Culture

Il est venu le temps du nettoyage des vitraux de Notre-Dame

Temps de lecture : 3 min

Ils n'ont pas été abîmés par l'incendie de 2019, mais fortement encrassés. Le processus de nettoyage s'étale sur plusieurs années, mobilisant soixante-dix maîtres artisans.

La Manufacture Vincent-Petit, dans l'Aube, redonne au prophète Jérémie ses couleurs d'origine. | Christophe Deschanel / Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris (EPRNDP)
La Manufacture Vincent-Petit, dans l'Aube, redonne au prophète Jérémie ses couleurs d'origine. | Christophe Deschanel / Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris (EPRNDP)

L'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris a donné lieu à une vague de solidarité internationale inédite, initiée par les géants du luxe français. Joyau d'architecture gothique et monument le plus visité d'Europe, la cathédrale compte 1.000 m2 de vitraux. Si ceux-ci ont été épargnés par le drame, la suie qui s'y est déposée nécessite un complexe travail de nettoyage, mobilisant soixante-dix maîtres artisans, répartis en divers sites.

Tous les vitraux ne datent pas du Moyen Âge: la crasse accumulée des siècles durant a notamment convaincu les chanoines d'en remplacer certains par du verre blanc sous Louis XV. Les roses sud et nord, chacune à un bras du transept, sont, avec la rose ouest, celles qui conservent le plus de vitraux médiévaux d'origine. La rose sud (ou «rose du midi») du transept mesure –en incluant la claire-voie à sa base– pas moins de 19 mètres de hauteur totale, pour 13 mètres de diamètre. Installée en 1260, elle compte 84 panneaux, contenus dans 4 cercles.

Plus d'une année sera nécessaire pour procéder au minutieux nettoyage des centaines de vitraux de la cathédrale. | Christophe Deschanel / EPRNDP

Tentez de deviner, à partir des sujets et motifs l'époque de réalisation de chaque vitrail et vous vous heurterez à un vrai casse-tête iconographique. L'éclat des apôtres et martyrs ayant sérieusement commencé à décliner à partir du XVe siècle, le cardinal de Noailles a fait refaire la rose sud en 1725. À l'identique –ou presque, puisqu'il y fait placer ses propres armoiries au centre. Des éléments anciens y ont aussi été incrustés, que l'architecte Eugène Viollet-le-Duc –auteur de la fameuse flèche, dessinée en 1857, que le monde entier a regardé disparaître dans les flammes en 2019– a, plus tard, décidé de conserver.

Notre-Dame de Paris, entrepôt à vin

Pendant la Révolution, le mouvement de déchristianisation a transformé Notre-Dame en «temple de la Raison». La cathédrale servit d'entrepôt à vin pendant neuf ans. Quand, au siècle suivant, Eugène Viollet-le-Duc a été chargé de rénover l'ensemble de vitraux, des parties étaient conséquemment manquantes. En s'inspirant de ceux de la cathédrale de Chartres, exceptionnellement bien conservés, il a recréé ces bouts disparus dans l'esprit du Moyen Âge.

Vitraux les plus récents de la célèbre basilique mineure, les verrières hautes signées Jacques Le Chevallier ont remplacé le verre blanc du XVIIIe siècle en 1965-1966. Le maître verrier avait déjà réalisé un premier projet pour celles-ci en 1938, que la guerre était venue contrecarrer. Presque trente ans plus tard, les vitraux ont une tonalité différente: ce sont les seuls à ne pas être figuratifs. L'art abstrait est entré à Notre-Dame.

Ce sont les vitraux des 39 baies de Le Chevallier qui ont été démontés les premiers, avec ceux des baies du chœur (XIXe siècle), dans les jours qui ont suivi l'incendie. Deux-cent-quarante caisses ont été nécessaires à leur conditionnement. L'échafaudage (40 mètres de hauteur), déformé pendant l'incendie survenu au cours de la rénovation de la flèche, bloquait l'accès à ceux des baies hautes et de la sacristie. Leur dépose est en cours et se poursuivra jusqu'à la mi-juillet.

Les vitraux de la nef et du chœur ont été démontés immédiatement après l'incendie. | David Bordes / EPRNDP

Grand ménage avant les JO

Classés monuments historiques, les vitraux les plus anciens sont traités sur place. Ceux des chapelles et des tribunes sont «dépoussiérés à l'aide d'aspirateurs très haute efficacité et de brosses douces», détaille l'établissement public administratif chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Un chantier-test, mené sur 2 des 24 chapelles, a permis de déterminer les termes du protocole de nettoyage. Huit ateliers, de nombreux maîtres serruriers et maîtres verriers, répartis entre Aube, Sarthe, Eure-et-Loir, Yvelines, Pays de la Loire, Côte-d'Or et Rhône se partagent le nettoyage des vitraux, avec l'aide supplémentaire de l'atelier de la cathédrale de Cologne, en Allemagne.

Sur place, au sein de Notre-Dame, le nettoyage des baies doit commencer en juillet et se poursuivre en 2023. La repose progressive est à ce jour programmée pour la mi-2023, dans l'espoir de rouvrir la cathédrale aux visiteurs et au culte en 2024 –juste à temps pour les Jeux olympiques que la capitale accueillera.

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