Politique

J'ai la nostalgie des soirées électorales joyeuses

Temps de lecture : 2 min

Quand j'étais petite, les jours d'élection étaient sacrés chez moi. Ce week-end, pour la première fois, je n'ai pas voté.

Les assiettes de gigot froid se sont transformées en tzatziki vegan. | Louison
Les assiettes de gigot froid se sont transformées en tzatziki vegan. | Louison

En me couchant hier soir, je me suis dit: «Elles étaient pas un peu cheloues ces élections législatives?» Puis je me suis souvenue qu'il y avait un second tour la semaine suivante. C'était quand même un peu chelou aussi d'avoir oublié ce détail.

Quand j'étais petite fille, puis adolescente et même jeune adulte, les soirées électorales étaient sacrées. On se réunissait chez les uns ou les autres, on préparait des buffets joyeux et on reprenait ou commentait les sketches des «Guignols de l'info», dont on avait regardé le best of à l'heure du déjeuner, fidèles au rendez-vous, comme le rosbif tartiné de moutarde qui l'accompagnait. C'était un temps où les soirées électorales étaient joyeuses, où il n'y avait pas de téléphone intelligent ni de réseau à oiseau bleu pour ôter tout mystère aux résultats de 20h pile.

On faisait le décompte, on était dedans, pour les bonnes comme les mauvaises soirées. Parfois, un appel sur le téléphone fixe, de l'oncle qui connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui travaillait chez Ipsos, nous donnait vers 19h30 un scoop grâce aux sondages sortie des urnes. Je me rappelle encore du coup de fil de mon père le 21 avril 2002 pour prévenir que ça sentait pas très bon. En 1997, pour les législatives post-dissolution où la gauche l'avait emportée, nous étions tous réunis dans le salon. Cinq ans après, mes parents étaient séparés et mon père m'appelait sur un téléphone sur lequel j'ai surtout joué au serpent.

C'est ça aussi, les soirées électorales, un petit rappel du temps qui passe.

Vingt ans ont passé

Bond en avant, nous voici le soir du 12 juin 2022.

Vingt ans ont passé, mon téléphone n'a plus de jeu du serpent mais vibre toutes les onze secondes d'une notification. Je viens de rentrer d'un merveilleux week-end, entourée de merveilleuses personnes qui font de merveilleuses bandes dessinées, dont certaines avec moi. J'ai fini par arrêter de redoubler des classes et j'ai eu mon bac, même s'il ne m'a servi à rien. Il y a plus de 34.000 personnes qui me suivent sur Twitter où j'écris essentiellement des bêtises qui m'amusent. Alors que finalement, je n'en sais pas tellement plus qu'il y a vingt ans quand, le soir du 21 avril, après le coup de fil de mon père, après n'avoir rien dit jusqu'à 20h en espérant qu'il se trompe, après avoir hurlé en découvrant le visage de Jean-Marie Le Pen sur l'écran pas plat de la télévision du salon, j'ai couru de ma rive gauche à la rive droite où se trouvait le QG de Lionel Jospin, juste pour être là. Je n'avais pas encore l'âge de voter et par conséquent, je n'avais rien à y faire.

Avril 2002, c'est aussi six mois après les attentats du 11-Septembre et surtout, une grosse année après la séparation de mes parents. Je trouvais alors, du haut de mes 17 ans, que le monde était un beau bordel et que tous ces imprévus violents commençaient à me courir sur le haricot. Si j'avais su que ce n'était que le début des imprévus...

Juin 2022. Je n'ai pas voté. J'ai pris un train pour rentrer de mon week-end à Lyon plus tôt pour pouvoir voter et je n'ai pas voté. C'est la première fois depuis ma majorité. En revanche, malgré ma fatigue aussi grande que ma gueule de bois lyonnaise, je suis allée chez ma mère pour l'annonce des résultats. Les grands buffets ont laissé place à quelque chose de plus simple, sans chichis et sans Chirac. Les assiettes de gigot froid se sont transformées en tzatziki vegan. Le chien est du même modèle que vingt ans avant mais ne s'appelle plus pareil. Pendant que les projections du futur hémicycle apparaissent sur l'écran, je me pose une seule question, existentielle:

Comment fait-on du tzatziki sans yaourt?

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