Politique

Les Républicains ont-ils définitivement coulé la droite?

Temps de lecture : 4 min

À quelques semaines des élections législatives et après une présidentielle catastrophique, LR peine à mener une campagne nationale. La fin de la droite française est-elle arrivée?

Christian Jacob, futur ancien président de Les Républicains. | Geoffroy van der Hasselt / AFP
Christian Jacob, futur ancien président de Les Républicains. | Geoffroy van der Hasselt / AFP

Les Républicains (LR) est le nom choisi par Nicolas Sarkozy pour rebaptiser l'UMP, parti qu'il dirigea mais qui fut surtout le grand œuvre de Jacques Chirac et Alain Juppé, fondateur et dirigeant historique du mouvement néogaulliste RPR pour annexer l'essentiel de ce que fut l'UDF. En somme, LR est l'héritière des familles politiques de la droite républicaine, de la droite qui a gouverné le pays à partir de 1958. À l'instar du Parti socialiste (PS), autre force politique ayant gouverné le pays sous la Ve République, LR a subi lors des scrutins nationaux postérieurs à 2017 des revers majeurs mettant en cause l'existence de cette formation politique.

Défections, effacement… défaite?

La défection de Damien Abad, président du groupe LR au palais Bourbon, est révélatrice du malaise qui s'est emparé de Les Républicains. Cet ancien membre de l'UDF, centriste notoire, a choisi de devenir ministre à l'appel du président Macron. La défection en pleine campagne d'élections législatives d'un président de groupe parlementaire, se faisant de facto transfuge au profit de la majorité présidentielle, est en soi un fait politique peu encourageant pour la famille politique issue de la droite de gouvernement. Pour en prendre la mesure, imagine-t-on Charles Pasqua ou Bernard Pons, qui furent présidents du groupe RPR au Sénat et à l'Assemblée nationale, rallier les majorités de François Mitterrand?

Depuis longtemps, la droite française connaît une crise existentielle rampante.

Si LR se disloque, c'est parce que deux courants idéologiques opposés et deux familles politiques concurrentes amènent à la fracture et à l'éparpillement de ses éléments constitutifs. Pour une famille politique, la mise au rencard de son étendard n'est signe que de l'abandon de toute stratégie collective, c'est-à-dire tout simplement de toute stratégie. Les identités politiques «fortes», relativement plus cohérentes, portées par des forces politiques capables de camoufler leurs désaccords, supplantent les plus fragiles.

Le repli sur le local, l'inévitable faute

Chacun «occupé à défendre sa circonscription», devient un «pur homme de dossiers qui fait le job». Ce constat, on le retrouve avec un nuancier plus ou moins large chez des candidats aussi différents que Guillaume Larrivé (Yonne) ou Aurélien Pradié (Lot). Arguant que leur étiquette est connue –et elle l'est effectivement de leurs électeurs– ils révèlent surtout la difficulté de la droite à mener une campagne cohérente en matière de projet et de positionnement entre l'extrême droite et le pôle macroniste.

Selon Aurélien Pradié, défenseur d'une ligne traditionnellement RPR (celle de Jacques Chirac et Bernard Pons, son prédécesseur dans le Lot), la droite doit parler économie et social. Le jeune député, «numéro 2» de LR, n'a pas hésité à répudier le sarkozysme et son héritage. Pour un jeune candidat comme Guilhem Carayon, la ligne est davantage identitaire, et on peine d'ailleurs à la distinguer, dans le sillage de son père Bernard Carayon, de celle d'Éric Zemmour. Quant à Julien Aubert, député du Vaucluse, il martèle sa ligne, qu'il veut héritière de celle de Charles Pasqua et Philippe Séguin il y a un quart de siècle, et se dit intéressé par la présidence de LR.

Si la diversité est un bienfait politique lorsque la dynamique politique est là, elle devient un supplice lorsque la retraite est en passe d'être sonnée. Ailleurs, comme à Orléans, des candidats LR investis ont jeté l'éponge début mai, expliquant leur forfait par l'aporie qui frappe la droite et la forme d'incurie qui, dans le moment présent, la précipite vers l'abîme. Christian Jacob, président de LR, choisit notamment le terrain de la lutte contre l'«islamo-gauchisme» pour justifier le rôle de son parti dans la bataille électorale des législatives. Tout portait la droite vers cette situation qui, le temps passant, devenait inévitable.

Vingt ans de malfaçons dans l'édifice de la droite

Depuis longtemps, la droite française connaît une crise existentielle rampante. Ni la fusion de 2002, ni le gouvernement Raffarin, pas plus que le crépuscule chiraquien n'avaient permis de pallier le retrait de l'héritier présomptif (Alain Juppé) ou, bien davantage encore, le déficit ou le vide idéologique de la nouvelle formation, l'UMP. La crise de 2008-2009, malgré le discours de Toulon, brisa net l'élan du triomphateur de 2007, Nicolas Sarkozy.

Il manque à LR un corpus idéologique ferme et affirmé.

Comme dans beaucoup de catastrophes il y a donc, dans celle qui concerne la droite républicaine, un défaut structurel et une suite de négligences ou d'erreurs humaines. À l'origine, dans l'expérience de fusion des différentes familles de la droite de gouvernement, on trouve donc le déficit idéologique. Les erreurs humaines sont multiples: choix tactique d'affronter la gauche sur le terrain identitaire fait par Nicolas Sarkozy au moment du discours de Grenoble, affrontement Fillon-Copé, affaire Fillon

Valérie Pécresse a été victime d'une stratégie élaborée au sein de son camp visant à la faire chuter au profit d'Emmanuel Macron. Côté conservateur, François-Xavier Bellamy a ainsi demandé à Nicolas Sarkozy de clarifier sa position, le mal étant néanmoins inoculé au parti que lui-même avait dirigé, refondé et rebaptisé par l'ancien chef de l'État. La ligne conservatrice couvée un temps par Laurent Wauquiez pouvait apparaître comme un réduit stratégique dans le contexte de prise en tenaille dans lequel se trouve LR. Certains seraient tentés de penser qu'il valait mieux cette ligne qu'aucune.

Les Républicains non, la droite peut-être

Christian Jacob quittant la présidence du parti, Damien Abad parti au gouvernement et la droite «fonctionnant au chef», une nouvelle bataille pour la direction de LR va s'engager. Si Jacob affirme que Les Républicains sont de retour avec cette campagne législative, certains pourraient lui rétorquer que LR non, mais que la droite peut-être. Le pôle macroniste a notamment vu éclore Horizons, dirigé par Édouard Philippe, regroupant beaucoup plus de cadres politiques que les seuls anciens juppéistes.

Surtout, l'attractivité exercée sur l'électorat LR ou sur le centre-droit va continuer rapidement ou plus progressivement à étrangler le parti. Il manque à LR un corpus idéologique ferme et affirmé, tout comme lui font défaut une stratégie et une incarnation fortes, et l'affirmation d'une vision de long terme. Le drame pour Les Républicains est désormais que le chemin de la droite passe notamment par le pôle macroniste.

Newsletters

Quand les producteurs d'énergie appellent à la sobriété, il faut se poser des questions

Quand les producteurs d'énergie appellent à la sobriété, il faut se poser des questions

L'appel des dirigeants d'EDF, Engie et TotalEnergies à une sobriété d'urgence a fait beaucoup de bruit. Mais, pour qu'il ait un impact, il faut que les pouvoirs publics passent rapidement à l'action.

Madame Irma la Nupes

Madame Irma la Nupes

Paris Est, Paris Ouest: l'éternel clivage politique

Paris Est, Paris Ouest: l'éternel clivage politique

Cela fait cent cinquante ans que l'ouest parisien ne vote pas comme l'est. Et la gentrification de la capitale n'y a rien changé.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio