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Le Danemark oblige les réfugiés syriens à retourner dans un pays en guerre

Temps de lecture : 3 min

La politique d'immigration du pays est devenue de plus en plus hostile aux réfugiés ces dernières années. Des bénévoles syriens tâchent de défendre les droits de leurs compatriotes, mais leur capacité d'action demeure limitée.

Une famille de réfugiés syriens devant leur maison louée à Lundby, dans la municipalité de Vordingborg, au Danemark, le 17 novembre 2021. Leurs vies sont suspendues dans une attente interminable: la famille Alkale fait partie des centaines de réfugiés syriens au Danemark dont le permis de séjour temporaire a été révoqué, mais ils ne peuvent pas être expulsés et n'ont désormais aucun droit. | Thibault Savary / AFP
Une famille de réfugiés syriens devant leur maison louée à Lundby, dans la municipalité de Vordingborg, au Danemark, le 17 novembre 2021. Leurs vies sont suspendues dans une attente interminable: la famille Alkale fait partie des centaines de réfugiés syriens au Danemark dont le permis de séjour temporaire a été révoqué, mais ils ne peuvent pas être expulsés et n'ont désormais aucun droit. | Thibault Savary / AFP

«Zéro demandeur d'asile»: c'est l'objectif que la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, avait annoncé vouloir atteindre en 2019. Depuis, la situation des Syriens réfugiés au Danemark n'a fait qu'empirer, allant de la perte des aides jusqu'alors accordées par le gouvernement, aux menaces d'expulsion.

Dès 2019, près de 1.200 réfugiés originaires de la région de Damas –toujours sous contrôle de Bachar el-Assad– apprenaient que leur permis de séjour ne serait pas renouvelé. Allant contre la position des Nations unies, le Danemark signifiait par là qu'il jugeait la région suffisamment sûre pour organiser leur rapatriement, alors même que la Syrie demeure un terrain miné par la violence du régime, qui perpétue depuis 2011 arrestations arbitraires, tortures, exécutions sommaires et attaques contre la population civile.

Déni de réalité

«En 2015, nous avons assisté à un changement législatif qui signifie que le permis de séjour des réfugiés peut leur être retiré en raison de changements dans leur pays d'origine, mais ce changement peut ne pas être fondamental. Puis, en 2019, les services d'immigration danois ont décidé que les violences à Damas avaient cessé et que les Syriens pouvaient y être renvoyés», explique au Guardian Lisa Blinkenberg, conseillère chez Amnesty International Danemark.

Les réfugiées syriennes les plus touchées par cette décision sont les jeunes femmes et les personnes âgées, dans la mesure où les jeunes hommes peuvent s'enrôler dans l'armée danoise, et que les femmes plus âgées ont souvent des enfants inscrits dans les écoles danoises, ce qui leur permet d'échapper à l'expulsion, ou du moins d'en repousser les délais.

Maryam Awad, qui avait quitté Damas avec sa famille en 2015 après que son frère aîné a été arrêté par le régime, fait depuis deux ans les frais de cette politique hostile au réfugiés, le Danemark ayant refusé le renouvellement de son permis de séjour. Après huit ans passés sur le territoire, elle se retrouve ainsi, à 22 ans, menacée de devoir retourner dans la région de Damas avec sa jeune sœur.

Elle attend désormais le résultat de l'appel qu'elle a lancé pour contester la procédure, avec l'aide d'un avocat, et surtout d'un réseau d'entraide composé de réfugiés plongés dans la même situation: «Tout ce que je peux faire, c'est dire la vérité. Si je retourne en Syrie, ils me placeront en détention», se désole-t-elle.

Un réseau d'entraide

À 21 ans, Rahima Abdullah, responsable du Conseil danois de la jeunesse réfugiée, se démène ainsi pour obtenir des recours pour les Syriens et les Syriennes menacés d'expulsion. «J'ai perdu le compte du nombre de cas sur lesquels j'ai travaillé. Assurément plus de cent, peut-être même deux-cent», assure-t-elle. Kurde originaire d'Alep, elle milite depuis son arrivée au Danemark, alors qu'elle avait 16 ans, pour défendre les droits des réfugiés.

«L'image de l'immigration dans les médias danois était très négative. Je voyais tout le monde en parler mais j'avais l'impression de ne pas avoir de voix. C'est pourquoi j'ai décidé de devenir militante», explique-t-elle.

En 2019, alors qu'une camarade de classe, Aya Daher, essuie un refus de renouvellement de son permis de séjour, Rahima Abdullah publie son histoire sur Facebook et l'envoie à deux journalistes. L'histoire est largement reprise et fait le tour des médias, ce qui permet à son amie d'obtenir une prolongation de résidence de deux ans, au motif que son profil public la mettrait en danger face au régime d'Assad.

«Ils m'ont donné un permis de résidence parce que j'étais dans les médias. Ils n'ont pas cru à ce que j'ai dit sur ma situation et sur les dangers que je courrais en Syrie. Cela m'a vraiment fait mal», commente amèrement Aya Daher.

La force de pression médiatique n'est pourtant qu'un fragile palliatif, insuffisant pour assurer la sécurité de tous les réfugiés syriens menacés par la politique danoise. La plupart des histoires, trop communes, ne sauraient susciter l'enthousiasme qu'a pu provoquer le cas d'Aya Daher, qui en tant que jeune femme, cultivée, parlant danois, ne portant pas le hijab, présentait le visage que l'opinion publique attendait d'elle. Mais l'opinion se lasse vite, et laisse dans l'indifférence les centaines de familles syriennes ordinaires qui se débattent dans la précarité de leur situation.

Chaque jour, Rahima Abdullah reçoit à elle seule jusqu'à cinq messages de réfugiés lui demandant de l'aide. Elle qui effectue ce travail de soutien bénévolement délègue parfois la tâche d'autres volontaires, mais ne peut que constater l'insuffisance des moyens dont elle dispose pour défendre ses compatriotes.

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