Société / Tech & internet

Adieu Outlook, j'ai pourtant essayé de t'aimer

Temps de lecture : 4 min

J'ai tenté d'abandonner Gmail mais j'y suis revenue en quatrième vitesse.

Le simple fait qu'il soit tellement difficile de s'y habituer, c'est nul. | Kari Shea via Unsplash
Le simple fait qu'il soit tellement difficile de s'y habituer, c'est nul. | Kari Shea via Unsplash

Quand j'ai été engagée pour mon premier vrai travail, du genre de ceux qui vous donnent une mutuelle et des cartes de visite, on m'a expliqué –sur un ton qui hurlait «Pourquoi faut-il que tu sois si contrariante, petite employée millennial– que si, techniquement, j'avais la possibilité de choisir entre Gmail et Outlook, je n'avais pas vraiment le choix, étant donné que 99% des employés de la boîte utilisaient Outlook.

Et donc, comme je suis du genre à obéir aux injonctions, j'ai gentiment installé l'appli Outlook et tenté de lancer la transformation de mon identité de messagerie.

Le processus a été douloureux, vu que j'ai grandi avec Gmail grâce à la sagesse de ma mère qui m'avait aidée à créer mon premier compte sur la plateforme lorsque j'étais en primaire –sa seule erreur fut de me laisser utiliser un habile mélange de mon nom et de celui de mon cochon d'Inde, ce qui était plutôt malheureux à l'époque mais s'avère aujourd'hui une excellente adresse poubelle.

J'ai immédiatement été estomaquée par la difficulté d'utilisation d'Outlook. Quand on répond à un message, le mail d'origine vous indique que «vous avez répondu à ce message», mais sans clairement vous montrer la réponse. Mais pourquoi? Et puis il y a tellement d'onglets! Tellement d'options! Tellement de... gris!! Il m'a fallu un quart d'heure pour envoyer une invitation à une réunion. Et comme si ça ne suffisait pas, la police par défaut, c'était du Calibri. Du Calibri!

Une rapide comparaison des accords de confidentialité de chaque appli sur l'App Store et l'avantage va à Outlook.

Lorsque j'ai fait part de mes soucis à ma colocataire, une fille qui est allée dans une école de commerce et qui a, par conséquent, subi le profond endoctrinement du culte d'Outlook, elle a levé les sourcils. «C'est nul à ce point ou est-ce que c'est juste toi qui n'es pas habituée?»

D'accord, je n'étais pas habituée. Mais le simple fait qu'il soit tellement difficile de s'y habituer, c'est nul.

La rupture

J'ai tenu une semaine avant de décider de retourner sur Gmail, où je demeure joyeusement depuis. J'ai encore besoin de consulter mon compte Outlook de temps en temps, mais c'est un rappel salutaire que 99% de mes collègues se sont égarés du droit chemin.

Le souci c'est que techniquement, Outlook est supérieur à Gmail. Il possède bien plus d'options –du travail hors connexion à une gestion des groupes, en passant par des boîtes de réception partagées et des flux de travail plus efficaces. Si j'avais pu faire preuve de davantage de patience et consacré deux heures de plus à me plonger dans les paramètres et à lire les instructions, j'aurais sans doute pu régler mon compte Outlook d'une manière qui m'aurait convenu –mais c'est beaucoup demander quand l'alternative est prête à l'emploi, sans nécessité de s'envoyer un tuto YouTube.

Utiliser Microsoft est également plus rassurant en matière de gestion des données personnelles et de respect de la vie privée. Une rapide comparaison des accords de confidentialité de chaque appli sur l'App Store et l'avantage va à Outlook. Le fait que Google ait accès à vos données de navigation (Chrome), de localisation (Google Maps), à votre emploi du temps (Google Calendar), à vos données professionnelles (Gmail et Google Drive), de loisirs (YouTube), de photo et de vidéo (Google Photos), entre autres catégories, le tout connecté à un seul compte ou utilisateur, est préoccupant.

Même si vous faites confiance à Google, l'idée qu'une entreprise privée à but lucratif possède un tel volume de données interconnectés sur vous –une telle capacité à faire un portrait exhaustif de ce que vous êtes–, c'est une bonne raison de s'inquiéter, ou tout au moins de réfléchir deux minutes.

L'addiction

Je m'en rends compte et honnêtement, ça me fait peur. Et pourtant! Pourtant! Rien à faire, je suis accro à Gmail.

Je suis tombée amoureuse de Gmail parce qu'il est limpide, sobre et facile à utiliser –c'est l'utilisateur qui compte avant tout. La connexion entre Drive, Calendar et Gmail est fluide et visuellement attrayante. Quand Outlook hurle: «Regarde ce que je sais faire! Signaler une date de début de tâche? Nettoyer un dossier? Naviguer dans des groupes? Envoyer ce mail dans Slack?», Google demande: «De quoi as-tu besoin?»

Programmer un mail dans Gmail (une des grandes joies de ma vie) est un processus très simple réalisé en trois clics, alors que sur Outlook, il faut prévoir le temps de trouver les onglets d'options, dégoter le «retard de livraison» parmi les quatorze options qui vous sont proposées, puis déterminer le champ «ne pas envoyer avant» –qui nécessite donc de convertir le «livrer à tel moment» dans votre tête en «ne pas livrer avant», alors qu'Outlook aurait tout aussi bien pu dire «date de livraison»!

Je me rends bien compte que mon adoration pour le design et l'expérience utilisateur de Gmail est matière à controverse.

Dans un récent article publié dans Wired soulignant les défauts du design de Gmail, et plus spécifiquement l'espace utilisé pour faire la promotion d'autres services, Justin Pot écrit: «J'aimerais vivre dans un monde où une appli de messagerie sympa ne serait rien d'autre qu'une appli de messagerie sympa, un monde où les entreprises n'essaieraient pas de se servir des bases de données d'utilisateurs pour remplir d'autres objectifs commerciaux.»

Moi aussi, j'aimerais vivre dans un monde comme ça! Mais pas dans un monde où moi, l'utilisatrice, je dois me taper la tête contre les murs pour arriver à faire le moindre truc.

Je me rends bien compte que mon adoration pour le design et l'expérience utilisateur de Gmail est matière à controverse. Mais mon histoire d'amour avec Gmail, c'est vraiment une histoire de confort –du confort dont nous profitons tous grâce aux technologies qui nous accompagnent à différentes étapes de notre vie. Gmail (avec des comptes différents) a été le témoin de mes premiers mails et a reçu avec bienveillance les bons d'achat Claire's adressés par mon centre commercial local.

Il a vu passer mes candidatures pour aller à la fac et mes notes du bac. Il a vu mes messages paniqués au début de la pandémie et, depuis, il a transmis les résultats de maints tests Covid. Il a envoyé des mails qui organisaient des funérailles et, cette année, les invitations à mon mariage.

Et ça, Outlook ne pourra jamais le comprendre.

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