Monde

En Inde, des nationalistes vénèrent l'homme qui a tué Gandhi

Temps de lecture : 2 min

Des statues, temples et monuments commémoratifs ont été érigés en son honneur.

Le père du mouvement pour l'indépendance de l'Inde et l'une de ses figures les plus importantes, Mahatma Gandhi, a été tué par balles le 30 janvier 1948. | Ishant Mishra via Unsplash
Le père du mouvement pour l'indépendance de l'Inde et l'une de ses figures les plus importantes, Mahatma Gandhi, a été tué par balles le 30 janvier 1948. | Ishant Mishra via Unsplash

Imaginez qu'aux États-Unis, on célèbre un beau jour John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln. C'est une projection pour le moins étonnante, n'est-ce pas? Pourtant, un phénomène plus ou moins comparable est en train de se produire en Inde.

Le père du mouvement pour l'indépendance du pays et l'une de ses figures les plus importantes, Mahatma Gandhi, a été assassiné le 30 janvier 1948. Son tueur, Nathuram Godse, est désormais célébré par une partie de la population comme un martyr et un patriote. The Atlantic s'est intéressé à cet étrange phénomène venu entre autres de certains membres du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti du Premier ministre indien, Narendra Modi.

Des statues ont été érigées en l'honneur de Nathuram Godse, et des groupes tels que le parti politique nationaliste Hindu Mahasabha fêtent même son anniversaire le 19 mai. Cette figure est inextricablement liée au nationalisme hindou: Godse souscrivait de son vivant aux thèses de Vinayak Damodar Savarkar, dont l'idéologie liait l'identité indienne à la foi hindoue. L'assassin de Gandhi était également membre d'une organisation paramilitaire nationalise: Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Leur vision s'opposait à la conception séculaire et inclusive du pays prônée par Gandhi.

Nationalisme hindou

Il y a quelques décennies, vénérer de la sorte publiquement ce personnage était impensable. Après l'assassinat de Gandhi, Godse et ses co-conspirateurs ont été condamnés pour trahison. Kapil Komireddi, l'auteur de Malevolent Republic – A Short History of the New India, commente: «En tuant le père de la nation, Godse était perçu comme diabolique et comme un monstre.» Le RSS à l'époque avait d'ailleurs été banni temporairement.

Mais dans les années 1980, sa branche politique, le BJP actuellement au pouvoir, a été créé. «Avant cela, aucun indien respectable ne voulait toucher au RSS», relate l'historienne Audrey Truschke, de l'Université Rutgers. Depuis, le nationalisme hindou a commencé à imprégner la société indienne, culminant avec l'élection de Modi en 2014. Ce dernier continue de rendre hommage à Gandhi, qui reste la première figure du soft power indien, mais ses politiques nationalistes hindoues sont en réalité plus proches des idées de Godse.

Dhirendra K. Jha, auteur d'un livre sur l'assassin, explique que loin d'être profondément croyant ou patriote, ce dernier était surtout loyal au RSS et à ses objectifs extrémistes. «Aujourd'hui, il est présenté comme un nationaliste, observe-t-il. Comme quelqu'un qui était réellement intéressé par les intérêts de la communauté hindoue. La réalité était complètement différente.»

Malheureusement, la question de la véritable identité de celui qui est resté célèbre pour avoir tué Gandhi n'est pas si importante: Godse est aujourd'hui avant tout un symbole politique reflétant la radicalisation grandissante de certains nationalistes en Inde.

Newsletters

Nous ne nous soucions déjà plus de la guerre en Ukraine

Nous ne nous soucions déjà plus de la guerre en Ukraine

Le pays du président Zelensky a pourtant besoin de notre attention. Et de notre soutien.

Aux États-Unis, le mur de séparation entre l'Église et l'État va-t-il céder?

Aux États-Unis, le mur de séparation entre l'Église et l'État va-t-il céder?

Les récentes décisions laissent entrevoir la possibilité pour les États fédérés d'établir une religion officielle ou de financer un culte. C'est ce que réclame America First Legal, association d'anciens officiels de Trump.

Au Nigeria, près d'une centaine de personnes ont attendu des mois la venue du Christ dans le sous-sol d'une église

Au Nigeria, près d'une centaine de personnes ont attendu des mois la venue du Christ dans le sous-sol d'une église

Finalement, c'est la police qui est venue.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio