Monsieur K
Au fil des audiences, se dessine un Jérôme Kerviel arrogant et désinvolte.
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Jeudi 10 juin, troisième jour du procès Kerviel. «Super Kerviel» apparaît. L'ancien trader arrive vêtu de noir des pieds à la tête, chaussures et chemise comprises. Entrant d'un pas décidé dans la salle des criées du tribunal, on s'attend presque à voir flotter à ses trousses une belle cape de la même couleur.
Depuis le début de son procès ultra-médiatique devant la 11e chambre correctionnelle, l'ancien opérateur de la Société Générale porte haut. Tendu certes, le visage nerveux et de plus en plus gris malgré un bronzage printanier, il n'en reste pas moins décidé à être maître de son destin. Au risque souvent de frôler l'arrogance.
Désinvolte avec le président
Point de profil bas pour le paria de la finance mondiale, accusé par son ancien employeur d'une perte colossale de près de 5 milliards d'euros en janvier 2008 –un record. Au contraire, le trentenaire arbore au fil d'audiences qui s'enlisent souvent dans un sabir financier des plus techniques le sourire las de celui qui sait face à la plèbe judiciaire et journalistique qui navigue à vue. «Mettez-vous dans le crâne que l'évidence n'a pas lieu d'être dans cette enceinte. Vous avez l'air d'être au fait, pas le tribunal!», le prévient d'ailleurs le président Dominique Pauthe (lire son portrait ici), visiblement excédé par ses manières.
Désinvolte, Jérôme Kerviel assiste aux débats, assis au premier rang, le dos collé à la table de ses avocats, Mes Olivier Metzner (lire son portrait ici) et Nicolas Huc-Morel. Régulièrement, il prend des notes sur un petit carnet dont il détache les pages pour les passer à ses défenseurs. Idées de questions, contradictions d'un témoin, réfutation d'une thèse, son carnet se réduit comme peau de chagrin.
Etrangement ironique avec ces ex-collègues
S'il a l'intention d'apparaître comme un trader «ordinaire», au niveau intellectuel «plutôt dans la moyenne basse d'une salle des marchés», il ne peut s'empêcher de donner l'impression d'être au-dessus des usages. Au président qui lui pose une question, il s'autorise à répondre par un insolent «Pourquoi?». Premier recadrage de Dominique Pauthe. Plus tard, il écoute le même magistrat qui l'interroge, sa bouteille d'eau à la bouche, s'envoyant des lampées à intervalles réguliers. «Quand je m'adresse à vous, évitez de boire, je vous prie!», le remet en place le président. Second recadrage.
Pugnace face à la partie civile, Jérôme Kerviel va même jusqu'à reprocher à Me Jean Veil, l'avocat de la Société Générale (lire le portrait de Christian Schricke ici et celui de Claire Dumas là), ses méthodes «ignobles» ou «odieuses», alors que celui-ci le cherche sur le deuil de son père ou les déboires judiciaires de son frère aîné impliqué dans une affaire de détournement de fonds. Face à Jean-Pierre Mustier, son «n+7» du temps de la Générale qui le traite de «menteur», de «criminel» et d'homme sans «honneur», il répond par un sourire attristé. Le même sourire qu'il réserve à Salim Nemouchi, trader dans les tours de La Défense et ancien confrère, qui se dit «révolté» par ses prises de position cachées «stratosphériques» au risque de «mettre en danger la banque». «En tant que collègue et ami, je suis un peu déçu», lâche, gêné, ce dernier à la barre. Sourire appuyé de Jérôme Kerviel.
LES AUTRES ACTEURS DU PROCÈS
Un président magistral
Le Président Dominique Pauthe se découvre peut-être une vocation de trader sur le tard. Inévitablement, les audiences semblent devoir commencer par un retour sur le vocabulaire financier et les subtilités du métier. Jeudi matin, le cours portait sur les logiciels de contrôle de la Société Générale. L'un d'entre eux s'appelait Bacardi. On craint d'en écorcher l'orthographe, mais la tentation est trop grande de lui donner un nom d'alcool fort. Son intérêt pour les arcanes du trading est-il tactique? En tout cas, le magistrat devrait obtenir une bonne note à l'examen. Ça n'est pas le cas de tout le monde. [Retour au portrait de Kerviel]
Les yeux et les oreilles de la Société Générale
Personne ne le remarque, mais Christian Schricke n'est pas là pour être remarqué. Assis au fond de la salle, du côté du public, il cultive la discrétion qui convient à sa fonction. Conseiller du Président de la Société Générale, secrétaire du conseil d'administration, il veille et fait passer au besoin des notes aux avocats de la banque assis deux rangs devant, vient s'entretenir avec eux aux suspensions d'audience et passe quelques coup de fil dans des sphères que l'on imagine élevées du côté des tours jumelles de La Défense. [Retour au portrait de Kerviel]
Me Metzner, toujours d'accord
Olivier Metzner, l'avocat de Jérôme Kerviel, lui se montre. Il sort comme un lutin de sa boîte. Trop parfois, au goût du president Pauthe qui le rappelle à l'ordre. Sans micro, sa voix porte suffisamment pour qu'il laisse cet artifice aux autres. Il prend un plaisir visible à questionner les témoins avec comme but ultime de sceller l'échange d'un «nous sommes d'accord...». Le témoin est-il d'accord? Il ne le sait pas. Me Metzner a regagné sa place, satisfait. [Retour au portrait de Kerviel]
La Dame Blanche
Nous l'avons appelé la «Dame Blanche». Claire Dumas, 41 ans, mère de famille. Adjointe au directeur des risques opérationnels, elle représente la partie civile, c'est-à-dire la Société Générale. Apportant sa connaissance millimétrique du dossier, elle donne une chair inattendue à la banque forcément coupable aux yeux de l'opinion. Mais le millimétrique peut avoir des inconvénients. A force de détailler les procédures d'alerte, les logiciels de contrôle, les feux rouges et orange des écrans, ou les avertissements sonores stoppant les actions des traders, on se dit: «Et tout ça, finalement, ça a servi à quoi?» [Retour au portrait de Kerviel]
Bastien Bonnefous et Philippe Douroux
Photo: Jérôme Kerviel le 8 juin 2010. REUTERS/Jacky Naegelen
À LIRE ÉGALEMENT SUR L'AFFAIRE KERVIEL: Kerviel, incontrôlé ; Le trader noir et la banquière blanche ; Kerviel, le procès d'un homme ; Une bourde, un très mauvais timing et l'affaire Kerviel démarrait ; Kerviel, critique de la spéculation dure ; «Nous accusons la Société Générale de violation des lois fédérales» (1/2) «Nous accusons la Société générale...» d'avoir laissé faire Kerviel (2/2)
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SUR LA JUSTICE: Défilé de ténors ; Comment réussir sa plaidoirie
Mis à jour le 10/06/2010 à 18h26













































Il se trouve que je suis un site de journaliste qui est accrédité, et qui a une vision assez diamétralement opposé a celui exposé ici.
Autant, on sent ici clairement que l'auteur accable Kerviel, autant sur le site que je suis, l'auteur a tendance à tirer un porter assez sympathique.
Pour avoir une vision globale, et surtout les 2 sons de cloche, je vous propose de suivre également le site d'Aliocha pour vous faire une idée précise du procés.
Aliocha détaille un peu plus certains passages. On comprends dès lors mieux pourquoi Kerviel dit «ignobles» ou «odieuses».
+1
Cet article dresse un portrait assez négatif de Kerviel.
Même s'il est vraiment désagréable ou hautain, ça n'en fait pas une victime.
Dites moi, vous vous intéressez plus à la forme qu'au fond?
La question esr de savoir si la SG fermait les yeux sur les délires de Mr K.
Pas de savoir qui est le plus sympa ou le mieux élevé.
@ artyparis
Ce portrait n'est ni négatif ni positif à l'égard de Jérôme Kerviel. Il a simplement pour but de décrire comme ce prévenu se comporte lors de son procès après quelques audiences. Ni plus, ni moins. Avec bien entendu, comme dans toutes "choses vues", une part de subjectivité inévitable de la part du journaliste (tout le monde ne voit pas toujours la même chose à un même moment et un même endroit).
Oui, nous nous intéressons aussi à la forme. Sur le fond, je crois qu'il n'est pas besoin de développer : l'ensemble des articles déjà écrits sur l'affaire Kerviel, avant et depuis le procès, parlent pour slate. Quant à la forme, pour avoir suivi différents procès d'assises ou correctionnels depuis plusieurs années, il est évident que l'aspect formel d'une audience, sa dimension théâtrale et spectaculaire, sont parfois décisifs quant à son issue.
Enfin, le rôle du journaliste qui rend compte d'un procès n'est pas de dire qui est coupable ou qui est innocent. Il est toujours utile de rappeler que la presse, la justice et la police sont trois mondes différents. Notre rôle est simplement de relater au plus près de la vérité les moments-clés des audiences au jour le jour, qui marque ou perd des points selon les débats, qui est en difficulté ou pas après une audience... En cela, les aspects formels (comportement, langage, vocabulaire...) sont souvent autant informatifs que les arguments échangés.
Je comprends que depuis deux ans que l'on parle et écrit en large et en travers sur l'affaire Jérôme Kerviel, les lecteurs puissent avoir le sentiment d'avoir déjà tout lu et tout entendu sur ce dossier. Et qu'ils aimeraient désormais savoir s'il est coupable ou pas et si la Société Générale savait ou pas. Mais pour cela, il faudra attendre la fin du procès prévue le 25 juin (avec mise en délibéré probable du jugement). D'ici là, nous tenterons de revenir dans slate sur ce que le procès nous a appris de nouveau par rapport à l'instruction et aux positions des parties avant les débats.
Bien à vous
Bastien Bonnefous