Et si la Belgique redevenait politiquement unie?
Comment en finir avec les crises politiques à répétition? Pour certains, la solution ne passe pas par moins d'Etat belge, mais au contraire, par plus d'Etat fédéral, voire un peu de centralisation.
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Ils sont souvent surnommés les «Belgicains» ou les «nostalgiques de la Belgique de papa». Car il y a bien longtemps, avant les cinq réformes de l'Etat (qui ont commencé dans les années 60 et la sixième est à l'étude), la Belgique était un Etat unitaire fort, qui ne déléguait que de légers pouvoirs aux provinces. Aujourd'hui, les choses sont bien différentes, puisque l'Etat est devenu fédéral, et que le vrai pouvoir se trouve entre les mains des Communautés linguistiques (Néerlandophone et Francophone) et à moindre égard, des Régions (Flandres, Wallonie et Bruxelles-Capitale). Certains partis défendent pourtant l'idée que pour rendre la Belgique de nouveau gouvernable, il faudra passer par une reconstruction de l'Etat central, quitte à supprimer Provinces et Communautés.
Redonner ses lettres de noblesse au fédéral
Formation toute récente (juste six mois), le Parti Populaire (PP - à droite de l'échiquier politique) se positionne ouvertement contre la tendance des partis actuels ayant une vision communautaire de la politique. Il souhaite bouleverser cette façon de travailler en devenant un parti fédéral — ce qui serait une première depuis les années 70 — et de proposer une offre politique globale aux Belges des deux côtés de la frontière linguistique. Car une des particularités du système politique belge est l'inexistence de partis nationaux. Ils sont tous régionalisés. Soit francophone, soit néerlandophone. Et même entre partis jumeaux de même obédience politique, il n'existe que peu d'échanges, à l'exception notable des Ecolo et Groen!. Cela explique en partie l'incompréhension entre les deux communautés qui développent leur propre champ politique.
«Pour ces élections, nous n'avons pu présenter des listes qu'en Wallonie et à Bruxelles, par manque de moyens, considère Mischaël Modrikamen, co-Président du mouvement, souvent qualifié de “Sarkozy belge” pour ses prises de positions. Mais aux prochaines élections, il est certain que si nous le pouvons, nous serons partout. Notre volonté est clairement de devenir le premier parti fédéral de Belgique, car il n'est pas question d'en finir avec la Belgique, qui est un Etat viable, avec une valeur ajoutée».
Et pas question de revenir à la Belgique de papa, la réalité n'est plus la même, assure-t-il:
Ce qu'il faut, c'est rendre notre pays plus efficace en renouvelant notre fédéralisme. Vous saviez que nous avons 534 députés et 5000 attachés de cabinet pour 10 millions d'habitants ? Un record. En plus concret, il faudrait supprimer les Provinces et les Communautés, et répartir leurs compétences entre les Régions et le fédéral.
Parmi leur proposition phare, la création d'une circonscription électorale fédérale. Ainsi, une proportion des députés seraient élus par l'ensemble des citoyens belges, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui puisque les votes se font par communauté. Avec cette disposition, une partie de la classe politique serait ainsi forcée à tenir des discours à dimension nationale et d'aller faire campagne partout relançant la dynamique fédérale. Cette idée avait été lancée par un groupe de réflexion, le Groupe Pavia, et a été depuis soutenue par de nombreux politiciens, dont l'ancien Premier ministre belge et actuel Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.
Juger les coupables?
Beaucoup plus tranché dans sa position et ouverture unitariste, le Président du parti Belgische Unie/Union Belge (BUB), Hans Van Der Cauter, ne mâche pas ses mots: «Le fédéralisme n'a rien apporté de bon à la Belgique et ces élections ne changeront rien. Ce qu'il faut, c'est revenir sur toutes les réformes depuis les années 70 et rebâtir un Etat unitaire basé sur nos 9 provinces».
Créé en 2002, il reste une formation marginale dans le paysage politique belge. «Le problème est toujours le même : l'accès aux médias. Les partis traditionnels et le système nous bloquent, alors qu'un grand nombre de Belges, silencieux, en ont assez de ces querelles de politiciens et veulent que ce cirque s'arrête».
Depuis le début de la crise politique, Hans Van Der Cauter assure recevoir de plus en plus de demandes d'adhésion «de tout le pays, de toutes les communautés, de tous les âges, en particuliers des jeunes. Alors que souvent, nous sommes taxés de passéistes, il semblerait que même la jeunesse qui n'a pas connu la Belgique unitaire, se reconnait dans nos valeurs d'unité». Le BUB considère ces élections comme un moment clé, qui devrait lui permettre de décoller (habituellement, il récolte 1% des voix là où il se présente).
Outre la réforme des institutions, le BUB demande que soient jugés les responsables des réformes de l'Etat et de la mise en place du système existant, qu'ils considèrent comme «un crime contre l'humanité. Ces gens ont créé un apartheid et favorisé la haine entre deux communautés. Ils ne devront pas forcément aller en prison, mais au moins être symboliquement sanctionnés, payer des amendes, des dommages et intérêts».
La difficulté de présenter des candidats
Le courant des unitaristes, si petit qu'il soit, est morcelé. En mars 2008, des dissidents du BUB ont créé l'Alliance Belge, principalement implantée en Flandres. Les raisons de cette division ne semblent pas venir de divergences fondamentales sur le fond, mais plutôt sur les désaccords personnels. En dehors de l'aspect institutionnel, aussi bien le BUB que l'Alliance Belge se définissent comme des partis centristes. Mais aucun compromis n'a pu être trouvé pour permettre la création de listes communes.
Cette dispersion ne facilite pas leur tâche. Conséquence de quoi, l'Alliance belge ne sera pas représentée aux prochaines élections. Kathleen Kerckvoorde, Présidente de la section de Flandre orientale du parti explique qu'en raison de la rapidité avec laquelle les élections ont été organisée, cela ne leur laissait que
cinq jours, week-end inclus, pour rassembler 500 signatures de citoyens par arrondissement et les faire valider pour pouvoir se présenter à la Chambre des représentants, et 5000 pour le Sénat. Nous n'avons pas réussi. Nous avons très peu de moyens car nous ne touchons aucun subside de l'Etat. L'autre solution pour la Chambre aurait été de récolter la signature venant de trois députés ou deux sénateurs, mais aucun ne veut prêter son nom à un parti unitaire. Ils ne veulent pas de nous dans le débat politique puisque nous allons contre leur système.
Selon les derniers sondages, le courant unitariste ne semble absolument pas profiter de cette nouvelle crise politique. Le BUB ne décolle pas de ses habituels 1%. Seul le PP fait mieux, avec 8,8% d'intentions de vote à Bruxelles et 4,1% en Wallonie. A l'inverse, en Flandre, c'est la Nouvelle Alliance Flamande (NVA), parti ouvertement indépendantiste, qui est donnée vainqueur avec 26% des voix. L'unité belge retrouvée, ce n'est pas pour demain...
Jean-Sébastien Lefebvre
Photo: Manifestation pour l'unité de la Belgique, le 16 mai 2010. REUTERS/Thierry Roge
Pour en savoir un peu plus sur la crise belge
Mis à jour le 13/06/2010 à 15h19

















































Quelques informations complémentaires pour les non-belges qui cherchent à comprendre quel est réellement le problème qui se pose dans ce petit pays.
Les Flamands sont un peuple où une certaine partie de la population se considère comme étant supérieure au peuple Wallon.
Ils seraient des gens du Nord, sérieux, honnêtes et travailleurs, et leurs impôts serviraient à subvenir aux besoins d'une population du Sud, composée de dilettante, paresseux et fraudeurs.
La situation matérielle et financière actuelle semble leur donner raison, puisque leur économie, entrainée notamment par le port d'Anvers, est plus prospère que celle de la Wallonie, qui a beaucoup de difficultés à se remettre du démantèlement d'une industrie basée sur le charbon et l'acier.
L'avenir pourrait faire évoluer ce schéma, avec entre autres le taux de natalité très bas en Flandre qui pourrait assez rapidement leur causer des problèmes de main d'œuvre et de paiement des retraites.
Le plus raisonnable serait de laisser ces orgueilleux prendre leur indépendance, ce qui leur accorderait la satisfaction de pouvoir se contempler à loisir dans leur miroir.
Il y a longtemps que ce serait fait s'il n'y avait le problème de la ville de Bruxelles et de sa périphérie.
Une autre particularité de la Culture flamande est qu'à leur yeux il y a un "droit du sol" : un territoire aurait des droits propres ("sacrés") qui seraient indépendants et surpasseraient complètement les droits des êtres humains qui l'occupent.
Bruxelles est géographiquement enclavé en territoire flamand.
Sa population, notamment à cause de la natalité, est appelée assez rapidement, si ce n'est pas déjà le cas dans certains quartiers (arrondissements), à devenir majoritairement composée d'immigrants originaires du Maroc et du Congo (ex-belge).
Pour le reste, elle est constituée de belges parlant français, de fonctionnaires européens et d'une infime minorité de belges parlant flamand. En fait, de nombreux habitants de la Flandre viennent tous les jours y travailler, mais ils rentrent chez eux le soir.
Comme bien évidemment, les Flamands souhaitent former une population ethniquement pure, ils n'insistent pas trop pour emporter Bruxelles avec eux en cas de séparation, même si actuellement ils désignent cette ville comme étant la "Capitale de la Flandre".
Le marchandage actuel ne concerne en fait que quelques communes de la banlieue, qui font partie historiquement du territoire flamand, mais dans les années soixante il a été permis à des belges parlant français de venir y habiter et de bénéficier d'un certain nombre de "facilités", dont celle d'y trouver pour leurs enfants des écoles où on parle français.
Certaines de ces communes sont à présent peuplées à 85% de gens parlant français, mais pour les Flamands, abandonner ce morceau de leur Patrie en échange de leur Indépendance est un déchirement que les Français qui connaissent le rôle qu'ont joué l'Alsace et la Lorraine dans leur histoire devraient pouvoir comprendre.
On pourrait faire d'autres comparaisons, avec les situations que l'on connait en Israël, au Québec, au Cambodge ou au Rwanda, ou en ex-Yougoslavie, mais il est à l'honneur des Belges d'avoir été jusqu'à présent capables d'éviter la tentation du "nettoyage ethnique" . Pourvu que cela dure et qu'ils trouvent enfin un compromis raisonnable....
Un Belge m'a expliqué un jour que son pays, par sa position géographique et par sa composition hétérogène était le carrefour de l'Europe. L'histoire semblait lui avoir donné raison avec la création de l'UE basé à Bruxelles.
Mais le problème c'est que les carrefours sont des endroits où l'on tourne en rond avant de partir, chacun, dans sa direction préférée!
Et la Belgique aujourd'hui est devenue le pire exemple de ce qui ne faut pas faire en Europe. Au lieu de se fédérer, créant une espace adéquate pour chaque communauté, on crée des divisions culturelles et linguistiques qui date d'une autre ère.
L'Europe est trop petit, trop interdépendant, trop polyglotte pour pouvoir s'offrir le luxe de rester désunie face au géants du monde d'aujourd'hui. Que l'on reconnaisse le droit à l'existence des différentes cultures certes mais celles-ci n'ont aucunement besoin des frontières aux sein de l'Europe pour exister.
L'histoire, même récente, de tous les grands pays de l'Europe fournit la preuve – la France, la Grande Bretagne et plus récemment l'Allemagne et l'Italie.
Il est vrai que la langue fournit une barrière supplémentaire. Mais ce n'est pas une barrière infranchissable à l'unité – voir la Bretagne, ou le Pays de Galles sans parler de la Suisse.
Quant aux Irlandais ils ont trouvé la solution qui consiste à parler mieux la langue de leurs anciens maitres que les Anglais eux-mêmes!
Il sera dommage et rétrograde que les deux communautés belges choisissent cette période difficile pour replonger dans le 19e siècle. Les Tchèques et les Slovaks n'ont pas trouvé leur bonheur en se séparant il y a quelques années. Deux peuples séparés, comme dirait Churchill, par un langage commun.
Pour se rendre compte de la réalité de Belgique il vaux mieux être un francophone
non belge (français ou canadien) et aller travailler/habiter dans les 3 régions de Belgique. Et si possible parler un peu flamand. C'est ce que j'ai fait.
Il y a moins de 10 ans des francophones pouvaient passer toute leur vie à Gand ou Anvers
sans aucun pb (ça change un peu). Il est même possible d'écrire en Français aux administrations
en Français à Coutrai Gand ou Anvers et d'avoir des réponses ! A Anvers les juifs fondamentalistes parlent Français.
Courtrai attire sans problème les frontaliers francophones du Nord de la France.
C'est une rancoeur belgo-belge pas ethnique. Bart de Wever affirme même que son
meilleur ami est francophone. Vrai ou faux, il peut le dire sans inconvénient politique.
Le prétexte linguistique prend sa source ou est entrenu par une histoire de pognon.
En Flandres, j'ai rencontré des francophones qui votaient Vlams Belang et maintenant NVA.
(jamais PS). Dans les maisons c'est “fainéant de Wallons”. Cette vision privée est ultra majoritaire.
La Flandre est très à droite et le Sud très à gauche.
Logiquement les francophones Belges n'aiment pas les flamands mais par intérêt ils refusent de couper la sécurité sociale et l'emploi (20% de chomage en Wallonie/Bruxelles – 7% en Frandres)
C'est à ce niveau qu'à mon avis ils se déconsidèrent. Difficile de ne pas pas passer pour des profiteurs. Le PS belge est même royaliste.
Un flamand c'est un truc comme 130% - base 100 du PIB belge. Une des régions les plus riche du monde. Epargne record du monde rien qu'en Belgique. Sans compter l'économie souterraine (diamant, port, holding ...).
On retrouve le même phénomène en Italie du nord, Catalogne ... L'écosse avec le pétrole ...
Quant à l'Alsace Moselle en France, elle a aussi une sécu indépendante. Politiquement
les Alsaciens sont d'ailleurs très proches des flamands.
Tant que les budgets ne seront pas séparés le bazar va continuer.