Economie

Ce n'est pas encore la fin du monde économique

Gérard Horny, mis à jour le 13.06.2010 à 15 h 15

Les difficultés de la zone euro font surgir des craintes qui n'épargnent pratiquement aucune économie et sont largement excessives.

La naissance et la propagation des crises ont toujours quelque chose de mystérieux. Comment un problème de déficit excessif en Grèce a-t-il pu semer le désarroi dans l'Europe entière et, ensuite, conduire les investisseurs à se poser des questions sur la vigueur de l'économie dans le reste du monde? L'incapacité des Européens à organiser à la fois le sauvetage et le retour à meilleure fortune de l'un d'entre eux a joué un rôle déterminant, cela a été maintes fois souligné. Il n'empêche que, aujourd'hui, le problème n'est plus seulement européen. Sur les marchés financiers, on est en train de jouer une nouvelle version d'Apocalypse now.

La zone euro

Au point de départ: la zone euro. Les financiers, on le sait, ont l'esprit espiègle et joueur. Les dominos, notamment, constituent une de leurs distractions favorites. Une société ou un pays a un problème, on va tout de suite regarder si les sociétés comparables ou les pays voisins ne présentent pas les mêmes symptômes. En l'occurrence, sur les questions budgétaires, il était facile de trouver des signes de trouble dans les autres pays de la zone euro, petits ou grands, du nord comme du sud: tous ont dû faire face à des dépenses supplémentaires en raison de la crise financière au moment où le recul de l'activité pesait sur leurs recettes. A des degrés divers, tous sont malades et mettront plusieurs années à retrouver une situation compatible avec leurs engagements européens. Cela, tout le monde le savait et tout le monde était d'accord pour estimer qu'il fallait d'abord s'assurer du caractère durable du retour de la croissance avant de freiner fortement dans les dépenses et, éventuellement, de relever les impôts.

La pression exercée par les marchés conduit les gouvernements européens à rivaliser d'ardeur dans l'annonce de programmes de rigueur. La France se refusant à employer ouvertement ce mot, elle est elle aussi sanctionnée et l'écart la séparant de l'Allemagne sur les taux à dix ans commence à s'élargir. Petit détail trop rarement mentionné: les taux à long terme ont baissé en France; on arrive ainsi à des taux à quinze ou vingt ans pour les prêts immobiliers très bas, proches des planchers historiques. C'est une bonne nouvelle. Mais l'air du temps est au catastrophisme: la bonne nouvelle est donc transformée en mauvaise par la comparaison avec l'Allemagne, où les taux ont baissé encore plus vite.

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis

Maintenant, sur les marchés, on s'inquiète de la tournure prise par les événements que l'on a déclenchés. Ainsi que le déplore Yves Bonzon, responsable des investissements de Pictet et Cie, «tous les gouvernements se sont précipités dans la consolidation budgétaire, et ce au pire moment du cycle». Le diagnostic est parfaitement exact. Tous les gouvernements sont précisément en train de faire le contraire de ce qu'ils devraient faire. Mais il faudrait dire que, cette fois, les gouvernements ont quelques excuses: ils agissent sous la contrainte.

De la zone euro, le pessimisme gagne le Royaume-Uni, où la nouvelle majorité retrouve des accents quasi churchilliens pour annoncer du sang et des larmes. Et on commence à lire des commentaires très réservés sur la situation américaine. La baisse de l'euro va poser un problème aux Etats-Unis qui comptaient beaucoup sur les exportations pour redresser leur activité et , à y regarder de près, leur situation budgétaire  n'est pas non plus très brillante et demanderait un peu plus de rigueur. L'annonce des médiocres chiffres de l'emploi du mois de mai a provoqué de sérieux dégâts sur un marché qui ne demandait qu'un tel signal pour donner libre cours à ses états d'âme.

La Chine

Enfin, il y la Chine. La nouvelle vedette de l'économie mondiale, confrontée à des risques de surchauffe, notamment dans le secteur immobilier, a déjà commencé à donner des coups de frein. Sa croissance pourrait ralentir brutalement à un moment où le climat social est tendu dans plusieurs régions.

Bref, de quelque côté qu'on se tourne, on ne voit que des raisons de s'inquiéter. Et, pour placer son argent, aucun havre ne paraît vraiment sûr. D'ailleurs, on voit que les banques recommencent à laisser leurs liquidités en dépôt mal rémunéré à la BCE.  Signe des temps, l'or bat de nouveaux records; les dirigeants de Pictet le voient encore faire de belles performances «au moins jusqu'au milieu de la décennie».

Alors, oui, c'est vrai, il y a quelques raisons de s'inquiéter. Mais ne désespérons pas de nos dirigeants.  Entre les coupes budgétaires annoncées par milliards et celles qui seront effectivement réalisées, il y aura sans doute un peu d'écart et une certaine modération dans la mise en œuvre. On peut être rigoureux sans être idiot. Même la plus vertueuse, l'Allemagne, se garde bien d'aller trop vite: au moment où les mesures prises (et elles ne sont pas encore votées) entreront pleinement en vigueur, l'économie aura peut-être eu le temps de gagner en vigueur. De même, aux Etats-Unis, la croissance semble s'enraciner et moins dépendre du budget fédéral. Enfin, les dirigeants chinois, jusqu'à preuve du contraire, n'ont aucune envie de faire plonger leur économie: «La croissance à 12% était artificielle, elle était stimulée par les mesures de relance, estime Christian Parisot, chef économiste d'Aurel BGC, il faut s'attendre au retour à un rythme plus soutenable de 8% ou 9%.» Evidemment, le changement de rythme peut avoir des impacts forts sur les marchés. Mais on ne va forcément vers la fin du monde.

Gérard Horny

Photo: Au New York Stock Exchange, le 11 juin 2010. REUTERS/Brendan McDermid

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