Société

La stratégie folle de l'Australie pour enrayer les morts par arme à feu

Temps de lecture : 2 min

Une telle méthode est-elle seulement envisageable aux États-Unis?

Le nombre de suicides par arme à feu a baissé de 57% dans les sept ans qui ont suivi l'accord adopté par le pays. | Pixabay
Le nombre de suicides par arme à feu a baissé de 57% dans les sept ans qui ont suivi l'accord adopté par le pays. | Pixabay

Aux États-Unis, la culture de l'arme à feu a encore fait des ravages. Cette semaine, Salvador Ramos, 18 ans, a tué dix-neuf élèves d'une école primaire ainsi que deux enseignants. La tragédie s'est déroulée dans la petite ville d'Uvalde, au Texas. Le terroriste a ensuite été abattu par un agent. Avant d'arriver en voiture à la Robb Elementary School, il avait commencé par tirer sur sa grand-mère.

Cette nouvelle tuerie de masse, qui survient quelques jours à peine après l'attentat raciste de Buffalo, met une nouvelle fois en lumière les conséquences désastreuses de la politique menée par les États-Unis sur la possession et l'acquisition d'armes à feu. Vox en profite pour rappeler une histoire datant d'un quart de siècle: celle de la formidable campagne menée par l'Australie pour désarmer partiellement sa population, et réduire ainsi le nombre de morts par balles.

Entre octobre 1996 et septembre 1997, le pays est parvenu à confisquer officiellement 650.000 armes détenues par les membres de la population civile australienne. Le déclencheur de cette opération a eu lieu en avril 1996: Martin Bryant, 28 ans, avait alors tué trente-cinq personnes au fusil semi-automatique dans un café de Port Arthur. Vingt-huit autres avaient été blessées.

Premier ministre depuis six semaines à peine, le centre-droit John Howard parvint alors à convaincre la coalition qu'il dirigeait, ainsi que les dirigeants des différents États du pays, de conclure un accord national permettant de réformer la loi sur les armes. C'est ainsi que naquit le NFA («National Firearms Agreement»), qui restreignait drastiquement les conditions de possession d'armes à feu en Australie. Un registre national des armes fut également créé, et un permis exigé pour tout nouvel achat.

Certaines catégories d'armes ont tout simplement été déclarées illégales, ce qui a permis à l'Australie de présenter les choses de la façon suivante: rapportez-nous vos armes illégales et nous vous les rembourserons pour un bon prix, fixé sur la base d'un argus. Une amnistie avait également été annoncée, ce qui signifie que les personnes qui possédaient des armes de façon non officielle pouvaient également les remettre aux autorités sans craindre de poursuites –mais sans espérer de remboursement.

John Howard dit avoir tellement craint la réaction de la population australienne qu'il a même porté un gilet pare-balles durant un certain temps. Mais le pays a bien réagi, et ce sont donc 650.000 armes à feu qui ont été restituées, soit environ 20% de l'arsenal détenu par la population du pays. Ce qui est peu et beaucoup à la fois.

D'incroyables effets

Les conséquences du NFA sont impressionnantes: on a en effet constaté une baisse des morts par balles dans le pays, même si celle-ci avait déjà démarré avant la naissance de l'accord, qui ne peut donc pas être considéré comme la seule et unique cause de cette diminution. En tout cas les chiffres sont là: en sept ans, le taux de suicide par arme à feu a diminué de 57% par rapport aux sept années qui avaient précédé, et le taux d'homicides par balles a diminué quant à lui de 42% sur les mêmes périodes.

Même les tueries de masse ont diminué: d'après une étude de 2018, il y avait eu en Australie treize tragédies de ce type au cours des dix-huit ans précédant le massacre de Port Arthur en 1996. Depuis, il n'y en aurait eu que deux, en 2018 et 2019. Les États-Unis sont-ils prêts à effectuer un geste similaire? Il est hélas permis d'en douter, la culture de l'arme à feu étant très ancrée, et les associations comme la NRA étant disposées à lutter avec vigueur pour que le pays reste lourdement armé.

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