Culture

«Guacamole Vaudou», rencontre au sommet entre Fabcaro et Éric Judor

Temps de lecture : 2 min

Pour leur première collaboration, les deux artistes signent un roman-photo hilarant.

Éric Judor sur la couverture de Guacamole Vaudou, qu'il cosigne avec Fabcaro. | Éditions du Seuil  – Montage Slate.fr
Éric Judor sur la couverture de Guacamole Vaudou, qu'il cosigne avec Fabcaro. | Éditions du Seuil  – Montage Slate.fr

Des poses suggestives, des répliques ampoulées, des histoires à l'eau de rose ou à dormir debout… Dans l'imaginaire collectif, le roman-photo n'est pas seulement un genre désuet, mais un sous-genre qu'il ne faudrait même pas considérer comme un objet culturel.

Au nom de l'absurde

Une vision qui omet que l'âge d'or du roman-photo a aussi été l'occasion de quelques sommets gothiques et autres détournements géniaux du côté de Hara-Kiri ou des Nuls. Alors, lorsque les éditions du Seuil sortent un roman-photo signé Fabcaro et Éric Judor et nommé Guacamole vaudou, il y a de quoi être excité.

Notons au passage que ce n'est pas la première fois que l'auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï, bande dessinée au succès immense récemment adaptée au cinéma, montre un certain goût pour ce drôle de genre détournable à souhait. Son album Et si l'amour c'était aimer? reprenait des cases de romans-photos déjà existantes; et son dernier ouvrage en date, Moon River, consacrait également deux pages à l'exercice. Mais l'idée d'un roman-photo mettant en scène Éric Judor est à mettre au crédit de l'éditrice Nathalie Fiszman, à qui l'humoriste-réalisateur a ensuite soufflé le nom de Fabcaro pour l'écriture.

Le moment de bonheur et de respiration qu'il nous offre n'est finalement pas sans rappeler les origines du genre.

Ainsi est né Guacamole Vaudou, soit l'histoire de Stéphane Chabert, publicitaire mais surtout loser méprisé dès qu'il ouvre la bouche, en tout cas jusqu'à ce qu'il décide de se prendre en main en s'inscrivant à un stage vaudou. L'histoire, on s'en doute, n'a rien de révolutionnaire, mais on n'est de toute façon pas là pour ça. On vient pour l'humour de Fabcaro combiné avec celui d'Éric Judor, et c'est ce qu'on trouve, sans interruption, le long de ces soixante-dix pages de pure absurdité.

Des photos qu'on entend

Clin d'œil aux seventies, ce temps béni du roman-photo, l'esthétique criarde est déjà fantastique. Tout y passe: perruques extravagantes, fringues couleur terre vive ou à facettes, tapisseries psychédéliques et autres téléphones à cadrans rotatifs. Autour d'Éric Judor, un casting aux petits oignons a accepté de se montrer sous son plus beau jour: Élisabeth Quin, Alison Wheeler, David Castello-Lopes, Arthur H ou encore Hervé Le Tellier, lauréat du Goncourt 2020 mais oulipien avant tout.

On comprend vite que les modèles n'ont d'ailleurs pas été choisis par hasard, ni simplement pour leurs noms. Capable de mimiques plus subtiles qu'il n'y paraît et magnifié par la direction artistique parfaite de Nathalie Fiszman, ce casting de choix permet au lecteur d'«entendre» chaque réplique. C'est particulièrement vrai avec Éric Judor et son phrasé bien à lui, mais la recette marche tout aussi bien lorsqu'Élisabeth Quin, en pleine auto-parodie puisqu'elle incarne une présentatrice télé, lance un «Bim, dans ta gueule» en plein débat politique.

En parlant de politique, elle est l'autre terrain de jeu de l'ouvrage avec la publicité. De quoi retrouver l'humour corrosif et débridé de Fabcaro, en parfaite harmonie avec l'absence de limite du créateur de Platane. Non pas que nous ayons ici affaire à un roman-photo à message, mais le moment de bonheur et de respiration qu'il nous offre n'est finalement pas sans rappeler les origines du genre, créé dans l'Italie d'après-guerre pour remonter le moral du pays. Et rien de mieux, aujourd'hui, qu'un Guacamole Vaudou bien pimenté pour rire bêtement et sans le moindre regret.

Guacamole Vaudou

Éric Judor et Fabcaro

Seuil

Paru le 6 mai 2022

80 pages

18,50 euros

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