Santé / Sciences

Le Monkeypox peut toucher n'importe lequel d'entre nous

Temps de lecture : 9 min

Alors que le virus, improprement appelé «variole du singe», se diffuse de manière inhabituelle en Europe, il est nécessaire de mettre en place des stratégies viables pour tenter de stopper l'épidémie.

Jusqu'à présent, le Monkeypox a essentiellement affecté des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes multipartenaires. Mais il peut toucher tout le monde sans distinction de genre, d'orientation sexuelle ni même d'âge ou de tout autre facteur. | Shane via Unsplash
Jusqu'à présent, le Monkeypox a essentiellement affecté des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes multipartenaires. Mais il peut toucher tout le monde sans distinction de genre, d'orientation sexuelle ni même d'âge ou de tout autre facteur. | Shane via Unsplash

Lorsque nous avions publié, le 27 mai dernier (soit une semaine après le premier cas confirmé en France), notre premier article sur le Monkeypox, nous ne savions rien de l'évolution de la maladie. Aujourd'hui, et même si les cas de Monkeypox restent pour le moment encore rares, la croissance des courbes est devenue exponentielle et nous invite (vous nous connaissez) à une certaine prudence. L'Institut de santé globale de l'université de Genève, fidèle à sa tradition et ses principes, ne se permet pas de prédire l'évolution au-delà de neuf jours –une durée durant laquelle l'incidence mondiale, mais aussi suisse et française, est approximativement en train de doubler.

La situation actuelle nous amène à faire ce point d'étape avec vous concernant la situation épidémiologique et à revenir sur les mesures de prévention individuelles et collectives destinées à protéger chacun et chacune et à limiter la propagation du virus dans la population.

Une maladie qui n'est pas nouvelle

Pour commencer, il nous faut redire que le Monkeypox n'est pas une maladie nouvelle ni même une maladie qui serait réapparue subitement ces derniers mois. En effet, depuis que le virus qui la provoque a été détecté pour la première fois chez l'humain en 1970 à l'hôpital de Basankusu (République démocratique du Congo), il est reconnu comme endémique en Afrique centrale et de l'Ouest, y provoquant fréquemment des foyers de cas dont le nombre va croissant depuis dix ans.

Entre 2017 et aujourd'hui, plus de 3.000 cas ont été notifiés au Nigeria, en République démocratique du Congo et en Centrafrique. Pour la seule année 2022, à la date du 8 juin, huit pays africains avaient signalé 59 cas confirmés, 1.536 cas suspects et 72 décès à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). La République démocratique du Congo est le pays le plus touché avec 10 cas confirmés, 1.356 cas suspects et 64 décès.

Mais on sait que les infrastructures sanitaires et de veille sont plus fragiles dans cette partie du globe, et ont pu laisser passer des cas non diagnostiqués. En outre, plusieurs regroupements de cas dans des zones non endémiques ont déjà été signalés, comme en 2003 aux États-Unis, sans chaînes de transmission interhumaine, tous les personnes positives ayant été contaminées au contact de petits rongeurs de compagnie importés d'Afrique.

Aujourd'hui, si cette nouvelle épidémie inquiète, c'est par sa diffusion inhabituelle en dehors des zones endémiques d'Afrique équatoriale, l'absence d'explication sur l'origine de cette soudaine recrudescence internationale et l'ampleur des transmissions interhumaines chez l'adulte.

Ces virus qui ne nous intéressent que quand ils nous touchent

Reste que nous devons ici faire un amer constat: le faible intérêt de la recherche occidentale pour les maladies tropicales dites «négligées» est en partie responsable de la méconnaissance actuelle concernant le Monkeypox. C'est malheureusement le cas d'un très grand nombre d'autres maladies, dont on ne commence à s'intéresser et à vouloir développer des tests, des traitements ou des vaccins qu'une fois qu'elles touchent des habitants plus riches de la planète. Cela a récemment été le cas pour le chikungunya, le Zika, le virus du Nil occidental, ou même pour Ebola, pour n'en citer que quelques-unes.

Depuis le 13 mai dernier et le premier cas confirmé en zone non endémique, le virus a gagné du terrain et avait contaminé 4.229 personnes au 26 juin à travers le monde (cumul des cas confirmés et suspectés). La majorité des cas se concentre en Europe et en Amérique du Nord, dont 330 personnes en France et 227 en Île-de-France.

Il ne s'agit pas d'un «virus gay», il peut toucher tout le monde sans distinction de genre, d'orientation sexuelle
ni même d'âge ou de tout autre facteur.

Jusqu'à présent, le Monkeypox a essentiellement affecté des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) multipartenaires. Mais ne nous méprenons pas. Il ne s'agit pas d'un «virus gay», puisqu'il peut toucher tout le monde sans distinction de genre, d'orientation sexuelle ni même d'âge ou de tout autre facteur.

On a vu que les segments les plus jeunes, aisés, mobiles et connectés de la population étaient les premiers atteints et les premiers propagateurs de chaque nouveau variant du SARS-CoV-2. Avec un effet de leurre au départ des nouvelles vagues qui semblent souvent moins graves que les précédentes, car les premiers cas atteints n'appartenaient pas aux segments les plus fragiles de la population.

Le risque d'une explosion

Les épidémies commencent au sein de communautés avant de se propager. Ainsi, si la pandémie de Covid-19 a essaimé au début au sein de communautés religieuses de Corée du Sud ou d'Alsace, le Monkeypox a, quant à lui, saisi l'opportunité de rassemblements queer pour se diffuser au sein de la communauté HSH. Et comme toute autre communauté, celle des HSH n'est pas hermétique au reste du monde et les modes de contaminations sont tels qu'il n'y a aujourd'hui aucune raison que le virus ne se propage pas plus largement. De premiers cas féminins et pédiatriques ont d'ores et déjà été rapportés, même en France.

Les risques d'une explosion au sein de la population générale invitent à produire des messages de prévention à la fois ciblés envers les personnes actuellement les plus exposées et, dans le même temps, à l'ensemble de la population.

On sait par ailleurs, avec l'expérience passée du VIH/sida, que toute stigmatisation d'une population ne saurait que nuire à la lutte contre le virus en créant toujours plus de discriminations, d'isolement et de précarisation et en faisant, aujourd'hui encore au vu du poids immense des préjugés, d'une maladie «shit happens» une maladie «honteuse», qui pourrait être cachée par les porteurs et donc favoriser sa propagation insidieuse.

Ne reproduisons pas les erreurs d'un passé récent. Ici, nous devons profiter de l'expertise et des conseils des associations de lutte contre le VIH/sida comme Act Up ou Aides, qui ont accumulé savoirs et savoir-faire depuis près de quarante ans et qui connaissent, mieux que quiconque, les messages qui sont efficaces et ceux qui sont contreproductifs.

Fatigue, fièvre, éruptions cutanées

À destination de tous et de toutes, il faut informer sur les modes de transmission, les symptômes et la prévention. Aujourd'hui, nous savons que le Monkeypox se transmet par:

  • Le contact direct avec la peau ou les muqueuses présentant des vésicules, des pustules ou des croûtes causées par l'infection (bouche, sexe, anus), notamment lors d'un rapport sexuel (avec ou sans pénétration).
  • L'exposition prolongée avec les gouttelettes émises par les postillons, l'éternuement, la toux et la salive d'une personne infectée.
  • Le partage de linge (vêtements, draps, serviettes, etc.), d'ustensiles de toilette (brosses à dents, rasoirs, etc.), vaisselle, sextoys, seringues, etc.

De ce que nous savons aujourd'hui, la transmission est possible dès l'apparition des premiers symptômes. Selon toute vraisemblance, l'apparition de ces symptômes se fait en deux temps. Surviennent en premier lieu:

  • Une fatigue.
  • Des douleurs au niveau du cou.
  • Des douleurs musculaires.
  • De la fièvre.
  • Une gêne oculaire.
  • Un gonflement des ganglions notamment près des endroits de la future éruption (dans l'aine par exemple).

Ensuite, à ces symptômes peu caractéristiques, s'ajoute une éruption cutanée souvent localisée uniquement sur le sexe, l'anus, les mains ou leur voisinage. Les retours du terrain rapportent que les vésicules qui apparaissent peuvent être très douloureuses. Elles ont, chez une personne dont le système immunitaire est sain, une évolution favorable: elles s'assèchent et se transforment en croûtes pour disparaître, sur une durée d'environ trois semaines. Mais chez une personne dont le système immunitaire est affaibli, elles peuvent laisser des cicatrices indélébiles, voire entraîner des complications plus graves.

Rappelons-nous cependant que, comme pour toutes les maladies trop longtemps négligées, nous ne savons finalement qu'assez peu de choses quant aux conséquences d'une infection chez les personnes fragiles: personnes immunodéprimées et âgées, femmes enceintes, enfants… Des décès sont rapportés en Afrique, surtout des enfants, chez qui la maladie semble plus grave que chez l'adulte. Mais aucun décès n'a encore été rapporté sur les cas non africains. Nous ne savons donc pas non plus s'il existe des facteurs de risque de développer une forme potentiellement sévère.

Pour protéger les autres, prenez
le numéro de vos partenaires

Il est difficile de transposer à l'Europe la létalité du virus des zones endémiques d'Afrique (entre 4% et 10%). En effet, l'âge des patients, l'état de santé de la population ainsi que les infrastructures sanitaires sont très différents entre l'Afrique subsaharienne et les pays riches de la planète où survient l'épisode actuel. Reste que le spectre d'une évolution plus sévère plane, même si l'OMS ne considère pas, à ce jour, qu'il s'agisse d'une urgence de santé publique de portée internationale, tout en reconnaissant que nous faisons face à une menace sanitaire dont l'évolution reste très inquiétante.

Comment se protéger? Les recommandations traditionnelles face à tout agent infectieux ne nous étonneront pas: éviter le contact avec les lésions d'une personne infectée et limiter les contacts rapprochés ainsi que le partage de draps, vêtements, accessoires de toilettes, sextoys, etc. avec des personnes présentant des symptômes, porter un masque de protection faciale et des vêtements dans les lieux clos propices à une certaine promiscuité et réduire le nombre de ses partenaires.

Bien sûr, nous devons ajouter la stratégies que nous connaissons bien désormais et reposant sur l'approche «tester-tracer-isoler». Les personnes présentant des symptômes sont invitées à faire le 15, à contacter leur médecin généraliste ou un centre de santé communautaire, type centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic. Les personnes résidant à Paris pourront, de plus, se rendre au service des maladies infectieuses et tropicales de Bichat, Saint-Louis, la Pitié-Salpêtrière et Necker (seulement pour les moins de 18 ans).

La mesure la plus importante est
de mettre en place un dispositif
de vaccination post-exposition.

Dans l'attente de la consultation et d'un test PCR, elles seront invitées à s'isoler. Si le test est positif, il conviendra de poursuivre l'isolement jusqu'à disparition des croûtes (environ vingt-et-un jours) et d'informer ses contacts qui pourront recevoir le vaccin Imvanex en post-exposition ou du Tecovirimat (sous réserve de sa commercialisation en France), un antiviral efficace contre le Monkeypox.

Notons cependant à quel point l'ensemble de cette stratégie semble un peu livresque et à tout le moins demande une franche adhésion des patients concernés pour espérer être efficace. La réalité est souvent tout autre, les symptômes peuvent passer inaperçus, être confondus avec la varicelle ou le zona, le tracing n'est pas toujours évident.

Santé publique France soulignait, dans son point du 9 juin, que «la plupart des cas investigués déclarent ne pas pouvoir identifier la personne qui les aurait contaminés». Nous tentons un conseil pour pallier ce défaut: prendre systématiquement les coordonnées de tous ses partenaires, aussi fugaces soient-ils.

Protégeons les plus précaires

La mesure la plus importante et la plus urgente à mettre en place, tant pour protéger les personnes exposées que pour lutter contre la propagation du virus dans la population, est d'établir un dispositif de vaccination post-exposition. Les experts s'accordent à dire qu'il est peut-être encore temps de stopper l'épidémie, mais que la fenêtre d'opportunités dont on dispose aujourd'hui est en train de se refermer rapidement.

Près de 1.000 cas avaient été comptabilisés au Royaume-Uni et environ 700 en Espagne et en Allemagne le 27 juin –il s'agissait alors des trois pays ayant rapporté le plus de cas au monde. Le Canada, les États-Unis et l'Allemagne ont déjà ouvert la vaccination aux HSH. Il est crucial que les institutions françaises les imitent rapidement. Nous ajoutons que cette vaccination devrait également être ouverte aux travailleurs et travailleuses du sexe (TDS), aux femmes ainsi qu'aux personnes en grande précarité.

Nous devons nous rappeler que les amortisseurs sociaux et économiques ont été cruciaux et salués en France dans sa stratégie du «quoi qu'il en coûte» pour la pandémie de Covid-19. Ils doivent absolument être rapidement activés pour ce démarrage d'incendie du Monkeypox, afin de permettre à toutes les personnes concernées de pouvoir s'isoler trois semaines. Nous pensons ici notamment aux TDS en situation de précarité qui risqueraient, en l'absence de moyens de subsistance, de continuer de travailler malgré la maladie et pourraient bien involontairement la propager encore davantage.

Imvanex est un vaccin de troisième génération efficace et sûr. Et nous savons la communauté HSH prompte à se mobiliser pour des actions de santé publique. À New York, où Imvanex est proposé aux HSH, la campagne connaît une telle adhésion que les premiers stocks de vaccins sont déjà épuisés.

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