Société

Margot Heuman, lesbienne rescapée de l'Holocauste, est morte à 94 ans

Temps de lecture : 2 min

Longtemps, elle avait présenté son histoire d'amour avec Dita Neumann comme celle d'une forte amitié. C'est la rencontre avec une historienne lesbienne qui l'a poussée à affirmer son homosexualité.

Margot Heumann, décrivant sa déportation de Muenster, les conditions de voyage en train et l'arrivée à Theresienstadt en juin 1943, lors d'une interview réalisée par l'Institut de la Fondation de la Shoah de l'USC. | Yad Vashem, capture d'écran via YouTube
Margot Heumann, décrivant sa déportation de Muenster, les conditions de voyage en train et l'arrivée à Theresienstadt en juin 1943, lors d'une interview réalisée par l'Institut de la Fondation de la Shoah de l'USC. | Yad Vashem, capture d'écran via YouTube

Elle était l'une des rares survivantes de l'Holocauste à avoir témoigné de sa vie dans les camps de concentration en tant que femme lesbienne. Margot Heuman est décédée le mercredi 11 mai 2022 dans un hôpital de Green Valley, en Arizona, à 94 ans.

C'est en 1943, alors âgée de 14 ans, qu'elle est déportée avec sa famille depuis Lippstadt, en Allemagne, jusqu'à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, dans un ghetto censé être un point de passage avant les camps d'extermination.

Elle y rencontre Dita Neumann, une jeune Viennoise juive dont elle tombe amoureuse. Mais en 1944, son père, Karl Heuman, est surpris en train de voler de la nourriture, et toute la famille est envoyée à Auschwitz. Un mois plus tard, Dita et sa propre famille les rejoignent.

Survivre dans l'intimité lesbienne

Karl Heuman est tué dans le camp polonais, et son épouse, Johanna, ainsi que sa jeune fille, Lore, décèdent plus tard dans le camp de concentration de Stuffhof. Margot et Dita survivent, et après avoir été envoyées dans des camps différents, finissent par se retrouver dans un camp de travail à Hambourg.

Bien plus tard, en 1992, Margot Heuman racontera dans un témoignage enregistré pour le United States Holocaust Memorial Museum que c'est leur relation qui les a maintenues en vie: «Parce que j'ai pris soin d'un autre être humain, nous sommes parvenues à ne jamais perdre notre dignité, et sommes restés des personnes.»

Rares sont les survivants de l'Holocauste qui ont témoigné de leur expérience homosexuelle dans les camps. Longtemps, Margot Heuman a d'ailleurs présenté sa relation avec Dita comme une forte amitié, et ce n'est qu'en rencontrant la chercheuse Anna Hajkova, historienne spécialiste de la vie quotidienne et de la sexualité pendant l'Holocauste, elle-même ouvertement lesbienne, que Margot s'est décidée à réhabiliter cet amour lesbien, en 2018.

L'autre libération

Après la Libération, en 1945, Dita et Margot, qui se trouvaient alors à Bergen-Belsen, sont séparées: la première est envoyée en Angleterre, quand la seconde, souffrant de sous-nutrition et du typhus, est récupérée par la Croix-Rouge suédoise qui l'envoie à Stockholm pour être soignée. Dita et Margot refont chacune leur vie de leur côté, mais resteront amies, jusqu'à la mort de Dita, décédée d'un cancer en 2011, au Canada.

Entre-temps, Margot Heuman fini par quitter la Suède en 1947 pour rejoindre à New York le peu de famille qui lui reste. Elle y rencontre Lu Burke, amenée à devenir la rédactrice en chef du New Yorker, avec qui elle s'installe dans le West Village. Margot trouve alors un travail dans une agence de publicité, et en 1952, c'est Charles Mendelson, un comptable, qu'elle épouse et avec qui elle a deux enfants: «J'avais le sentiment que je devais à mes parents d'avoir des enfants», expliquera-t-elle. Mais «la vie est trop courte» pour s'infliger un mauvais mariage, et la voilà qui divorce en 1976.

Ce n'est qu'il y a quelques années que Margot Heuman se décide à faire son coming out auprès de ses enfants, qui reçoivent l'annonce sans surprise et avec enthousiasme.

Son histoire a déjà été adaptée en 2021 dans une pièce en un acte mise en scène par Erika Hughes, La Vie Fantastique de Margot Heuman (The Amazing Life of Margot Heuman), qui sera jouée cette année notamment à l'Université de Hambourg et au Musée juif de Vienne. Son propre témoignage sera également transmis dans le livre à paraître de l'historienne Anna Hajkova, Quartet: Sexuality, Queer Desire, and the Holocaust.

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