Santé / Monde

Au Japon, un hôpital permet aux femmes qui n'ont pas pu avorter d'accoucher anonymement

Temps de lecture : 2 min

Face aux lois restrictives sur l'avortement qui ont des conséquences parfois dramatiques, un gynécologue a ouvert un service spécialisé dans les accouchements sous X.

Si ce service a le mérite d'exister, certains spécialistes estiment qu'il présente tout de même ses défauts. | Christian Bowen via Unsplash
Si ce service a le mérite d'exister, certains spécialistes estiment qu'il présente tout de même ses défauts. | Christian Bowen via Unsplash

Ce n'est pas tous les jours faciles d'être une femme au Japon. Les mères célibataires sont souvent méprisées, les parents rejettent parfois leur fille si elle tombe enceinte sans être mariée, et les avortements sont soumis à des lois plus que restrictives.

Les femmes doivent, par exemple, obtenir l'approbation de leur partenaire pour mettre fin à une grossesse. Selon de nombreux militants, cette contrainte présente dans seulement onze pays au monde bafoue les droits reproductifs des Japonaises.

Beaucoup de femmes se retrouvent alors dans l'obligation de mener leur grossesse à terme, même si cette dernière est non désirée. Comme le rappelle Vice, ces lois strictes ont déjà entraîné des conséquences dramatiques. Dans certains cas, le désespoir des femmes est tel qu'il les pousse à abandonner leur nouveau-né, ou pire. En 2019, une jeune Japonaise a ainsi étouffé son bébé dans les toilettes d'un aéroport.

C'est pour éviter que ce genre de drame ne se reproduise que Takeshi Hasuda, un gynécologue du Jikei Hospital à Kumamoto, au sud-ouest du pays, a décidé d'ouvrir le premier service hospitalier dédié aux grossesses non désirées.

Ce dernier «permet aux femmes d'accoucher en toute confidentialité et de mettre leurs nouveau-nés en adoption», décrit Vice. En mai, l'hôpital a accueilli son deuxième bébé né sous X. «La mère nous a dit que si elle n'avait pas eu la possibilité d'accoucher de manière anonyme, elle se serait probablement suicidée avec le bébé», confie le spécialiste.

Des limites

Hasuda explique avoir créé son service en s'inspirant du système de santé allemand, qui autorise les femmes à accoucher anonymement à l'hôpital et qui vient en aide à bon nombre de celles qui ne peuvent s'occuper de leur nouveau-né.

À l'heure où Vice rédigeait son article, au moins huit femmes avaient déjà contacté le gynécologue pour bénéficier de ses services. Selon les informations récoltées par le média, toutes ces femmes se trouvaient dans des relations abusives ou avaient une déficience intellectuelle ne leur permettant pas d'élever un enfant.

«Même avant qu'elles ne tombent enceintes, elles étaient confrontées à des difficultés extrêmes, témoigne le médecin. Ces femmes n'ont pas l'impression d'avoir le choix en la matière –accoucher de manière anonyme est la seule chose qu'elles peuvent faire aujourd'hui.»

Si ce sytème a le mérite d'exister, il a néanmoins ses défauts. D'abord parce que l'hôpital ne propose pas de suivi psychologique après l'accouchement sous X. Or, «ce dont ces femmes ont aussi vraiment besoin, c'est d'un soutien après l'accouchement», souligne Kanako Inaba, également gynécologue. «Au lieu de cela, elles partent sans même laisser leur nom.» Surtout, en proposant une solution à cette étape de la grossesse, ce service ne traite pas le problème des limites de l'avortement au Japon.

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