Culture

L'athéisme est-il une paresse de la pensée?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Dire que Dieu n'existe pas, c'est dire qu'Il existe. Dans les deux cas, une affirmation indémontrable.

Le doute absolu devrait être notre seule religion. | Anthony Cantin via Unsplash
Le doute absolu devrait être notre seule religion. | Anthony Cantin via Unsplash

J'ignore si Dieu existe. En tout cas jusqu'à présent Il ne s'est jamais manifesté à moi. À se demander si Lui sait que j'existe. Probablement que non. Mais là n'est pas la question. Non, ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est qu'on puisse prétendre avec une certitude absolue qu'Il n'existe pas. Je pourrais dire la même chose de celui qui prétend le contraire, mais le croyant, comparé à l'athée, a pour lui la transcendance de sa croyance, laquelle n'a pas forcément matière à être expliquée. Elle est.

Toute différente est la situation de l'athée. C'est par le raisonnement qu'il parvient à la conclusion que Dieu ne saurait exister. L'athée pense que Dieu ne peut pas exister parce qu'Il ne peut pas exister. Mais comment bâtir une certitude à partir d'une hypothèse qui ne peut être démontrée? Mystère. J'entends que vous aurez beau déployer toute la finesse de votre intelligence, accumuler autant d'indices qui viendraient conforter votre point de vue, à la fin des fins, au moment d'apporter la preuve indiscutable de votre assertion, vous ne trouverez rien qui puisse asseoir l'irréfutabilité de votre raisonnement.

Dire que Dieu n'existe pas, c'est dire qu'Il existe.

Car non seulement j'ignore si Dieu existe, mais je me reconnais dans l'impossibilité de savoir s'Il existe ou pas. C'est-à-dire que confronté à pareille problématique, j'affirme que l'esprit humain n'a aucun moyen objectif de trancher d'une manière ou d'une autre cette épineuse question. Pire, la réponse à cette question, aucune intelligence humaine aussi évoluée ou profonde soit-elle ne la possède. Elle se situe dans un champ de pensée étranger à l'idée même de pensée.

(Vous me suivez? Moi, à peine.)

Aussi, quand on m'affirme que Dieu n'existe pas, je ressens toujours comme le début d'une incrédulité. Comment peut-on affirmer la non-existence d'un concept qui de toutes les manières demeure en soi inaccessible à l'intelligence humaine? C'est en cela que je dis que l'athéisme est une paresse de la pensée, une parade, un artifice, une dérobade inventée par celle-ci pour ne pas approfondir une question qui demeure pourtant la seule qui vaille la peine d'être posée. Une question sans réponse mais dont l'absence précisément nourrit la réflexion tout au long de la vie, voire même au-delà.

Il est à noter que, tout comme j'ignore si Dieu existe, j'ignore pareillement ce que ce Dieu pourrait être sauf que «cette Chose» vouée à demeurer étrangère à notre entendement a eu à un moment donné un rôle à jouer dans la création de ce monde. Ou pour le dire autrement, le monde n'est pas né de lui-même ni d'un hasard cosmique, mais d'une intervention commise par «ce Bidule» qu'à défaut de mieux on nomme «Dieu».

Ce peut être une force, une énergie, une intelligence, à peu près n'importe quoi qui par essence ne pourrait être comprise ou représentée par notre esprit. C'est bien en cela que l'athéisme demeure une impasse ou une imposture, dans cette impossibilité de l'intelligence humaine à concevoir un raisonnement ou une représentation qui par nature ne saurait exister.

Pour autant, ce que nous sommes, un être humain égaré dans un monde qui le déborde de nulle part, ne peut pas faire l'économie de penser cet impensable. Il doit se frotter au vertige d'une question dont il sait qu'elle ne peut avoir de réponse, sans pour autant entamer sa détermination à en trouver une. Ceci pourrait être à la fois la définition de la condition humaine dans sa douloureuse mais irréductible absurdité et en même temps, son extraordinaire intérêt.

L'agnosticisme, car il s'agit bien de cela, n'a d'autre but que d'affirmer à la fois la question de Dieu et de l'origine du monde comme essentielle à la constitution de notre pensée et en même temps son impossibilité à être débattue. Ce que je nomme le doute, le doute absolu, le doute considéré comme la seule certitude dont nous disposons quand nous nous frottons aux limites de la métaphysique.

Le doute qui fait dire non seulement que «je ne sais pas» mais que «je ne peux pas savoir» tout en demeurant attaché à chercher dans la religion, la science ou la philosophie les connaissances infinies du savoir humain, des pistes et des indices à même d'enrichir la profondeur de notre doute. Le doute se nourrit de lui-même. Il est une palpitation de l'intelligence qui jamais ne finit ou alors seulement dans la mort; mais même là, faudrait-il penser cette dernière comme la fin de tout ou le commencement d'un autre cycle dont par essence on ne pourrait… Stop!

Il faudrait donc arriver à douter de tout, de Dieu comme de l'intérêt de cette chronique.

Enfin pour cette dernière, le doute n'est pas permis: elle est inintelligible de bout en bout.

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