Sciences

Trente ans de sommets sur le climat... pour quel résultat?

Temps de lecture : 6 min

De sommet en sommet, les promesses s'accumulent, mais les degrés continuent de monter.

Une affiche «Ne jamais faire confiance à une COP» (en anglais, «cop» signifie également «policier») a été collée sur une publicité, en marge d'une Marche pour le climat contre les énergies fossiles, le 4 novembre 2017, à Bonn, en Allemagne. | Sascha Schuermann / AFP
Une affiche «Ne jamais faire confiance à une COP» (en anglais, «cop» signifie également «policier») a été collée sur une publicité, en marge d'une Marche pour le climat contre les énergies fossiles, le 4 novembre 2017, à Bonn, en Allemagne. | Sascha Schuermann / AFP

Cela fait trente ans que le sommet de Rio a signé la reconnaissance officielle d'un dérèglement climatique lié à l'activité humaine, et a conséquemment donné aux pays industrialisés la responsabilité de lutter contre ce phénomène. Ratifié par 197 parties (196 États et l'Union européenne), ce sommet a inauguré la mise en place de «Conférences des parties» (COP) régulières, où les signataires se rendent chaque année pour prendre des mesures visant à endiguer le réchauffement climatique.

Trente ans plus tard, alors que la crise climatique est proche d'avoir atteint le point de non-retour, quels ont été les points forts et les points faibles des COP successives?

1995: Berlin

C'est la capitale allemande qui abrite la première Conférence des parties, et fixe le format des COP à venir. Elle se donne pour mission de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en fixant des objectifs chiffrés pour chaque pays et région des parties ayant ratifié la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

1997: Kyoto

La COP3, qui se déroule au Japon, est un tournant majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique: pour la première fois, un traité juridiquement contraignant est mis en place, le protocole de Kyoto, qui vise principalement à encadrer les émissions de CO2. Le but est de réduire d'au moins 5% les émissions de gaz à effet de serre dans cinquante-cinq pays industrialisés à l'horizon 2012, par rapport aux niveaux relevés en 1990. Les pays en développement, eux, sont autorisés à poursuivre l'augmentation de leurs émissions.

Mais le Congrès des États-Unis refuse à l'unanimité de ratifier le protocole, considérant que cela freinerait l'économie du pays, qui représente l'un des plus gros émetteurs du monde. Les négociations se poursuivent les années suivantes, mais les États-Unis continuent d'opposer un barrage politique au traité.

Les membres des délégations d'environ 170 pays écoutent un discours lors de la session d'ouverture de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques visant à fixer des réductions juridiquement contraignantes des émissions de gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement climatique, le 1er décembre à Kyoto. | Toru Yamanaka / AFP

2004: Buenos Aires

La Russie sort du bois pour sauver le protocole de Kyoto, offrant de signer ce dernier en contrepartie de l'acceptation de son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce. Elle permet ainsi au protocole d'entrer en vigueur, bien que les États-Unis y restent opposés. Mais l'opposition de ces derniers et de la Chine, qui augmentent leurs production de carbone dans les années 2000, limite l'impact du protocole: alors même que la plupart des États signataires respectent leur engagement, il n'a que peu d'effet sur les émissions mondiales. La Chine passe au premier rang mondial des émissions de gaz à effet de serre.

2006: Bali

Les Nations unies ont bien compris que le protocole de Kyoto était largement insuffisant, et qu'il leur fallait trouver un nouveau plan de lutte. Les négociations visant à impliquer tous les pays sont tendues, et marquées par l'obstination persistante des États-Unis, dirigés par George W. Bush, à refuser tout accord.

Alors que les discussions se poursuivent bien au-delà de l'échéance du vendredi et que les États-Unis réclament un plus gros engagement de la part des pays en développement, Kevin Conrad, l'un des délégués représentant la Papouasie-Nouvelle-Guinée, leur rétorque: «Nous demandons votre leadership, nous cherchons votre leadership, mais si pour une raison ou une autre, vous n'êtes pas prêts à diriger, alors laissez-nous le faire. S'il vous plaît, laissez-nous le champ libre.» En réaction, la délégation américaine finit par accepter de signer la feuille de route de Bali... qui vise à signer un accord sur les émissions avant la fin de 2009.

2009: Copenhague

La COP15 de Copenhague, au Danemark, charriait de grands espoirs, et son échec n'en a été que plus marquant. Alors qu'elle était censée permettre la négociation d'un nouvel accord remplaçant le protocole de Kyoto, quelques mois avant le sommet, les responsables danois ont tâché de tempérer les attentes en précisant qu'on n'en ressortirait qu'avec une «déclaration politique». Même cette maigre ambition fut mise à mal.

La Chine et les États-Unis se sont, une fois de plus, refusés à signer tout accord contraignant relatif à la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Le seul accord trouvé, dépourvu de dates-butoirs et d'objectifs quantitatifs, fut le souhait de limiter le réchauffement climatique planétaire à 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, «aussi tôt que possible».

2010: Cancún

Au terme de douze jours de négociations houleuses, la COP16 est parvenue à sauver ce qu'il restait de légitimité aux COP, après des années de patinage. Les plans d'action ont été revus, comme le résumait à l'époque l'ambassadeur français chargé du climat, Brice Lalonde: «Ce n'est pas à l'ONU que se décide la lutte contre le changement climatique: c'est sur le terrain, dans chaque pays, sous l'impulsion de la société civile; les Nations unies ne peuvent qu'entériner l'ensemble de ces politiques». Plutôt que d'imposer des résolutions communes litigieuses, chaque pays notifiera donc ce qu'il est prêt à faire.

L'objectif des 2°C reste d'actualité, et le sommet marque notamment la création d'un Comité de l'adaptation au changement climatique, censé aider les pays les plus pauvres.

2011: Durban

La position des Nations unies, incapables d'imposer un traité juridiquement contraignant de lutte contre le réchauffement climatique, reste fragile. La feuille de route portée par Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action climatique, permet toutefois de s'acheminer vers le futur accord de Paris.

À un an de l'échéance de la première période d'engagements du protocole de Kyoto, l'Union européenne, qui fait face aux réticences de la Chine et l'Inde, réunit une coalition de pays développés et en développement, et finit par arracher des déclaration d'intention communes: le protocole de Kyoto sera prolongé, un «fonds vert» destiné à aider les pays en développement à faire face au réchauffement climatique sera créé, et une procédure de négociations, la Plate-forme de Durban, devra élaborer un engagement juridique s'appliquant à tous les États signataires.

2015: Paris

La COP21 marque un moment historique, avec l'adoption de l'Accord de Paris, qui inaugure pour la première fois un traité international juridiquement contraignant, visant à limiter le réchauffement climatique à un niveau inférieur à 2°C, de préférence à 1,5°C, par rapport au niveau préindustriel. La promesse de 100 milliards de dollars faite aux pays pauvres lors de la COP de Copenhague y fut également réaffirmée.

Toutefois, comme le souligne déjà à l'époque une partie de la communauté scientifique, les engagements pris demeurent insuffisants pour atteindre les objectifs de température fixés.

2021: Glasgow

Alors que les engagements pris lors de l'Accord de Paris sont insuffisants, l'objectif de la COP26, retardée d'un an à cause de la pandémie de Covid-19, est de fixer des règles plus strictes pour maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C.

Les pays signataires reconnaissent l'urgence climatique et la nécessité d'accélérer la lutte «en cette décennie critique», prévoyant notamment une réduction progressive du charbon et une sortie des subventions des combustibles fossiles, ainsi que l'arrêt de la déforestation d'ici 2030. Encore une fois, l'assurance d'une aide financière en faveur de l'action climatique destinée aux pays en développement est renouvelée, les 100 milliards de dollars promis n'ayant toujours pas été versés.

Au terme du sommet écossais, António Guterres, Secrétaire général des Nations Unies, déplore les avancées toujours trop timides de ces conférences: «Les textes approuvés constituent un compromis. Ils reflètent les intérêts, les situations, les contradictions et le degré de volonté politique dans le monde d’aujourd’hui. Ils marquent des étapes importantes, mais malheureusement, la volonté politique collective n’a pas été suffisante pour surmonter certaines contradictions profondes.»

2022: Charm el-Cheikh

C'est en Égypte que devrait se tenir la prochaine COP. Dans le contexte de la guerre en Ukraine et de l'envolée des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, la sécurité énergétique sera au cœur des discussions, et surtout des tensions diplomatiques.

Sans une refonte radicale du modèle énergétique, les petits pas de souris réalisés COP après COP ne suffiront pas à lutter contre un réchauffement climatique dont les effets désastreux devraient arriver bien plus tôt que prévu.

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