Monde

Et si la Belgique redevenait politiquement unie?

Jean-Sébastien Lefebvre, mis à jour le 13.06.2010 à 15 h 19

Comment en finir avec les crises politiques à répétition? Pour certains, la solution ne passe pas par moins d'Etat belge, mais au contraire, par plus d'Etat fédéral, voire un peu de centralisation.

Ils sont souvent surnommés les «Belgicains» ou les «nostalgiques de la Belgique de papa». Car il y a bien longtemps, avant les cinq réformes de l'Etat (qui ont commencé dans les années 60 et la sixième est à l'étude), la Belgique était un Etat unitaire fort, qui ne déléguait que de légers pouvoirs aux provinces. Aujourd'hui, les choses sont bien différentes, puisque l'Etat est devenu fédéral, et que le vrai pouvoir se trouve entre les mains des Communautés linguistiques (Néerlandophone et Francophone) et à moindre égard, des Régions (Flandres, Wallonie et Bruxelles-Capitale). Certains partis défendent pourtant l'idée que pour rendre la Belgique de nouveau gouvernable, il faudra passer par une reconstruction de l'Etat central, quitte à supprimer Provinces et Communautés.

Redonner ses lettres de noblesse au fédéral

Formation toute récente (juste six mois), le Parti Populaire (PP - à droite de l'échiquier politique) se positionne ouvertement contre la tendance des partis actuels ayant une vision communautaire de la politique. Il souhaite bouleverser cette façon de travailler en devenant un parti fédéral — ce qui serait une première depuis les années 70 — et de proposer une offre politique globale aux Belges des deux côtés de la frontière linguistique. Car une des particularités du système politique belge  est l'inexistence de partis nationaux. Ils sont tous régionalisés. Soit francophone, soit néerlandophone. Et même entre partis jumeaux de même obédience politique, il n'existe que peu d'échanges, à l'exception notable des Ecolo et Groen!. Cela explique en partie l'incompréhension entre les deux communautés qui développent leur propre champ politique.

«Pour ces élections, nous n'avons pu présenter des listes qu'en Wallonie et à Bruxelles, par manque de moyens, considère Mischaël Modrikamen, co-Président du mouvement, souvent qualifié de “Sarkozy belge” pour ses prises de positions. Mais aux prochaines élections, il est certain que si nous le pouvons, nous serons partout. Notre volonté est clairement de devenir le premier parti fédéral de Belgique, car il n'est pas question d'en finir avec la Belgique, qui est un Etat viable, avec une valeur ajoutée».

Et pas question de revenir à la Belgique de papa, la réalité n'est plus la même, assure-t-il:

Ce qu'il faut, c'est rendre notre pays plus efficace en renouvelant notre fédéralisme. Vous saviez que nous avons 534 députés et 5000 attachés de cabinet pour 10 millions d'habitants ? Un record. En plus concret, il faudrait supprimer les Provinces et les Communautés, et répartir leurs compétences entre les Régions et le fédéral.

Parmi leur proposition phare, la création d'une circonscription électorale fédérale. Ainsi, une proportion des députés seraient élus par l'ensemble des citoyens belges, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui puisque les votes se font par communauté. Avec cette disposition, une partie de la classe politique serait ainsi forcée à tenir des discours à dimension nationale et d'aller faire campagne partout relançant la dynamique fédérale. Cette idée avait été lancée par un groupe de réflexion, le Groupe Pavia, et a été depuis soutenue par de nombreux politiciens, dont l'ancien Premier ministre belge et actuel Président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Juger les coupables?

Beaucoup plus tranché dans sa position et ouverture unitariste, le Président du parti Belgische Unie/Union Belge (BUB), Hans Van Der Cauter, ne mâche pas ses mots: «Le fédéralisme n'a rien apporté de bon à la Belgique et ces élections ne changeront rien. Ce qu'il faut, c'est revenir sur toutes les réformes depuis les années 70 et rebâtir un Etat unitaire basé sur nos 9 provinces».

Créé en 2002, il reste une formation marginale dans le paysage politique belge. «Le problème est toujours le même : l'accès aux médias. Les partis traditionnels et le système nous bloquent, alors qu'un grand nombre de Belges, silencieux, en ont assez de ces querelles de politiciens et veulent que ce cirque s'arrête».

Depuis le début de la crise politique, Hans Van Der Cauter assure recevoir de plus en plus de demandes d'adhésion «de tout le pays, de toutes les communautés, de tous les âges, en particuliers des jeunes. Alors que souvent, nous sommes taxés de passéistes, il semblerait que même la jeunesse qui n'a pas connu la Belgique unitaire, se reconnait dans nos valeurs d'unité». Le BUB considère ces élections comme un moment clé, qui devrait lui permettre de décoller (habituellement, il récolte 1% des voix là où il se présente).

Outre la réforme des institutions, le BUB demande que soient jugés les responsables des réformes de l'Etat et de la mise en place du système existant, qu'ils considèrent comme «un crime contre l'humanité. Ces gens ont créé un apartheid et favorisé la haine entre deux communautés. Ils ne devront pas forcément aller en prison, mais au moins être symboliquement sanctionnés, payer des amendes, des dommages et intérêts».

La difficulté de présenter des candidats

Le courant des unitaristes, si petit qu'il soit, est morcelé. En mars 2008, des dissidents du BUB ont créé l'Alliance Belge, principalement implantée en Flandres. Les raisons de cette division ne semblent pas venir de divergences fondamentales sur le fond, mais plutôt sur les désaccords personnels. En dehors de l'aspect institutionnel, aussi bien le BUB que l'Alliance Belge se définissent comme des partis centristes. Mais aucun compromis n'a pu être trouvé pour permettre la création de listes communes.

Cette dispersion ne facilite pas leur tâche. Conséquence de quoi, l'Alliance belge ne sera pas représentée aux prochaines élections. Kathleen Kerckvoorde, Présidente de la section de Flandre orientale du parti explique qu'en raison de la rapidité avec laquelle les élections ont été organisée, cela ne leur laissait que

cinq jours, week-end inclus, pour rassembler 500 signatures de citoyens par arrondissement et les faire valider pour pouvoir se présenter à la Chambre des représentants, et 5000 pour le Sénat. Nous n'avons pas réussi. Nous avons très peu de moyens car nous ne touchons aucun subside de l'Etat. L'autre solution pour la Chambre aurait été de récolter la signature venant de trois députés ou deux sénateurs, mais aucun ne veut prêter son nom à un parti unitaire. Ils ne veulent pas de nous dans le débat politique puisque nous allons contre leur système.

Selon les derniers sondages, le courant unitariste ne semble absolument pas profiter de cette nouvelle crise politique. Le BUB ne décolle pas de ses habituels 1%. Seul le PP fait mieux, avec 8,8% d'intentions de vote à Bruxelles et 4,1% en Wallonie. A l'inverse, en Flandre, c'est la Nouvelle Alliance Flamande (NVA), parti ouvertement indépendantiste, qui est donnée vainqueur avec 26% des voix. L'unité belge retrouvée, ce n'est pas pour demain...

Jean-Sébastien Lefebvre

Photo: Manifestation pour l'unité de la Belgique, le 16 mai 2010. REUTERS/Thierry Roge

Pour en savoir un peu plus sur la crise belge

 

Jean-Sébastien Lefebvre
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