Politique

Législatives: trois nuances d'autoritarisme

Temps de lecture : 3 min

Notre vie politique repose désormais sur trois pôles parvenus à se concurrencer sur le plan de l'offre autoritaire.

Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat à la présidentielle et membre de la Nupes, fait un discours après les résultats du premier tour des élections législatives le 12 juin 2022. | Stéphane de Sakutin / AFP
Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat à la présidentielle et membre de la Nupes, fait un discours après les résultats du premier tour des élections législatives le 12 juin 2022. | Stéphane de Sakutin / AFP

Avec l'effondrement de l'ancien système partisan et son remplacement par une tripartition et l'efflorescence de nouveaux partis et de nouvelles alliances, c'est paradoxalement une nouvelle affirmation d'une demande autoritaire, souvent pleine de paradoxes, qui se fait jour. Chaque pôle de notre vie politique est une manifestation originale de cette culture politique nationale qui porte l'autoritarisme et le renforce en général à chaque période de crise ou de périls.

«La grande tradition politique française est autoritaire.» Ce diagnostic délivré le mois dernier dans Le Monde par l'un de nos plus grands historiens, Pascal Ory, trouve un écho dans l'évolution du champ politique français et dans la mutation de nos compétitions électorales. La tripartition électorale jouerait-elle comme un puissant révélateur de cette donnée de notre vie politique, voire comme le carburant de son regain?

À l'évidence, il y a coïncidence entre l'avènement de cette tripartition électorale et le regain plus ou moins rampant d'autoritarisme, jusqu'à récemment encore latent. La France étant un étrange pays, la demande d'autorité demeure aussi forte que la dénonciation de l'autoritarisme de l'adversaire, en particulier s'il s'agit du président Macron. Cette potentielle dénonciation se mue désormais en refrain du discours politique de chaque famille politique de notre démocratie, y compris de l'extrême droite.

Trois camps pour une même culture autoritaire?

Trois camps, cristallisés lors de la dernière élection présidentielle, s'affrontent dans la campagne législative de juin comme dans celle d'avril. Tous trois représentent des variants de notre commune culture politique autoritaire. Il n'est pas besoin de rappeler les sources de la culture politique d'extrême droite ou de rappeler la centralité de l'autoritarisme dans son histoire.

Les leaders du Rassemblement national (RN) fustigent l'autoritarisme du président de la République mais, au-delà de cette critique «démocratique» propre au populisme, ont fait évoluer le national-populisme vers ce qui ressemble à une droite radicale autoritaire plus traditionnelle. Quant à Éric Zemmour, son parti est xénophobe, identitaire et autoritaire mais beaucoup moins populiste que ne le fut Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 et 1990, même s'il lui ressemble davantage politiquement que Marine Le Pen.

En 2017, La République en marche (LREM, devenu Renaissance) et La France insoumise (LFI) étaient présentés comme des mouvements horizontaux exerçant par ailleurs une force d'attraction électorale sur deux segments à peu près comparables numériquement de l'ancien électorat socialiste, électorat peu suspect a priori de dérive autoritaire. On sait que l'électorat de gauche ayant rejoint Emmanuel Macron s'est depuis «droitisé».

Cinq ans plus tard, dans leurs fonctionnements respectifs, les deux mouvements sont à l'évidence les courroies de transmission de leur chef charismatique et pas les forums permanents promis à l'origine. Preuve du poids de notre culture autoritaire commune, la majorité présidentielle a trouvé une curieuse façon de présenter ses candidats en recourant à une expression peu usitée depuis fort longtemps: «candidat officiel d'Emmanuel Macron». Très probablement plus maladroite et involontaire que relevant d'une allusion délibérée aux «candidats officiels» du Second Empire, au sens littéral, les candidatures législatives «officielles» font néanmoins diagnostiquer une étonnante propension à accepter de faire dépendre le législatif du seul souhait de l'exécutif.

Fascination et répulsion pour l'autorité

En France en 2019, selon la Fondapol, 31% des citoyens préféraient être gouvernés par un homme fort plutôt que par le Parlement. Selon la Fondation Jean-Jaurès, 46% des sympathisants de LREM pensent que la France devrait avoir à sa tête un homme fort qui n'a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections (42% chez l'ensemble des Français; 55% au FN).

L'autoritarisme, ou l'aspiration à l'autoritarisme, reste une valeur refuge en France. Récemment, la Fondation Jean-Jaurès dévoilait une enquête selon laquelle 65% jugent Jean-Luc Mélenchon «trop autoritaire», le plaçant nettement au-dessus d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen sur cet aspect (respectivement 56% et 49%).

Mais si deux tiers des Français ont cette opinion, on peut se demander si le stigmate autoritaire ne s'est pas «retourné» au sein du dernier tiers. LFI est férue de consultations et de «parlements» internes, de commissions et de groupes programmatiques. Mais quand a-t-on vu le groupe dirigeant de LFI se soumettre à une délibération lui portant la contradiction?

La quête d'autorité a pour corollaire une multiplicité d'offres autoritaires, il est vrai encouragée par le processus d'évolution comme par les origines du régime politique de la Ve République. Si le programme des Insoumis est des plus critiques à l'encontre du régime de 1958, le style d'opposition de son chef au cours du dernier mandat n'a fait que précipiter le mouvement dans une logique.

Le propre de ce tropisme autoritaire des Français, c'est d'accepter de véritables «faits alternatifs» de la part de leurs leaders: le dernier en date a été relevé par le politiste Antoine Jardin. Contrairement à ce que dit Jean-Luc Mélenchon, la Nupes n'est pas présente dans 500 duels au second tour mais dans 364. Les autres responsables de sa coalition ont-il osé discuter cette fausse information? Non.

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