2008 contre 1,80% en Allemagne et 2% aux Etats-Unis) et peu orientées vers les domaines technologiques nouveaux. Clairement, l'OCDE pointe du doigt des soutiens coûteux et sans contrepartie substantielle à des secteurs en déclin. Pourtant, la recherche est porteuse des emplois à venir. En la réduisant, on limite sa capacité de rebond. Ceci expliquant le recul de l'emploi dans l'industrie en sortie de crise.

Gilles Bridier

Photo: Palier. Andrew Mason via Flickr License CC by

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